Marc, x
premier * , y ont senti une douceur et un attrait au delà de toutes les séductions de ce monde, et qui, se précipitant en foule dans la voie étroite, se sont chargés de démontrer qu'il n'y avait dans les conseils de la perfection évangélique rien d'impraticable à la faiblesse humaine. Il s'en est trouvé ainsi pendant dix-huit siècles, et il s'en trouve encore aujourd'hui, malgré les répugnances et les prohibitions de la fausse sagesse des modernes. Dominés par cette parole de l'Évangile, les Pères les plus illustres, les docteurs, les conciles, ont proclamé que la vie religieuse avait été fondée par Jésus- Christ lui-même et pratiquée d'abord par ses apôtres. Les plus hautes autorités sont d'accord pour reconnaître qu'elle est née avec l'Église et qu'elle n'a jamais cessé de coexister avec elle*. On peut dire d'elle, comme de l'Église elle-même, qu'elle existe de droit divine
1. Durus est hic sermo. Joan., vi, 61. Qui contristatus in verbo abiit mœrens : erat enirn habens militas possessiones. Maïic, X, 22.
2. Philosophiama Christointroductani, S. Joan. Chrysost., Ho7n. 17 adPopiil. Antioch. — S. Hieron., epist. 120 (alias 150), 118, 130, — Primum in Ecclesia, imo a quo cœpit Ecclesia... cujus Apostoli institutores... exstiterunt. S.Bernard., Apolog. ad Guill. Ahbat., c. 10. — Cœnobitarum disciplina a temporeprœdicationis apostolicee sumpsit exordium. Cassian., Collation. 18, c. 5. — Sacrum quoque monasticum ordinem a Deo inspiratum, et ab ipsis apostolistundatum. Concil. ad Theod. villam., an. 844, c. 3.
3. Status religiosus secundum se et quoad substantiam suam ab
oO LES PRÉCURSEURS MONASTIQUES
Nous savons avec certitude, par le récit des Actes des apôtres, que les premiers, chrétiens vivaient à Jérusalem comme ont vécu depuis les moines. Au sortir du cénacle, ceux qui avaient eu le bonheur de voir de leurs propres yeux le Seigneur Jésus, ceux qui écoutaient chaque jour la parole des apôtres, ceux-là ne formaient qu'un cœur et qu'une âme; ils mettaient tout en commun, fortune, prière, travail, vendaient tous leurs biens pour en consacrer le prix aux besoins de tous, et faisaient disparaître ainsi du même coup la richesse et la pauvreté. Il est dit expressément et à plus d'une reprise, que tous les croyants vivaient de cette façon \ L'histoire ne nous dit pas conmient cette communauté se relâcha et finit par se dissoudre, maison comprend comment elle devint impossible à mesure que le nombre des chrétiens allait croissant et en présence des droits et des intérêts de la famille. Toutefois, elle avait assez duré pour autoriser Eusèbe et saint Jérôme à établir que les pre-
ipso Christo immédiate traditus et inslitutus fuit, atqueitadici potest esse de jure divino ; non prsecipiente, sed consulente. Suarez, Tractatus xii, lib. 3, c. 2.
1. Omnes etiam qui credebant erant pariter et habebant omnia communia. Possessiones et substantias vendebant, et dividebant illas omnibus, prout cuique opuserat... Multitudinisautemcredentium eiat cor unum et anima una : nec quisquam eorum, quee possidebat, aliquid suum esse dicei)at... Neque enim quisquam egens erat inter illos... Act., ii, 44, 45; iv, 32, 34, 35, 37.
miers moines connus ne furent autres que les premiers disciples de Jésus-Ghrist \
On pourrait même affirmer que pendant les trois premiers siècles, tous les chrétiens gardèrent un certain caractère monastique. Ils étaient austères et rigides jusque dans la sincérité de leur foi et la jeune ardeur de leur enthousiasme. Ils restaient pm^s au fond de la corruption universelle. Leur vie était plus ou moins cachée au sein de la société païemie. Ils étaient de ce vieux monde comme n'en étant pas. Puis survenaient les persécutions qui abrégeaient le chemin du ciel : elles leur tenaient lieu de pénitence et d'épreuve. Le cachot du martyr valait bien, dit Tertullien, la cellule du prophète". Dans les intervalles de paix que leur laissaient les persécutions, il s'astreignaient à des exercices et à des pénitences qui ont depuis révolté notre faiblesse. Et parmi eux, d'ailleurs, il s'en est toujours trouvé un grand nombre que le goût de la perfection ramenait à l'abnégation des premiers jours. Ceux-là se vouaient à la pratique des conseils évangéliques en renonçant au mariage et à la propriété. Ils se condamnaient au jeûne, au silence, à toute
1. Ex quo apparet taleni primum Christo credentium fuisse Ecclesiam quales nunc monachi esse nitunlur et cupiunt. De Vir, illustr. c. 8.