‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 6 sur 219 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Caractère fondamental des institutions monastiques.

Quest' altri fuochi lutti contemplanti Uomini furo, accesi di quel caldo Che fa nascer i liori ed i frutti santi. Qui è Macario, qui è Romoaldo :

Qui son 11 frati miei, che dentro a' chiostri Fermaro i piedi, e tennero '1 cor saldo. Paroles de saixt Benoît a Dante.

Parad., xxii.

Avant d'entamer ce récit, il a paru nécessaire de placer quelques aperçus sur le caractère fondamental du dévouement monastique, sur ce qui a été le principe tout à la fois des services qu'il a rendus et de la haine qu'il inspire.

Qui est-ce qui savait, il y a quelques années, ce que c'était qu'un moine? Pour moi , je ne m'en doutais pas quand je commençai ce travail. Je croyais bien savoir à peu près ce qu'était un saint, ce qu'était l'Église ; mais je n'avais pas la moindre notion de ce que pouvait être un moine ou un ordre monastique. J'étais bien de mon temps. Dans tout

x(v LES MOINES D'OCCIDENT,

le cours de mon éducation domestique ou publique, personne, pas même parmi ceux qui étaient spécialement chargés de m'enseigner la religion et l'histoire , personne ne s'était jamais avisé de me donner la moindre notion des Ordres religieux. Trente ans à peine s'étaient écoulés depuis leur ruine, et déjà on les traitait comme ces espèces perdues, dont les ossements fossiles reparaissent de temps à autre, pour exciter la curiosité ou la répugnance, mais qui ne comptent plus dans l'histoire de ce qui vit. Je me figure que la plupart des hommes de mon âge se reconnaîtront là. Ne sommes-nous pas tous sortis du collège, sachant par cœur le compte des maîtresses de Jupiter, mais ignorant jusqu'au nom même des fondateurs de ces Ordres religieux qui ont civilisé l'Europe et tant de fois sauvé l'Église? La première fois que je vis un habit de moine, faut-il l'avouer? ce fut sur les planches d'un théâtre, dans une de ces ignobles parodies qui tiennent trop souvent lieu aux peuples modernes des pompes et des solennités de la religion. Quelques années plus tard, je rencontrai, pour la première fois, un vrai moine : c'était au pied de la Grande-Chartreuse, à l'entrée de cette gorge sauvage, le long de ce torrent bondissant, que n'oublient jamais ceux qui ont pu visiter un jour cette solitude célèbre. Je ne savais encore rien ni des services ni des gloires

INTRODUCTION. xv

que ce froc dédaigné devrait rappeler au chrétien le moins instruit ; mais je me souviens encore de la surprise etdeTémotion que cette image d'un monde disparu versa dans mon cœur. Aujourd'hui même, après tant d'autres émotions, tant de luttes diverses et tant de travaux qui m'ont révélé l'immortelle grandeur du rôle des Ordres religieux dans l'Église, ce souvenir survit et me pénètre d'une infinie douceur. Combien je voudrais que ce livre pût laisser à ceux qui le rencontreront sur leur passage une impression semblable, et inspirer à quelques-uns, avec le respect de cette grandeur vaincue, le désir de l'étudier et le besoin de lui rendre justice !

On peut d'ailleurs, sans excès d'ambition, aspirer pour le moine à une justice plus complète que celle qu'il a obtenue jusqu'ici, même de la plupart des apologistes chrétiens des derniers temps. En prenant la défense des Ordres religieux, on a semblé surtout demander grâce pour ces augustes institutions, au nom des services rendus par elles aux sciences, aux lettres, à Tagriculture. C'était vanter le superflu aux dépens de l'essentiel. Sans doute il faut constater et admirer la mise en culture de tant de forêts et de tant de déserts, la transcription et la conservation de tant de monuments littéraires et historiques, et cette érudition monastique que rien ne saurait remplacer ; ce sont là de grands ser-

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