‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 163 sur 219 · Induta servili caracalla. Pallad., loc. cit · texte numérisé non relu

Induta servili caracalla. Pallad., loc. cit

Le consulaire de la Palestine, ne sachant qui elle était, la fit arrêter clans Tespoir d'en tirer une grosse amende. Mais elle retrouva alors toute la fierté de sa race pour invoquer, comme saint Paul, ses droits de Romaine. « Je suis », lui fit-elle dire, (( la fille d'un consul; j'ai été l'épouse d'un homme (( illustre dans le siècle ; maintenant je suis la ser- (( vante du Christ. N'allez pas me mépriser à cause (( de mes pau\Tes habits, car je pourrais facilement (( m'élever, si je le voulais, et j'ai assez de crédit (( pour n'avoir pas peur de vous et pour vous em- (( pêcher de toucher à mon bien. Mais, de peur que (( vous ne fassiez le mal par ignorance, j'ai bien (( voulu vous faire savoir qui je suis. « Et elle ajoutait : (( Il faut savoir tenir tête aux sots, et lâcher « sa fierté contre leur insolence, comme on lâche (( un lévrier ou un faucon contre les bêtes fauves^ . » Le magistrat effrayé alla lui présenter ses excuses et ses hommages", et lui laissa toute liberté de communiquer avec les exilés.

La piété la retint dans la Terre sainte, où l'avait conduite sa généreuse sympathie pour les défenseurs de la foi. Elle alla se fixer à Jérusalem et y fit bâtir un monastère où elle réunit cinquante vierges.

1 Quœnam sim tibi declaravi. Oportet enim adversus stolidos, tanquam cane et accipitre uti animi elatione... 2. Adoraviteam. V allxj). Ibid. loc. cit.

190 LES PRÉCrRSEURS MONASTIQUES

Elle y consacra pendant vingt-cinq ans' ses soins et les revenus que lui faisait • passer son fils de Rome au soulagement des pauvres et à T entretien des évêques, des moines et des pèlerins de toute condition qui accouraient en foule aux saints lieux. Elle était guidée et secondée par le célèbre prêtre Rufm, qui habitait une cellule sur le mont des Olives et qui était encore alors l' ancien et tendre ami de saint Jérôme. Rufm et Jérôme se brouillèrent plus tard, à l'occasion des doctrines d'Origène ; leur rupture agita longtemps l'Église et les entraîna l'un envers Tautre à de lamentables invectives. Mélanie réussit à opérer entre eux une réconciliation publique et solennelle, mais qui ne fut pas durable-.

Cependant le fils unique que Mélanie avait laissé à Rome et qui en était devenu préteur, avait épousé Albina, sœur de Volusien, préfet de la ville, Tun des plus nobles personnages du temps. Il en avait eu une fille, nommée Mélanie (380-139) , comme son

1. Palladius dit pendant trente-sept ans, mais ce chiffre nous semble difficile à concilier avec les événements postérieurs de la vie de Mélanie, à moins de supposer qu'elle revint séjourner à Jérusalem entre son voyage à Rome en 397 avec Rufm et son dernier départ de cette ville avec Mélanie la jeune en 409.

2. On nous dispensera d'entrer dans lexamcn des accusations, d'hérésie portées contre Rufin, et par suite contre l'illustre Mélanie. Le P. Rosweyde s'en est fait l'organe avec une violence qui ne semble pas avoir été approuvée par les historiens les plus accrédités.

aïeiile, et qui avait été donnée toute jeime en mariage à Pinianus, fils cFun gouverneur d'Italie et d'Afrique, et descendant de Valérius Publicola, le grand consul de l'an premier de la république romaine. Mais l'âme de cette jeune femme l'attirait plutôt vers la vie pénitente et solitaire que vers les pompes de la décadence romaine. Mélanie V ancienne, voulant l'aider à marcher courageusement dans la voie du salut, quitta Jérusalem pour aller la rejoindre à Rome. Elle débarqua à la fin de 398 à Naples, et aussitôt on vit venir au-devant d'elle, avec ses enfants, une foule de sénateurs et de nobles romains, qui faisaient retentir la voie Appia du bruit de leurs carrosses mollement balancés, de leurs chevaux caparaçonnés, de leurs chars dorés. Elle cheminait au milieu d'eux, montée sur un méchant cheval qui ne valait pas mieux qu'un âne * , et vêtue d'une tunique grossière de jonc tissé comme une natte. Elle ajoutait par cette humilité manifeste à l'éclatante renommée dont elle jouissait partout. Elle s'arrêta à Noie pour y visiter un saint qui était son parent et son émule. Paulin' né à Bordeaux, comptait parmi ses aïeux une longue suite

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