SuLp. SEVER.,Dia?., I, c
les pauvres qu'ils recueillaieut dans un hospice, afin de leur rendre les plus humbles services. Ce fut au sein de cette austère retraite que Sulpicc- Sévère écrivit la biographie de saint Martin et son Histoire sacrée, qui s'étend du commencement du monde à l'an 400, qui fut le premier essai tenté en Occident d'une histoire ecclésiastique, et qui valut à son auteur le litre de Salluste chrétien'.
La charité avait été l'âme d^s efforts de saint Martin et de ses disciples dans la propagation de l'institut» cénobitique sur les rives de la Loire, ce qui n'excluait ni l'étude ni le goût des saintes lettres. Sans que le soin des pau\Tes ou la pratique d'aucune autre vertu monastique eût à en souffrir, on voit surtout la \ie intellectuelle et la culture de l'apologétique chrétienne régner dans un grand et célèbre monastère qui fut, pendant tout le v^ siècle, le foyer de la vie religieuse au midi de la Gaule, et qui mériterait à lui seul une histoire détaillée.
Le marin, le soldat, le voyageur qui sort de la rade de Marseille ou de Toulon pour cingler vers
1. M. Eugène de la Gourneiie a publié, dans le Correspondant, t. vn, p. 333(1844), une intéressante notice sur Sulpice-Sévèreavec des extraits charmants de ses lettres. — Un aulre ami de Paulin et de Sulpice-Sévère, Apcr, riche, noble, éloquent comme eux, se retira dans la solitude avec sa femme pour y vivre dans la continence. On croit que ce fut le même qui devint ensuite le premier évèque de Toul, et qui, sous le nom de saint Èvre, jouit encoreen Lorraine de la vénération populaire.
EN OGCIDEiM. 2il
Gênes, en longeant les côtes de la Provence, passe non loin de deux ou trois îlots pittoresques mais rocailleux, arides, surmontés d'un vieux donjon, de quelques ruines, et çà et là d'un grêle bouquet de pins. Il les regarde avec indifférence et s'éloigne. Et cependant il est im de ces îlots qui a été pour l'âme, pour l'esprit, pour le progrès moral de Thumanité, un foyer plus fécond et plus pur que n'importe quelle île fameuse de l'Archipel hellénique. C'est Lérins, autrefois couverte d'une ville, déjà ruinée du temps de Phne, et où Ton ne voyait plus, au commencement du v^ siècle, qu'une plage déserte et rendue inabordal)le par la quantité de serpents qui y pullulaient \
En 4-10, un homme y débarque et y reste. Il s'appelle Honorât. Issu de race consulaire, instruit et éloquent, mais voué dès son adolescence à une grande piété, il veut se faire religieux. Son père charge son frère aîné, jeune hoimiie gai et bouillant, de le détourner de la vie ascétique, et c'est au contraire lui qui gagne son frère. Après mainte traverse, il trouve enfin le repos à Lérins. Les serpents lui cèdent la place. Les disciples lui viennent en foule. Il s'y forme une communauté de moines austères et d'infatigables ouvriers. L'île change de
1. s. HiLARii, Vif. S. Honorati, p. 15, ap. Bolla^^d., t. II, Janiiar.
face : le désert devient un paradis. Une campagne bordée de profonds ombrages, arrosée d'eaux bienfaisantes, riche de verdure, émaillée de fleurs, embaumée de leur parfum' , y révèle la présence féconde d'une race nouvelle. Honorât, dont le beau visage rayonnait d'une douce et attrayante majesté', y ouvre les bras de son amour aux fils de t(5us les pays qui voulaient aimer le Christ'^; il lui arrive en foule des disciples de toutes les nations. L'Occident n'a plus rien à envier à l'Orient, et bientôt cette retraite, destinée, dans la pensée de son fondateur, à renouveler sur les côtes de la Provence les austérités de la Thébaïde, devient une école célèbre de théologie et de philosophie chrétienne, un foyer de science et de A^ertu, une citadelle inaccessible aux flots de l'invasion barbare, un asile pour les lettres et les sciences qui fuyaient l'Italie envahie par les Goths, enfin une pépinière d'évêques et de saints qui répandirent sur toute la Gaule la science de l'Évangile et la gloire de Lérins. Nous verrons bientôt rejaillir des éclats de cette lumière jusqu'en Irlande et en Angleterre, par les mains bénies de Patrice et d'Augustin.
Il n'y a rien peut-être de plus touchant, dans les