‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 198 sur 219 · CvPRiANUS, de Vit. S. Cesaril, i · texte numérisé non relu

CvPRiANUS, de Vit. S. Cesaril, i

vierges qui vinrent peupler le nouveau cloître a été justement rangée parmi les monuments le plus souvent consultés de la sagesse des Pères et de la discipline monastique^ : on y remarque surtout la disposition qui prescrit à toutes les sœurs d'étudier les lettres, d'y consacrer chaque jour deux heures de la matinée, et en outre d'écouter, pendant le travail fait en commun, celle des sœurs qui lisait à haute voix.

Il travaillait de ses propres mains à la construction de ce sanctuaire, quand Arles fut assiégée, en 508, par les Francs et les Bourguignons qui ruinèrent tout ce qu'il avait fait, et employèrent les matériaux qu'il avait réunis à leurs travaux de circonvallation. Mais dès que le siège fut levé, Gésaire reprit son œuwe et l'acheva. Pour mieux assurer l'avenir de ce refuge qu'il élevait au milieu des flots écumants de l'invasion barbare, comme une arche au miheu du déluge-, il fit confirmer s fondation par le pape Hormisdas qui, sur sa demande expresse, l'exempta même de la jm^idiction épiscopale. Il lui avait donné pour abbesse sa propre sœur Gésarie, qui le gouverna pendant trente ans et y compta bientôt deux cents religieuses. Gette

1. Elle a été republiée de nos jours parmi les pièces justificatives des Récits mérovingiens, de M. Augustin Thierry. 1. AcT. SS. BoLLVND., t. AlAug., p. 70.

EN OCCIDExNT. too

forte chrétienne avait fait proparer et ranger symétriquement autoin* de l'église du monastère des cercueils de pierre pour elle et pour cliacmie de ses sœurs. Toutes vivaient et chantaient jour et nuit les louanges de Dieu en présence de ces tombes ouvertes pour les attendre.

Ce fut dans cette église que Gésaire lui-même, sentant approcher sa fin, se fit porter pom* bénir et consoler ses filles. Et certes, en ce dernier moment, il n'oubliait point sa chère île de Lérins, cette métropole de la ferveur monastique, dont il vantait la gloire par des accents passionnés : « G bienheu- (( reuse île, ô solitude bénie où la majesté de notre (( Rédempteur fait chaque jour de nouvelles con- (( quêtes et où de si grandes défaites sont infligées à (( Satan!... Ile trois fois heureuse qui, toute petite « qu'elle soit, enfante de si nombreux rejetons (( pour le ciel! C'est elle qui nom-rit tous ces illus- (( très moines qu'elle envoie comme évêques dans « toutes les provinces. Quand ils arrivent, ce sont (( des enfants ; quand ils sortent, ce sont des Pères. <( Elle les reçoit à l'état de recrues, elle en fait des (( rois. A tous ces heureux habitants elle enseigne (( à voler vers les sublimes hauteurs du Christ sur « les ailes de l'humilité et de la charité. A moi (( aussi, elle a ouvert ses bras, cette tendre et noble « mère, cette nourrice des honnêtes gens; mais

a tandis que tant d'autres lui doivent d'avoir gagné (( le ciel, la dureté de mon cœur Fa empêchée d'a- « chever en moi sa tâche' . »

Lérins eut poiu* rivale, sur les rives mêmes de la Provence, une autre métropole monastique, l'abbaye de Saint- Victor, près de Marseille. Cette abbaye fut construite (41o)au sein de ces grandes forêts qui avaient alimenté la marine des Phocéens, qui, du temps de César, descendaient jusqu'au bord de la mer, et dont la mystérieuse obscurité avait tellement épouvanté les soldats romains, que le conquérant, pour les enhardir, avait dû lui-même prendre la cognée et en frapper un vieux chêne". Elle s'éleva sur la grotte où avait été inhumé le saint martyr Victor, officier d'une légion romaine, à la fin du ni^ siècle. Elle rattachait ainsi à la sainte mémoire de l'époque des martps les travaux plus pacifiques, mais rudes encore et incessants, des nouveaux confesseurs de la foi. Elle eut pour fondateur un des personnages les pli^s remarquables de l'époque, Jean Cassien (SoO-ilT). Né, selon l'opinion commune, dans le pays des Scythes, selon d'autres à Athènes ou même en Gaule% il fut d'abord

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