XVI LES MOINES D'OCCIDENT
vices rendus à l'humanité, et qui eussent suffi, si rhumanitéétaitjuste, pour couvrir les moines d'une éternelle égide. Mais ce qui est bien autrement digne d'admiration et de reconnaissance, c'est la lutte permanente delà liberté morale contre les servitudes de la chair ; c'est l'effort constant de la volonté consacrée à la poursuite et à la conquête de la vertu chrétienne ; c'estl'essor victorieux deTàme dans ces régions suprêmes où elle retrouve sa vraie, son immortelle grandeur. Des institutions purement humaines, des pouvoirs purement temporels eussent pu, à la rigueur, conférer à la société les mêmes bienfaits matériels. Ce que les pouvoirs humains ne sauraient faire, ce qu'ils n'ont jamais entrepris, ce à quoi ils ne réussiront jamais, c'est à discipliner Tâme, à la transformer par la chasteté, l'obéissance, le sacrifice et Thumilité ; c'est à retremper l'homme déchu par le péché dans unetelle vertu, que les prodiges de la perfection évangélique sont devenus, pendant de longs siècles, l'histoire quotidienne de l'Église. Voilà ce qu'ont voulu les moines, et voilà ce qu'ils ont fait. Le travail du corps ne leur semblait que la figure du travail de l'âme sur elle-même , qu'une première initiation à la vie intérieure. De tant de fondateurs et de législateurs de la vie religieuse, pas un n'a imaginé d'assigner pour but à ses disciples de défoncer la
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terre, de copier des manuscrits, de cultiver les arts ou les lettres, d'écrire les annales des peuples. Ce n'était là pour eux que l'accessoire, la conséquence souvent indirecte et involontaire d'un institut qui n'avait en vue que l'éducation de l'àme humaine, sa conformité avec la loi du Christ et l'expiation de sa corruption native par une vie de sacrifice et de mortification. Là était pour tous le but, le fond, l'objet suprême de l'existence, Tunique ambition, le mérite unique et la souveraine victoire.
Pour quin'admet pas la chute originelle, la double nécessité de l'effort humain et de la grâce divine quand on veut échapper aux tristes conséquences de la nature tombée, il est clair que la vie monastique ne peut être qu'une grande et lamentable aberration. Pour qui ne connaît ni ne comprend les luttes de l'âme quand elle cherche dans l'amour de Dieu poussé jusqu'à l'héroïsme une arme victorieuse, un remède souverain contre l'amour désordonné de la créature, ce culte mystérieux de la virginité, qui est la condition essentielle de la vie claustrale, demeure à jamais inintelligible. iMais, à ce point de vue, la révélation chrétienne, le sacerdoce institué par Jésus-Christ, sont également inadmissibles. En revanche tout homme qui croit à l'incarnation du Fils de Dieu et à la divinité de TÉvangile doit reconnaître dans la vie monastique le