‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 4)Chapitre 89 sur 219 · Jekem., XXXV · texte numérisé non relu

Jekem., XXXV

EN ORIEiNT. 47

Peut-être doit-on voir en eux, sinon des ancêtres, du moins les modèles des Esséniens et des Thérapeutes, ces moines du judaïsme, qui vécurent, ceux-là du temps des Machabées sur les bords de la mer Morte, et ceux-ci deux siècles plus tard, en Asie Mineure et en Egypte. Les uns et les autres habitaient au désert dans des cellules, gardaient le célibat, renonçaient à toute propriété, à tout plaisir, à toute nourriture délicate, et consacraient leur temps au travail des mains ou à l'étude des saintes Écritures. Porphyre et Pline le Natm^aliste ont parlé avec admiration des Esséniens'. Philon, le plus éloquent des Juifs-, a décrit la vie pure et mortifiée des Thérapeutes ; il nous les montre habitant des cellules sur une éminence au delà du lac Mœris, précisément sur ce mont de Nitrie, si célèbre depuis dans l'histoire des Pères du désert. Eusèbe, comme on sait, en fait des chrétiens, et on leur a donné l'évangéliste saint Marc pour instituteur ^ Cette opinion paraît mal fondée. Il est diffi-

1. PoRPHYR., rfe Abstinentia,i\, 11. — Plin. Hist.natur.,\. — Thonissen, Encycl. popuL, t. I, p. 86.

2. Philo, de Vita contemplativa,l. i. — Confer. Pallad., Hist. Lausiaca, c. 7.

3. S.HiERONYM., deScj'ipt. Eccles. in Marco. —Evseb., Hist. Ecclesiast., 17. — Saint Epiphane, Sozomène, Cassien le disent aussi. Cf. D. Calmet, Dict. de la Bible, v» Thérapeutes. — Henric. Va- LESii, Annot.in Euseb., p. 35. — Confer. Doellinger, Heidenthum und Judenthum, p. 753.

48 LKS PRÉCURSEURS MONASTIQUES

cile toutefois de ne pas voir dans ces solitaires les

précurseurs directs de l'Ordre monastique.

Mais il appartenait à l'Évangile de féconder, de perfectionner et de perpétuer ces exemples. Les paroles du Rédempteur, Fils de Dieu, étaient formelles. Il avait dit au jeune seigneur qu'un seul regard lui avait fait aimer, et qui lui demandait le chemin de la vie éternelle : « Une seule chose te « manque pour être parfait : va vendre tout ce que (c tu as et donne-le aux pauvres ; tu auras un trésor « dans le ciel ; puis viens et suis-moi ' . » Et encore : (( Tout homme qui abandonnera, à cause de moi et (( de mon Évangile, sa maison, ses frères, ses (( sœm^s, son père, sa mère, ses enfants, ses do- (( maines, en sera récompensé au centuple : il re- (( trouvera dès ce monde cent fois autant de mai- (( sons , de frères , de sœurs , d'enfants , de domaines , (( avec des persécutions^ et dans l'autre il possédera (( la vie éternelle " . » Dès que cette parole divine eut été répandue dans l'univers, il s'est trouvé des hommes qui, loin d'être rebutés par la dureté de ce langage ou attristés comme celui qui l'entendit le

1. Quidam princeps, Luc, xviii, 12... Jésus autem intuitus eum, dilexit eum et dixit ei : Unum tibi deest : vade, vende quae habes : et da pauperibus, et habebis thesaurum in cœlo : et veni, sequere me. Marc, x, 21. Confer. Mattii., xix, 21; Luc, xviii,

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