‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 216 sur 219 · Cf. D. PiTRV, loc. Cit , p. LUI · texte numérisé non relu

Cf. D. PiTRV, loc. Cit , p. LUI

élan, durent sans produire et restent stationnaires pendant des siècles , semblables à ces arbres plantés à l'ombre qui ont des racines, mais point de fruits, et végètent indéfiniment sans jamais s'élever ni s'étendre.

En Occident aussi, vers la fin du v'' siècle, Tinstitut cénobitique sembla atteint de la torpeur et de la stérilité de l'Orient. Après saint Jérôme, mort en 420, et saint Augustin, mort en 430, après les Pères de Lérins dont la splendeur pâlit vers 450, il y a comme une sorte d'éclipsé. Condat brille seul encore du haut de son toa jusque dans les premières années du vi^ siècle ; mais on ne voit plus alors, comme auparavant, d'illustres cénobites occuper avec éclat les premiers rangs dans la polémique et les développements de la \ie chrétienne. Excepté en Irlande et en Gaule, où, dans la plupart des provinces, surgissaient quelques fondations nouvelles , on remarque une interruption générale dans la propagation de l'institut, soit que le triomphe définitif de l'yivasion barbare eût étouffé pour un temps les efforts du zèle et troublé la source de vie où ces races victorieuses allaient s'abreuver, soit qu'il faille aux créations du génie chrétien comme aux forces de la natiu'e des intervalles d'apparente inaction, pour se préparer aux évolutions décisives de leur destinée.

Si cette éclipse avait duré , l'histoire des moines d'Occident n'eût été, comme celle des moines d'Orient, qu'une page sublime, mais écourtée, des annales de l'Église, au lieu d'en être la plus longue et la mieux remplie.

Il n'en devait pas être ainsi : mais , pour tenir les promesses que l'ordre monastique avait faites à l'Église et à la jeune société chrétienne , il lui manquait, au commencement du vi^ siècle, une impulsion nouvelle et énergique , propre à concentrer et à discipliner tant de forces éparses , irrégulières et intermittentes; une règle uniforme et universellement acceptée; un législateur qui s'inspirât d'un passé déjà fécond et glorieux pour fixer et dominer l'avenir. Dieu pourvut à cette nécessité en faisant naître saint Benoit.

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