‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 196 sur 219 · Prœf. in Commonit · texte numérisé non relu

Prœf. in Commonit

lion moins célèbres et non moins saints. Et d'abord Eucher ( f vers 450) , que Bossuet appelle le grand Eucher' , qui était de race patricienne, père de deux fils, et encore à la fleur de l'âge, quand il se retira avec eux à Lérins. Déjà familiarisé par un connnerce assidu avec les modèles classiques,etversé dans tous les secrets de l'art d'écrire, il y apprit à connaître les secrets de la vie religieuse ; elle lui inspira son éloquent Panégyrique de la solitude, son traité du Mépris du monde et de la Philosophie du siècle, et sa correspondance tendre et enjouée avec saint Honorât. Cassien dédia à Eucher, en même temps qu'à Honorât, plusieurs de ses Collationes ou conférences sur la vie religieuse, qui eurent dans l'Église une si longue influence; il associait dans sa vénération ces deux amis. « 0 frères saiuts, » leur disait-il, « vos vertus rayonnent sur le monde « conmae de grands phares : beaucoup de saints se- « ront formés par votre exemple, mais ils pourront « à peine imiter votre perfection-. » Gomme Honorât, Eucher fut enlevé au cloître par l'épiscopat. Des députés de TÉglise de Lyon allèrent le chercher dans la grotte qui lui servait de retraite à Lérins : le trouvant sourd à leurs instances, ils arrachèrent les pierres qui bouchaient l'entrée de la caverne du

1. Deuxième sermon pour la Conception de la sainte Vierge. '2. Voir Collationes xi à xvii.

solitaire, le saisirent, le chargèrent de liens et le conduisirent ainsi garrotté jusqu'au siège métropolitain oii il fut intronisé par acclamation, et qu'il occupa pendant près de vingt ans. Singulière façon, à coup sûr, de créer un évêque, mais qui témoigne avec éloquence de la passion qui entraînait les fidèles vers des pasteurs formés par l'institut monastique.

Mais rinfluence de la sainte et savante île provençale rayonnait encore plus loin que Lyon. Troyes y choisit pour évêque cetillustre saint Loup (383-479) , qui arrêta Attila aux portes de Troyes avant que saint Léon l'eût arrêté devant Rome. C'est lui qui demanda au roi des Huns : « Qui es-tu ? et qui reçut la fameuse réponse : « Je suis Attila, le fléau de Dieu, » L'intrépide douceur de ce moine-évêque désarma le féroce envahisseur. Il s'éloigna sans faire aucun mal, et recula jusqu'au Rhin, mais emmena Tévêque avec lui, dans la pensée que la présence d'un si saint homme servirait de sauvegarde à son armée. Lorsqu'ils se séparèrent, le terrible barbare conjura le prélat de prier pour lui. Le noble pontife, revenu auprès des siens, y fut accueilli parla défiance et l'ingratitude. On l'accusa d'avoir trahi la patrie et favorisé la fuite de Pennemi. Il dut s'exiler de sa ville épiscopale et attendre pendant deux ans, dans une solitude voisine.

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que les Troyens, mieux éclairés, ^ lussent implorer son retour.

Saint Loup entreprit un voyage peut-être moins pénible mais non moins méritoire, lorsque son éloquence et sa sainteté le firent choisir par le concile de 429 pour aller combattre avec saint Germain d'Auxerre Tliérésie pélagienne dans la Grande-Bretagne. Pendant les cinquante-deux ans de sou pontificat il observa fidèlement toutes les pratiques de la ferveur monastique qu'il avait puisée à Lérins en même temps qu\me ardente préoccupation pour le maintien des études ecclésiastiques, et cet amour passionné des âmes qui éclate avec tant d'éloquence dans le coiraiierce épistolaire qu'il entretenait, déjà vieux, avec Sidoine Apollinaire. Ce bel esprit, qui occupait alors le siège épiscopal deClermont, affirme qu'on ne rencontrait jamais dans ce qu'écrivait son vénérable confrère de Troyes ni barbarisme ni foute de ponctuation. Ses vertus et ses Imnièreslui valurent d'être loué, dans le style emphatique, mais sincère de l'époque, comme « le (( Père des Pères, l'évêque des évêques, le prince (( des prélats de la Gaule, la règle des mœurs, la (( colonne de la vérité, l'ami de Dieu, le médiateur (( des hommes auprès du ciel'. »

1. C'est ainsi que le qualifie Sidoine Apollinaire dans une lettre (epist. VI, 1) où il rappelle sa jeunesse passée à Lérins : « Post desu-

Même après sa mort, il continuait à protéger les plus humbles brebis du troupeau qui lui avait été confié, et à exercer, au profit des malheureux, des prisonniers, des esclaves, ce patronage qui fut de tout temps le plus cher privilège de l'Église et de r Ordre monastique. L'esclave d'un certain Maurus s'était réfugié auprès du tombeau de Févêque pour échapper au châtiment que lui réservait son maître, celui-ci tout furieux entra dans l'église sur les pas de sa victime, en s'écriant : « Est-ce toi, Loup, qui (( vas m'enlever mon esclave, et m'empêcher de (( le punir comme il le mérite? » Puis, saisissant déjà le misérable tremblant, il ajouta : « Ce Loup « ne sortira, certes, pas sa main de son sépulcre « pour t'arracher de mes mains, à moi! » Cependant au même instant il se sentit frappé d'un mal subit et se mit à courir dans l'église en mugissant comme un bœuf. Trois jours après il était mort, et Tesclave demeurait libre' .

Quelques années avant la mort de saint Loup, était né en Bourgogne un autre saint, Césaire', fils du comte de Châlons, qui devait, lui aussi, passer sa jeunesse à l'ombre des cloîtres de Lérins avant

datas militiœ Lerineiisis excubias. » Ailleurs il l'appelle : « Facile j>rincipem pontificum Gallicanorum w (epist. vu. 13).

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