‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 3 sur 219 · M LES MOINES D'OCCIDENT · texte numérisé non relu

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moine, contribuer à la réhabilitation des Ordres monastiques. Heureux d'avoir pu attirer quelques regards sur un côté de l'histoire religieuse trop longtemps obscurci et sacrifié, en glorifiant l'action du catholicisme sur les sentiments les plus tendres et les plus exaltés du cœur humain, j'espérais conquérir, par une étude d'un autre ordre, les mêmes suffrages, en vengeant la vérité catholique et historique sur le terrain même où elle a été le plus méconnue, et où elle rencontre encore le plus d'antipathies et de préjugés.

A qui cherche le type le plus accompli du religieux, saint Bernard se présente tout d'abord. Nul n'a jeté plus d'éclat que lui sur la robe du moine. Et cependant, chose étrange! des nombreux auteurs qui ont écrit son histoire, excepté ses premiers biographes, qui commencèrent à l'écrire de son vivant, aucun n'a semblé préoccupé de ce qui la domine et l'explique, de sa profession monastique. De l'aveu de tous, saint Bernard fut un grand homme et un homme de génie; il exerça sur son siècle un ascendant sans pareil; il régna par l'éloquence, la vertu et le courage. Plus d'une fois il décida du sort des peuples et des couronnes; un jour même il tint entre ses mains la destinée de l'Église. Il sut remuer l'Europe et la précipiter sur l'Orient ; il sut combattre et vaincre dans Abailard

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le précurseur du rationalisme moderne. Tout 1| monde le sait et le dit; tous le rangent volontiers à côté de Ximenès, de Richelieu et de Bossuet. Mais cela ne suffit pas. S'il fut, et qui en doute? un grand orateur, un grand écrivain, un grand personnage, c'était presque à son insu et bien malgré lui. Il fut et surtout il voulut être autre chose : il fut moine et il fut saint; il vécut dans un cloître et il fit des miracles.

L'Église a défini et constaté la sainteté de Bernard; l'histoire reste chargée de la mission de raconter sa vie etd'expliquer l'influence merveilleuse qu'il exerça sur ses contemporains.

Mais, en voulant étudier la vie et l'époque de ce grand homme qui fut moine, on trouve que les papes, les évêques, les saints, qui étaient alors le boulevard et l'honneur de la société chrétienne, sortaient tous ou presquetousde l'Ordre monastique commelui. Qu'étaient-ce donc que cesmoines?d'oii venaient ils? et qu'avaient-ils fait jusque-là pour occuper dans les destinées du monde une place si haute? Il fallait d'abord résoudre ces questions.

Il y a plus. En essayant de juger la période où vécut saint Bernard, on voit qu'il est impossible de l'expliquer ou de la comprendre, si on ne reconnaît pas qu'elle est animée du même souffle qui a vivifié une époque antérieure, dont elle n'est que la continuation directe et fidèle.

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i Si le douzième siècle s'est incliné devant le génie et la vertu du moine Bernard, c'est parce que leonzièmeavaitétérégénéré et pénétré parla vertu et le génie du moine qui s'appela Grégoire VU. Ni l'époque ni l'action de Bernard ne sauraient donc être envisagées à part de la crise salutaire qui avait préparé l'une et rendu l'autre possible; et jamais un simple moine n'aurait été écouté et obéicomme le fut Bernard, si sa grandeur incontestée n'avait été précédée par les luttes, les épreuves et la victoire posthume de cet autre moine qui mourut six ans avant sa naissance. Il a donc fallu, non seulement caractériser par un résumé consciencieux le pontificat du plus célèbre des papes sortis des rangs monastiques, mais encore passer en revue toute la période qui réunit les derniers combats de Grégoire aux premiers efforts de Bernard, et tenter ainsi le récit d'une lutte qui fut la plus grave et la plus glorieuse que l'Église ait jamais livrée, et oii les moines furent les premiers à la peine comme à l'honneur.

Mais cela même ne suffisait pas. Bien loin d'être les fondateurs de l'Ordre monastique, Grégoire VII et Bernard n'en étaient que les rejetons, comme tant de milliers de leurs contemporains. Cetinstitut existaitdepuisplusdecinq siècles lorsque ces grands hommes surent en tirer un si merveilleux parti.

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Pour en connaître Torigine, pour en apprécier la nature et les services, il faut remonter à un autre Grégoire, à saint Grégoire le Grand, au premier pape sorti du cloitre, et plus haut encore, à saint Benoît, législateur et patriarche des moines d'Occident. Il faut au moins entrevoir pendant ces cinq siècles les efforts surhumains tentés par ces légions de moines sans cesse renaissantes, pour dompter, pacifier, discipliner, purifier vingt peuples barbares successivement transformés en nations chrétiennes. C'eût été une injustice et une ingratitude révoltante que de se taire sur vingt générations d'indomptables laboureurs qui ont défriché les âmes de nos pères en même temps que le sol de l'Europe chrétienne, et n'ont laissé à Bernard et à ses contemporains que la fatigue du moissonneur.

Les volumes dont je commence aujourd'hui la publication sontdestinés à cette tâche préliminaire.

Ambitieux de faire suivre à mes lecteurs la route que je m'étais frayée à moi-même, j'ai destiné ce long préambule à faire connaître ce qu'était l'Ordre monastique, et ce qu'il avait fait pour le monde catholique avant l'avènement de saint Bernard à la première place dans Testime et l'admiration de la chrétienté de son temps. Au point de vue littéraire, je le sais, on a tort d'éparpiller ainsi sur une longue série d'années et un grand nombre de noms, la

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