‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 164 sur 219 · s. Paulin., epist. 29, al · texte numérisé non relu

s. Paulin., epist. 29, al

2. Né en 353, consul en 378, évoque de Noie en 409. mort en 431. Il faut lire les charmantes pages qu'Ozanam consacre à peindre la vie et les œuvres de Paulin dans sa Civilisation an cinquième siècle, leçon wiii.

de sénateurs; il avait été lui-même consul sous l'empereur Gratien ; ses richesses étaient inmienses ; il était l'ami du poëte Ausone et poëte comme lui ; il avait épousé une très riche Espagnole qui porta la première le nom prédestiné de Thérèse. Les deux époux s'étaient mutuellement excités et entraînés vers la retraite et la mortification.

(( Viens, ma fidèle compagne, » lit-on dans un des poëmes attribués à Paulin, « viens, toi que Dieu (( m'a donnée pour secours dans ma faiblesse; (( arme-toi avec moi pour le combat; viens domp- « ter l'enflure de mon cœur et consoler sa trisce tesse. Donnons ensemble l'exemple d'une vie (( pieuse. Sois la gardienne de ton gardien ; payece moi de retour; relève-moi de mes chutes, et ce relève-toi des tiennes en t'appuyant sur moi. ce Soyons non plus seulement un même corps, mais ce une même âme, et qu'un seul esprit nourrisse ce nos deux cœurs. »

Ausone avait beau essayer de retenir son ami dans le monde, de le mettre en défiance contre sa femme. D'année en année leur vie devenait plus rigide ; bientôt ils se retirèrent dans une petite terre près de Barcelone, où ils perdirent leur fils unique. Alors Paulin ne vécut plus avec sa femme que comme avec une sœur, quitta le sénat et le monde, changea solennellement d'habit dans l'éghse de

Barcelone, distribua aux pauvres tous ses biens et alla s'ensevelir clans un petit héritage qu'il s'était réservé à Noie en Campanie, près du tombeau du martyr Félix, dont il se constitua le gardien et dont il célébrait chaque année la fête par un poëme nouveau. Ce consul romain, de venu le concierge des reliques d'un martjT^ et qui fut plus tard évêque de Noie, vivait aussi pauvrement avec sa Thérèse que les moines les plus pauvres et les plus austères : mais il continuait, d'après les avis de saint Jérôme, à cultiver la poésie, en la consacrant à des sujets sacrés, et quelquefois aussi à ses amis d'autrefois. Ses lettres l'emportent encore sur ses vers par le charme de l'intime tendresse qui les pénètre et les inonde. Quelques-uns des traits les plus touchants qu'elles renferment sont peut-être de la main de sa femme, car plusiem's d'entre elles portent cette suscription : Paulinus et Therasia peccatores. L'amitié occupa toujours une vaste place dans ce cœur généreux : « Quand deux hommes », dit-il quelque part, « sont saintement liés ensemble, Dieu vient se placer au milieu d'eux. » — « Le dernier moment, » écrivait-il à Ausone, « qui m'affranchira de la terre, ne m'ôtera pas la tendresse

1. RoHRBACHER, Hist (le l'Église, 1. xxxvii, p. 334. Selon une opinion plus accréditée, ce saint Félix n'était point le martyr, m<iis le prêtre confesseur du même nom. Cf. Chiffet, Paulinus illusiratus, 1662.

qiio j'ai pour toi; car cette âme, qui survit à nos organes détruits et se soutient par sa céleste origine, il faut bien qu'elle conserve son affection, comme elle garde son existence. Pleine de vie et de mémoire, elle ne peut pas oublier qu'elle ne peut mourir \ » Plusieurs Chrétiens se joignirent à lui et habitèrent des cellules voisines de la sienne, de sorte qu'ils formaient comme une compagnie de moines assujettis à une règle de leur façon.

Mélanie donna à Paulin et à Thérèse une parcelle du bois de la vraie croix qu'elle tenait de l'évêque de Jérusalem, puis poursuivit sai'oute vers Rome, où elle fut reçue avec un respect et une admiration universels. Elle y demeura plusieurs années, toujours occupée à propager chez les siens et autour d'elle le goût de la vie monastique, exhortant tous ceux qui l'approchaient à s'arracher de la vie séculière, à vendre tous leurs biens et à la sui^Te dans la solitude. Elle fit d'abord la conquête du mari de sa nièce, Apronianus, patricien du rang des clarissimes, qui était encore païen; elle le convertit non-seulement à la foi chrétienne, mais encore à la vie religieuse, en même temps que' sa femme Avita. Elle confirma sa petite-fille, Mélanie la jeune, déjà mère de deux enfants qu'elle avait perdus, et n'ayant encore que vingt ans, dans la

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