s. C ESVRii, n° 25, ap. Bibl. max. patr., viu
2. RuFFi, Histoire de Marseille, 1696, t. f, p. 26.— De Ribbe, ?a Provence au point de vue des bois, etc., 1857, p. 23.
3. C'est l'opinion de Holsteniiis que semble adopter Mabillon. Cf- J.-B. QuESNAY, Cassianus illiistratus.
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moine à Bethléem, puis en Egypte, où il séjourna sept ans parmi les solitaires de Nitrie et de la Tliél)aïde. Il nous a laissé de leur vie un tableau exact et attachant ' . Il alla ensuite à Constantinople trouver saint Jean Ghrysostome, qui l'ordonna diacre et l'envoya à Rome pour plaider sa cause auprès du pape Innocent P'. A Rome, il devint l'ami de saint Léon le Grand, avant son élévation à la papauté, et à sa prière écrivit une réfutation de l'hérésie de Nestorius contre l'incarnation de Jésus- Christ.
Ayant ainsi parcouru tous les. sanctuaires et étudié les saints, il vint se reposer à Lérins, d'où il passa à Marseille pour y fonder ce grand monastère de Saint- Victor-, qui compta bientôt cinq mille religieux, tant dans sa propre enceinte que dans celle des maisons nées à Tombre et sous Tinfluence de ce nouveau sanctuaire.
1. Extrait de ses Colla tiones,. et qui forme le quatrième livre de la collection du P. Rosweyde.
2. Cette abbaye avait deux églises superposées l'une à l'autre ; 1 inférieure ou souterraine passe pour avoir été consacrée par saint Léon le Grand, à la prière de son ami Cassien. Ruinée par les Sarrasins au ix^ siècle, rétablie par Guillaume, vicomte de Marseille, la basilique abbatiale fut de nouveau dédiée en 1043 par le pape Benoît IX, qui vint exprès de Rome pour accomplir cette cérémonie, en présence de vingt-trois évêques et de dix mille laïques. On a publié, en 1864, à Marseille, une Notice sur les cryptes de l'abbaye de Saint-Victor de Marseille, qui contient des plans et beaucoup ■de renseignements curieux sur cette abbaye.
MOINES d'occ, I. 15
Ce fut poiu' instruire et discipliner cette armée de moines, que Gassien écrivit les quatre livres des Institutions et les vingt-quatre Conférences ou Collationes. Ces deux ouvrages ont immortalisé son nom et sont restés au premier rang des codes de la vie monastique. Dans les unes, il décrit, jusque dans ses moindres détails, la manière de \ivre, de prier, et de se mortifier, qu'il a^ ait vu pratiquer par les solitaires de la Tliébaide et de la Palestine. Dans les autres, il développe leur yie intérieure, leur esprit et leur sagesse surnaturelle.
Gassien ne voulait pas que, comme àLérins, son monastère fût en quelque sorte le séminaire des prêtres et des évoques d'alentour. Quoiqu'il eût été lui-même ordonné diacre par saint Jean Ghrysostome, et prêtre par le pape Innocent P% il aurait voulu maintenir et exhausser l'antique barrière qui séparait les moines du clergé séculier. Il recommande aux solitaires d'éviter les évêques, parce que ceux-ci chercheraient toutes les occasions de leur imposer quelque ministère ecclésiastique au milieu du siècle. « G'est F ancien avis des Pères, » dit-il, « avis qui persiste toujours, qu'un moine doit (( à tout prix fuir les évêques et les femmes ; car (c ni les fournies ni les évêques ne permettent au (( moine qu'ils ont une fois engagé dans leur face miliarité de se reposer en paix dans sa cellule.
(( ni d'attacher ses yeux sur la doctrine pure et (( céleste, en contemplant les choses saintes'. »
^lais les peuples chrétiens réagissaient victorieusement contre ces prohibitions de la ferveur primitive. Ils recherchaient avec ardeur pour prêtres et pour évêques des hommes formés dans les sanctuaires monastiques. Et ce fiu^entles évêques et les prêtres sortis des cloîtres de Saint- Victor et de Lérins qui donnèrent au clergé des Gaules du v^ siècles la science théologique et la considération morale qui manqua trop souvent aux prélats pris dans l'aristocratie gallo-romaine, sans avoir passé par la vie religieuse.
Cependant l'Église, qui avait eu à se débattre pendant tout le iv^ siècle contre Farianisme, rencontrait au v^ un danger nouveau et non moins grave dans le pélagianisme. Après avoir nié la divinité du Rédempteur, l'hérésie portait un coup mortel à sa doctrine et à la vertu chrétienne, en niant la nécessité de la grâce. L'auteur de cette hérésie. Pelage, était un moine breton; il avait pour principal disciple un autre Breton, moine comme lui.
1, Neuter enim sinit eumquem semel suae tamiliaritati devinxerit vel quieti celcuœ ullerius operam dare, etc. Institutiones , 1. xi, c. 17. — Cassien est tombé dans quelques erreurs de doctrine; mais, comme il mourut avant la condamnation de ses doctrines erronées, il n'en fut pas moins regardé comme saint par un grand nombre de fidèles.
Gelestius ' . Leur redoutable erreur fut longtemps contagieuse. Saint Augustin consacra tout ce qu'il avait de science et de talent à la confondre, et bientôt elle fut proscrite par l'Eglise.
On a prétendu qu'elle avait trouvé quelque appui dans les grands monastères de la Gaule méridionale, dont on vient d'entrevoir les services et les mérites. On a voulu démontrer que les opinions pélagiennes avaient eu pour foyer principal le monastère de Lérins, et que Gassien, après la condamnation du Pelage, avait inventé le semi-pélagianisme. Heureusement rien n'est moins prouvé, et le silence de l'Église romaine, alors comme toujours si vigilante dans la défense de l'orthodoxie, a absous suffisamment ceux que les historiens modernes ont peut-être voulu honorer par une imputation qu'ils eussent rejetée avec horreur. Un seul défenseur du semi-pélagianisme est sorti de Lérins, le célèbre et vertueux Fauste, évêque de Riez, qui ne fut d'ailleurs condamné qu'après sa mort. Mais Lérins a produit également saint Gésaire, qui porta le dernier coup à cette erreur dans le concile d'Orange en o29-. Ge qui est certain, c'est que dans les célèbres
1. Ils prêchèrent à Rome vers 405, en Afrique vers 411. Absous au concile de Jérusalem en 415, ils furent condamnés à Carthage et à Milève en 416 et en 413. Il n'est plus question de Pelage après 418.
2. GoRiNi, Défense de VÉglise contre les erreurs historiques, t. I, p. 76.
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abbayes de Saint-Victor et de Lérins, toutes les grandes questions sur le libre arbitre, la prédestination, la grâce, le pèche originel, furent étudiées et discutées avec l'attention et Ténergie que comportait la sainte vie de ces solitaires, et que toute cette noble école de Lérins, en se partageant, selon les prédilections individuelles de ses écrivains, entre les fauteurs et les adversaires de Cassien et de saint Augustin, chercha à concilier le plus possible Fintelligence et la liberté avec la grâce et la foi. Elle était d'ailleurs ardemment dévouée à l'unité catholique et à l'autorité de l'Église ; tous ses docteurs en ont témoigné par leurs écrits, et Fun des plus illustres, saint Hilaire d'Arles, comme on l'a vu, par sa docile somiiission à F arrêt qui le frappait.
Ainsi éclairé par la double lumière qu'avaient fait jaillir saint Martin à Fouest et l'école de Lérins au midi, la Gaule vit peu à peu s'élever dans toutes ses provinces des monastères qui venaient consoler ses villes envahies et ses campagnes dévastées par les incursions incessantes desGoths, desBurgondes, des Francs. On aime à faire remonter jusqu'à Filhistre évèque d'Auxerre saint Germain', dont la
1. Né à Auxerre en 380, évèque en 418, mort à Ravenne en 448. Selon les BoUandistes, i[ y a presque autant d'églises sous son vocable que sous celui de saint Martin.
popularité égale presque, eu Gaule et en Italie, celle de saint Martin, l'origine d'un monastère qui porta son nom dans sa ville épiscopale, et qui devint Fune des plus célèbres abbayes de la France du moyen âge\
Non loin d'Auxerre, sur les confins des Eduens et des Lingons, dans la contrée que les Burgondes avaient déjà occupée et allaient nommer de leur nom, on voyait, entre le Serain et rArmançon, un de ces déserts qui s'étaient formés sous l'administration romaine. Ce fut là que s'éleva (vers 450) l'abbaye de Réome, qui passe pour la plus ancienne de la Bourgogne, et qui s'est appelée depuis et jusqu^à nos jours Moutier-Saint-Jean, du nom de son fondateur^. Ce fondateur était le fils d'un sénateur de Di-
1. Voir V Histoire de l'abbaye de Saint-Germain d'Auxerre, par M. l'abbé Henry, curé de Quarré-les-Tombes, 1853.
2. De la vaste et belle église de Moutier-Saint-Jean, achetée et détruite en 1790 par un des derniers moines nommé Grouyn, il ne restait, en 1850, qu'une très belle porte latérale, épargnée par hasard, encore debout et isolée au milieu d'un jardin, et qui offre un beau spécimen de l'architecture du xiv* siècle. Ce n'est pas, du reste, le grand et beau portail occidental, gravé par dom Plancher, au t. I, p. 516, deVHistoire de Bourgogne, in-folio, et dont il ne reste pas trace. On pardonnera cette digression sur un monastère, oublié comme tant d'autres, à celui qui écrit ces lignes non loin de ses ruines et qui parcourt sans cesse des bois soumis à une redevance accordée aux religieux de Reomaus par Jean, seigneur de la Roche en Breny, en vertu d'un acte de 1239. Les cantons de bois dénommés dans cet acte ont encore conservé leurs vieux noms de Dos dWne^i Ae Bruyère de Valère. Conf P. RovERiusde P. Royer),
jon, auquel se rattaclie un de ces doux récits, qui commençaient alors à se répandre dans la Gaule, et qui démontrent la victoire graduelle des mœurs chrétiennes sur les cœurs et les imaginations, au milieu des luttes de la barbarie avec la décrépitude romaine. Il s'appelait Hilaire, ou le Joijeux,.et sa femme Quiéta, ou la Tranquille : la tendresse de leur union conjugale et la régularité qu'ils faisaient régner dans leur maison avaient excité l'admiration des habitants de Dijon. Lorsque le sénateur mourut, il se fit enterrer dans un tombeau de marbre préparé pour lui et pour sa femme, et dont la splendeur éblouissait un siècle plus tard Grégoire de Toiu*s, qui nous a transmis ce récit. Quiéta l'y rejoignit au bout d'un an, et lorsqu'on enleva le couvercle du sépulcre pour y descendre le corps de la veuve, les spectateurs s'écrièrent qu'ils voyaient le mari étendre la main pour enceindre le cou de sa femme, et tous se retirèrent transportés d'admiration pour ce miracle d'une tendresse conjugale qui se perpétuait jusque dans la tombe * . Le fils de ce couple exemplaire, Jean, inaugura la vie monastique en Boiu*gogne, en même temps que la culture des campagnes de l'Auxois aujourd'hui si fertiles et si
ReomauSy scu historia monasteril S. Joannis Reomaensis, Paris, 1637,in-4°, p. 765.