Bénédictins, en Savoie
22. Deux abbayes cisterciennes portaient ce nom, l'une en Champagne, l'autre en Bretagne.
INTRODUCTION. lxxix
était plus austère, et leur fidélité à observer cette règle plus complète ' . Il faut les en croire, car leur témoignage est unanime à cet égard, ou bien il faut supposer que tout ce qu'il y a de plus pur et de plus saint dans l'Église s'est donné le mot pendant dix siècles de suite pour mentir à l'humanité ; supposition d'autant plus absurde que jamais les historiens monastiques n'ont manqué au triste devoir de raconter les désordres et les souffrances que produisaient le relâchement et le mépris des constitutions primitives.
Le témoignage incontestable de ce bonheur éclaté à chaque page des écrits que nous ont laissés les Pères, les docteurs, les historiens monastiques. Ils aimaient avec passion ces monastères qu'on a qualifiés de prisons, et la vie qu'ils y menaient. C'était pour eux le ciel sur la terre : cœlum terrae, dit quelque part saint Jérôme.
Toto corde meo te, Centula mater, amavi ~.
1. Ce pliénoniL'ne, qui n'a jamais manqué de se produire à l'origine de tous les Ordres religieux et pendant tout le temps qu'ils ont maintenu leur ferveur primitive, se représente encore aujourd'hui au milieu des difficultés de notre vie moderne. Les maisons de la Trappe regorgent de novices. Au contraire, pendant le dernier siècle, les nombreuses abbayes où la commende avait anéanti toute discipline régulière, où la vie était presque aussi facile que dans le monde, ne savaient où recruter des sujets.
2. Hariulfi, Chron. CentuL, terminé en 1088, ap. Dacherv, Spicileg., t. II, p. 356.
Lxxx LES MOINES D'OCCIDENT.
C'est par ce cri d'amour que se termine la belle et curieuse chronique de la grande abbaye de Saint- Riquier en Ponthieu, et, cinq cents ans plus tard, Tabbé Trithémius, un des plus célèbres historiens bénédictins, s'écriait également en achevant la première moitié des célèbres annales de la chère abbaye où il avait été élevé : Me sol a Hirsaugia gaiidet ^ . De siècle en siècle, l'écho de cette joie se prolonge. L'austère saint Pierre Damien appelait Cluny un jardin de délices-. Saint Bernard, ce père de cent soixante monastères qu'il avait remplis de l'élite de ses contemporains, ne se lassait pas de dire : (( Bon Dieu ! que de bonheur tu procures à tes pauvres ^ ! » Et Pierre de Blois, en quittant l'abbaye de Croyland pour retourner dans sa patrie, s'arrêtait sept fois pour regarder en arrière et contempler encore ce lieu où il avait été si heureux \
Ils aimaient tant leurs chères retraites, qu'ils se le reprochaient comme on doit se reprocher de trop aimer le monde et ses attraits, et quand il leur fal-
1. p. 616 de rédition de Saint-Gall, 1690, in-fol. — Il dit encore dans la dédicace de son ouvrage : Nimia dilectione Hirsaugensium deviclus laborem hune magnum libens suscepi; et à la fin de la 2*' partie : Quanto Hirsaugianos amore diligam omnes, saltem laboribus meis communicalis ad loci honorem ostendam. T. II, p. 692.