HiLAR., op. cit., II, 18, 22. — S. EucHER., loc. cit
Los églises d'Arles, d' Avignon, de Lyon, de Troyes, de Riez, de Fréjus, de Valence, de Nice, deVence, d'Apt, de Venasque, d'Antibes, de Saintes, empruntèrent à r^/e bienheureuse, comme on la qualifiait partout, leurs plus illustres évêques. Honorât fut enlevé au monastère qu'il avait fondé pour être élevé sur le siège priniatial d'Arles, d'où il allait visiter, au moins une fois par an, sa chère communauté. Dévoré du zèle qui fait les apôtres, il se signalait par ses prédications qu'il continua jusque dans les souffrances de sa dernière maladie. « G h ers ence fants, )) disait-il à ceux qui venaient entourer son lit de mort, « vivez de telle sorte que vous puissiez « ne pas craindre votre dernière heure : voilà le (( seul héritage que vous laisse en mourant cet Ho- « norat que vous avez aimé ; de son dernier souffle (( il vous pousse vers F héritage du royaume céleste. » Il eut pour successeur ^ , comme évêque d'Arles, un religieux de Lérins, son élève et son parent, Hilaire- (429-449), à qui nous devons l'admirable
1. Saint Maxime fut le premier successeur d'Honorat comme abbé de Lérins, et devint plus tard évêque de Riez.
2. Saint Honorât mourut en 429, et saint Hilaire d'Arles (qu'il ne faut pas confondre avec saint Hilaire de Poitiers) en 449. — Rien ne prouve mieux la longue popularité de la mémoire de saint Honorât chez les races méridionales que le poème en langue provençale intitulé : Vie de saint Honorât, écrit au treizième siècle par un moine de Lérins, nommé Ramond Feraud, et où la biographie du saint est étrangement associée aux traditions romanesques du cycle
l)iographie de son maître Hilaire, que le doux et tendre Honorât avait arraché de la ^ ie mondaine, après une résistance acharnée, mais à force d'instances, de caresses et de larmes', conserva dans Tépiscopat la vie pénitente et laborieuse du cloître de Lérins ; il parcourait son diocèse et les pays voisins toujours à pied et sans chaussure, même par la neige. L'amour des pauvres et du travail Tenflammait également : il vendait les vases sacrés, qu'il remplaçait par des calices et des patènes en verre, et après avoir distribué tout ce qui lui res«tait, il travaillait de ses propres mains à cultiver les champs de son église ou à faire des filets pour gagner de quoi soulager son peuple ruiné, et racheter les captifs traînés en esclavage, à la suite des guerres entre les Romains, les Goths, les Burgondes, qui ravageaient à l'envi la Gaule méridionale". Célèbre par sa facile éloquence, par son zèle infatigable, par son ascendant sur la foule, par les conversions nombreuses qu'il opérait, il fut un moment en lutte avec le pape saint Léon le Grand,
de Charlemagne et de Girard de Roussillon. Voir Histoire littéraire de la France, t. XXII, p. 237.
1, s. HiLARii, op. cit., II, 23.
2. Son biographe raconte qu'il construisit de ses propres mains des machines qui marchaienttoutes seules, pour faciliter l'extraction et la fabrication du sel : « Salinas expetens automatapropriis manibus et sudore confecerit. » Vit. S. Hilarii, c. 12.
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qui le priva de son titre de métropolitain pour le punir de certaines usurpations anti canoniques, Mais Hilaire sut se soumettre, et après sa mort le grand pape lui rendit justice en le qualifiant de : Hilaire de sainte mémoire^ .
Au milieu de cette moisson de saints, de prélats et de docteurs, que Lérins donna à la Gaule et à l'Église-, il en est encore plusieurs qu'il importe de signaler, parce qu'ils comptent parmi les Pères, et qu'ils ont illuminé tout le v® siècle de leur i-enommée.
Tel fut en première ligne ce grand et modeste Vincent de Lérins {\ av. 450), qui fut le premier
t. Ep. 37.
2. Outre ceux dout il est question dans le texte, on doit signaler le saint moine Caprais, saint Jacques, premier évêque de Tarentaise; saint Valérien, évèque de Cimies; Agricol, évêque d'Avignon, et Virgile d'Arles, sur lequel nous reviendrons. — Voir le curieux volume qui a pour titre : Chronologia Sanctorum et allorum virorum illustrium, ac ahhatum sacrx insulte Lerinensis, a D. Vinc. Barralli Salerno aw/^iZa^a. Lugduni, 1613. Infolio. On consultera avec encore plus de fruit la récente Histoire du monastère fie Lérins, par M. Alliez, chanoine de Fréjus, 1862 : la question du semi-pélagianisme, faussement imputé aux docteurs de Lérins, y est surtout traitée avec soin. L'auteur avait préludé à ce savant travail par un volume intitulé: Les Iles de Lérins et les Rivages environnants, 1860, rempli de détails précieux sur l'histoire récente et l'état actuel de ces sites célèbres. On y voit que l'île de saint Honorât ne contenait plus que quatre religieux lors de la sécularisation en 1788, et quelle a appartenu, depuis la vente des biens monastiques, d'abord à une ancienne actrice, puis à un ministre anglican. Elle vient d'être rachetée par l'évêque de Fréjus qui y a installé des frères agriculteurs.
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controversiste de son temps, et auquel la postérité a gardé le nom de Tîle qui avait été le berceau de son génie.
Il composa le court et célèbre écrit qui lui a valu Finmiortalité, en 434, trois ans après le concile d'Éphèse, et à l'occasion de Fhérésie nestorienne que ce concile avait condamnée. Il n'y voulait pas mettre son nom et l'intitula humblement : « Avis du Pèlerin », Commonitorium Pcregrini, C'est là qu'il a fixé avec une admirable précision, et dans un langage aussi ferme que simple et correct, la règle de la foi catholique, en rétablissant sm^ la double autorité de l'Ecriture et de la tradition, et en créant la célèbre définition de Tinterprétation orthodoxe : Quod semper, quod ubique, qiiod ah omnibus creditum est. Après avoir ainsi établi l'immutabilité du dogme catholique, il se demande : (( N'y aura-t-il donc point de progrès dans l'Église « du Christ? — Il y en aura », répond-il, ce et même (( beaucoup ; car qui serait assez envieux du bien (( des hommes, assez maudit de Dieu pour empê- (( cher ce progrès? Mais qu'il soit progrès et non (( changement... Il faut qu'avec les âges et les siè- (( clés il y ait accroissement d'intelligence, de sa- (( gesse et de science pour chaque honmie comme (( pour toute l'Éghse. IMais il faut que la religion des (( âmes imite la marche du corps humain, qui, tout
(( en se développant et en grandissant avec les ance nées, ne laisse pas d'être le même, dans la ma- (( turité de Tâge comme dans la tleur de la jeuce nesseV »
Vincent a inscrit en tête de son chef-d'œuvre le témoignage de sa reconnaissance pour ce doux sanctuaire de Lérins qui fut pour lui, comme il dit, le port de la religion, lorsque, après avoir été longtemps ballotté sur la mer du monde, il y vint chercher la paix et l'étude pour éviter non seulement les naufrages de la vie présente, mais encore les feux du siècle futur-.
A Lérins se rattache encore la grande renommée de Salvien (390-484), l'homme le plus éloquent de son siècle après saint Augustin, et surnommé le maître des évêques, quoique simple prêtre. Il avait passé cinq ans à Lérins ; il y avait goûté le charme de la paix et de la solitude, au milieu des horreurs de l'invasion des Barbares et de cette corruption effroyable du monde romain dont il a tracé le saisissant tableau dans son traité siu' le Gouvernement de Dieu.
Après ces prêtres illustres, viennent les évêques
1. Sed forsitan dicet aliquis : Nullusne ergo in Ecclesia Christi profectus habebitur religionis? Habeatur plane, et maximus... Commonit., c. 28.