‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 167 sur 219 · Pallad., Hist. Lausiaca, c · texte numérisé non relu

Pallad., Hist. Lausiaca, c

Ces saints époux, en allant finir leur carrière* auprès du Saint-Sépulcre, y retrouvaient le souvenir de leur aïeule, Mélanie l'ancienne, avec le zèle toujours militant et l'immense gloire de saint Jérôme. Ils purent se baigner dans les derniers rayons de cette grande lumière. Dans la dernière épître qu'il a écrite et qu'il adresse à saint Augustin, Jérôme parle d'eux et les qualifie de ses enfants, communs à lui et à Tévêque d'Hippone*.

C'est ainsi que ce chœur de saintes femmes, de nobles veuves, de généreuses patriciennes, dont Marcelle, Paule et Mélanie sont les coryphées % transmet la trame des vertus et des traditions monastiques de saint Athanase à saint Augustin, en passant par saint Jérôme. Les plus grands noms de l'Éghse, en Orient conmieen Occident, se trouvent ainsi mêlés au développement de l'institut cénobitique. On aimerait à s'arrêter auprès d'eux, à jouir longtemps et en détail de leur gloire. Mais il nous

1. Il allèrent à Jérusalem en 417. Albina y mourut en 433, Pinianus en 435, Mélanie la jeune en 439 ou 440. Dans ces dernières années, elle entreprit le voyage de Conslantinople pour y convertir son oncle Volusien. Elle y lutta contre les nestoriens, et détermina l'impératrice Eudoxie à venir en pèlerinage à Jérusalem.

2. Sancti filii communes... plurimum vos salutant. S. Hieron., epist. 79.

3. Parmi elles il faut encore signaler cette Démétriade, petitefille de Pétronius, de la famille Anicia, dont nous avons parlé plus haut.

faut hatcr le pas pour passer à des renommées plus obscures, à des époques plus méconnues : nous y retrouverons la grandeur qui est le propre de la vérité et de la vertu.

On se tromperait gravement en supposant que ces femmes héroïques rencontraient partout de leur vivant l'admiration et la sympathie que leur a vouées la postérité chrétienne, et que tant d'illustres dévouements, tant de généreux sacrifices, pussent se consonmier sans exciter la vive et profonde opposition de tout ce qu'il restait encore d'éléments païens, si tenaces et si nombreux, dans la société romaine. Chez beaucoup de chrétiens, les répugnances de notre pamTe nature, toujours infirme et toujours jalouse de toute force pure et supérieure, venaient se joindre à la persévérante animosité de Pinstinct païen. Il fallait que nos saintes héroïnes fussent sans cesse sur la brèche , occupées à braver les instances, les importunités , les injures même de leurs proches et de tout ce qui dans la noblesse répugnait à de si rudes sacrifices. On leur reprochait souvent de dépouiller leurs enfants de leur patrimoine , ou de les abandonner à un âge où les soins maternels étaient comme une dette sacrée. Mais on leur en voulait surtout des grands exemples d'abnégation, de pamTcté, d'humilité, qu'elles offraient à toutes les classes de leurs concitovens.

Ce n'était pas seulement, comme dit un historien, les (( bêtes mâles et femelles de l'ordre sénatorial^ », qui rugissaient contre ces vertus surhumaines : c'étaient encore les masses populaires, qui faisaient éclater leur opposition. On le vit bien aux funérailles de Blésilla, la fille aînée de Paula, en 384-, quand le peuple chrétien de Rome courait les rues en criant tout haut : « Cette jeune femme (( a été tuée par les jeûnes. . . Quand donc chassera- (( t-on de la ville cette détestable race des moines? (( Pourquoi ne les lapide-t-on pas? Pourquoi ne « les jette-t-on pas dans le Tibre? » Puis, se faisant de la douleur maternelle elle-même une arme contre tout ce que la mère et la fille avaient le plus aimé ici-bas , les mêmes accusateurs insistaient et montraient Paula en larmes, accablée sous le poids de son afiliction : ce Voyez, » disaient-ils, « comme ils (( ont séduit cette malheureuse matrone, car ce qui (( prouve assez combien peu elle voulait être moice nesse, c'est que jamais femme d'entre les gentils (( ne pleura ainsi ses enfants^. »

Les mêmes sentiments de la plèbe de Rome se retrouvaient à Carthage , alors devenue romaine et chrétienne, mais vouée à tous les excès et à tous les

1. Sic depugnavit adversus bestias, nempe eos qui erant ordinis senatorii, et eoriim uxores. Vita Melanix.in Hist. Lavsiaca, c. 1 18.

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