SuLP. Sever., Dial., c
2. Martini monasterium, ou Majiis monasterium. 11 ne reste de ceUe magnifique abbaye, l'une des plus vastes et des plus riches de France, qu'un portail dépendant de l'enceinte extérieure. Tout le reste a été rasé et dépecé.
à Dieu la prolongation de ses jours, a Seigneur, » dit-il, « si je suis encore nécessaire à ton peuple, je (( ne veux pas reculer devant la peine. » Non récusa laborem! Noble parole qui devrait être la devise de tout chrétien, et qui fut celle des moines pendant dix siècles.
On comprend Finfluence que la recommandation et la garantie d'un tel lionmie devaient exercer au profit de la propagation de l'Ordre monastique. Mais Dieu juge qu'il est mûr pom^ le ciel : il meurt ; et quand on transporte son corps au tombeau qui allait devenir le sanctuaire le plus vénéré de la Gaule, deux mille -moines forment son cortège. Sulpice-Sevère , son disciple enthousiaste , écrit sa vie , qui acquiert bientôt dans tout l'Occident , en Orient et jusqu'en Thébaïde, une popularité égale à celle de la vie de saint Antoine par Athanase, et répand partout à la fois la gloire du saint et celle de l'institut qu'il avait tant aimé.
Ce Sulpice-Sévère (363-410 ou 425), riche seigneur aquitain, avocat éloquent avant d'être le disciple de saint Martin, avait été l'ami tendrement aimé de saint Paulin de Noie. Gomme celui-ci, il avait renoncé au monde, à sa fortune, à la carrière du barreau, vendu son patrimoine et élu domicile^ dans une de ses villas d'Aquitaine avec ses esclaves devenus ses frères en religion. Ils y vivaient tous en-
semble, en priant et en travaillant, couchés sur la paille, nourris de pain bis et d'herbes bouillies. Il faut constater, à l'honneur de ces premiers néophytes de l'Ordre cénobitique en Gaule, que pour se conformer à l'austérité de cette nouvelle A'ie il devait leur en coûter beaucoup plus qu'aux religieux sortis des popiUations naturellement sobres de l'Afrique ou du Levant. Ces pauvres Gaulois, habitués à la nourritïire abondante et solide des peuples du Nord, tout en s'astreignant aux abstinences prescrites par les règles monastiques, trouvaient bien que la ration des moines d'Egypte et de Palestine était un peu maigre. Les demi-pains d'orge et les petites poignées d'herbes, qui suffisaient aux repas de la Thébaïde, révoltaient leurs estomacs rebelles. Sans doute, ils entendaient souvent répéter la belle parole de saint Athanase : Le jeûne est la nourriture des anges \ Mais elle ne les rassasiait pas. (( On nous accuse de gourmandise, » disaientils à Sulpice, (( mais nous sommes Gaulois ; il est ce ridicule et cruel de vouloir nous faire vivre conmie « des anges ; nous ne sommes pas des anges ; encore (( une fois, nous ne sonmies que des Gaulois". » Ces murmures ne les empêchaient pas de se réserver, sur le produit de leur travail, de quoi faire vivre