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Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard

Les moines celtiques reprennent en Northumbrie l'œuvre de la conversion, abandonnée par les moines romains. — Oswald, fils d'Ethelfrid le Ravageur, exilé chez les Scots, est baptisé selon le rit celtique. — Il rentre en Northumbrie, y plante la première croix, gagne sur les Merciens et les Bretons la bataille de Denisesburn. — 11 règne sur toute la Northumbrie; il en fait la puissance prépondérante de la confédération anglosaxonne. — 11 veut convertir son royaume au Christ. — Le diacre italien .Jacques maintient un reste de christianisme, dans la Deïra : mais tout est à faire en Bernicie. — Oswald demande des missionnaires aux monastères celtiques. — Échec du premier missionnaire d'iona; il est remplacé par Aidan. — Éloge des abbés d'iona par Bede. — La capitale religieuse du nord de l'Angleterre est fixée dans l'île monastique de Lindis- FARNE : description de cette île : sa ressemblance avec lona. — Autorité des abbés de Lindisfarne même sur les évêques. — Vertus du moine évêque A'idan : son désintéressement : soin des enfants et des esclaves. — Le roi Oswald sert d'auxiliaire et d'interprète au missionnaire A'idan. — Oswald épouse la fille du roi de Wessex, et convertit son beau-père. — Guerre contre Penda, chef de la coalition des Bretons et des Merciens.

— Bataille de Maserfeld : Oswald y est tué à l'âge de trentehuit ans. — Il est vénéré comme martyr : Miracles sur sa tombe.

— Prédiction de l'évêque A'idan au sujet de sa main.

L'œuvre de la conversion des Anglais, interrompue au midi par la réaction païenne , ensevelie au nord

dans la catastrophe du premier roi chrétien de Northumbrie,ne devait subir qu'une échpse momentanée, prélude providentiel d'un effort plus soutenu et d'un triomphe définitif. La conquête spirituelle de l'île , abandonnée pour un temps par les missionnaires romains, va être reprise par les moines celtiques. Une fois la glace rompue par les Itahens, les Irlandais arrivent pour reprendre l'œuvre inachevée. Ce que les fils de saint Benoît n'ont pu qu'entamer sera consommé par les fils de saint Columba. Le grand cœur du premier abbé d'Iona, transmis à ses descendants spirituels, accomplira ainsi le grand dessein du saint pape Grégoire. L'esprit d'unité, de soumission et de discipline leur sera instillé un peu malgré eux par un Saxon converti, par Wilfrid. Leur infatigable activité , leur invincible persévérance, triomphera de tous les obstacles; ils stimuleront, en les secondant, le zèle des missionnaires italiens. Ils ranimeront le feu sacré chez les moines bénédictins, avec lesquels ils finiront par se confondre. Ainsi travaillée, pressée et pénétrée de toutes parts par l'action monastique , la nation tout entière des Anglo-Saxons reconnaîtra bientôt la loi du Christ. Ses rois, ses moines, ses évêques, ses saints et ses saintes monteront aussitôt au premier rang parmi les enfants de l'Eglise , les civihsateurs de l'Europe, les bienfaiteurs du genre

humain, les soldats de Dieu. C'est ce qu'on essayera de montrer dans le récit qui va suivre.

Trejste-huit ans après le débarquement d'Augustin et des moines romains sur le sol de l'Angleterre païenne, un prince anglo-saxon invoqua le secours des moines d'Iona pour convertir les Saxons du Nord.

Ce prince était Oswald, fils d'Ethelfrid le Ravageur et de la sœur du roi-martyr Edwin. Après la défaite et la mort de son père, le fils du grand ennemi et du grand vainqueur des Scots avait été, encore enfant, chercher un refuge, avec ses frères et un nombreux cortège de jeunes nobles, chez les Scots eux-mêmes. Il y avait trouvé la généreuse hospitalité qu'ont reçue chez les descendants des Anglo-Saxons, douze siècles plus tard, les princes français, issus de la race la plus glorieusement et la plus constamment hostile à l'Angleterre. Il passa dans cet exil les dixsept années du règne de son oncle Edwin , comme celui-ci avait passé dans l'exil tout le temps qu'avait duré le règne de son beau- frère et de son persécuteur, Ethelfrid. Mais entre ces deux représentants des deux dynasties qui se partageaient la Northumbrie et s'y succédaient l'une à l'autre , il y eut cette différence que le jeune Edwin n'avait cherché et trouvé d'asile que chez ses compatriotes païens, tandis que l'exil d'Osw^ald l'avait conduit chez des

peuples d'une race et d'une religion différentes de la sienne. Depuis l'apostolat de Columba les Scots et les Pietés étaient tous chrétiens : parmi eux Oswald et ses compagnons d'infortune apprirent à connaître le christianisme et furent tous baptisés , mais baptisés selon le rit de l'Église celtique, qui n'était pas celui de l'Église romaine ^ .

Après la catastrophe d'Edwin (633) et de la dynastie deïrienne, dont il était le chef, les princes de la famille bernicienne purent rentrer en Northumbrie, d'où ils étaient bannis depuis dix-sept ans^.

L'aîné, Eanfrid, comme on l'a dit, périt sous le couteau du Breton Gadwallon, après avoir renié la foi chrétienne. Mais son jeune frère Oswald était d'une tout autre trempe. A la tête d'une petite bande de gens résolus, dont une douzaine au plus étaient chrétiens comme lui, il entreprit de reconquérir son pays , et ne craignit pas de continuer la

1. Bede, III, 1. — Fleiiry, Lanigan et divers autres historiens ont supposé que ces expressions de Bcde pouvaient s'entendre des Irlandais qui, comme on l'a vu plus haut, portaient le nom de Scots , bienavantque ce nom eût été communiqué par une colonie irlandaise aux habitants de la Calédonie.Mais aucun indice valable n'existe dans les auteurs anciens qui puisse confirmer cette supposition.

2. Pour aider le lecteur à se reconnaître dans le dédale des deux dynasties nortiiumbriennes, dont l'histoire va remplir tout ce volume, nous avons dressé un tableau généalogique, qu'il trouvera dans l'Appendice n^ 1, et auquel il fera bien d'avoir souvent recours.

lutte contre les forces immenses du formidable Breton, ni même de l'aborder en bataille rangée.

Les deux armées, si inégales en nombre, se rencontrèrent près de cette grande muraille que l'empereur Sévère avait élevée d'une mer à Fautre contre les Pietés, et qui alors partageait à peu près par le milieu la Northumbrie. Ce rempart, qui n'avait arrêté ni les Pietés dans leurs incursions vers le midi, ni les Saxons dans leurs conquêtes au nord, était alors non pas intact, mais debout, puisque aujourd'hui de vastes débris en subsistent encore et se retrouvent sur les sommets escarpés et les plateaux tapissés de bruyères ou parsemés de roches basaltiques, qui impriment à cette région de l'Angleterre un caractère si différent de ses horizons habituels. Adossé à un fragment du mur romain, le prince anglo-saxon occupait une éminence où sa faible troupe pouvait braver l'attaque des nombreux bataillons de Cadwallon ^ . Sur cette hauteur qui s'appelait dès lors le Champ du Ciel- ,

1 . Voir, pour la description du champ de bataille, une récente publication de la savante société, qui, sous le nom d'un archéologue fameux, Surtees, s'applique depuis trente ans à mettre en lumière les monuments de l'histoire northumbrienne : The priory of Hexham, eclUecl by James Raine, 1864, 1. 1 ; préf., p.xi, et append. ij.

2. Bede^III, 1. — Une chapelle dédiée à saint Osvvald marque l'emplacement si bien décrit par Bede, auprès de la petite ville du même nom , un peu au nord de Hexham et du chemin de fer de Newcastle à Carliste. — Cependant la bataille est connue sous le nom de Denises

et qui porte encore le nom de Saint-Oswald , la veille du jour où devait s'engager le combat décisif, le jeune et fervent guerrier fit faire à la hâte une grande croix de bois, qu'il tint debout de ses propres mains, pendant que ses compagnons entassaient la terre pour la maintenir droite dans le creux où il l'avait plantée. Puis, se prosternant devant elle, il dit à ses frères d'armes : « Tombons tous (( à genoux, et, tous ensemble, prions le vrai Dieu (( vivant et tout-puissant, de nous défendre dans sa (( miséricorde , contre l'orgueil et la férocité de notre (( ennemi ; car ce Dieu sait que notre cause est juste, (( et que nous allons combattre pour le salut de « notre nation. Oui, c'est pour notre salut et notre (c liberté qu'il nous faut combattre aujourd'hui, (( contre ces Bretons que nos pères se glorifiaient (( de provoquer, mais qui maintenant prophétisent « l'extermination de notre race ^ . »

Biirn, d'après le ruisseau au bord duquel le roi des Bretons périt en fuyant.

1. Bede, III, 2. — Les historiens plus récents mettent surtout en lumière le côté patriotique de la lutte. — Exprobrandi pudoris rem ventilari allegans, Anglos cum Britannis lam iniquo marte confligere, ut contra illos pro salute decertarent quos ultro pro gloria consueverunt lacessere. Itaque pro libertateaudentibus animis et viribus etfusis decertarent, nihil de fuga méditantes : tali modo et illis provenire gloriam et annuente Deo patriœ libertatem... Cœdwallum, \irum, ut ipse dictitabat, in exterminium Anglorum natum. Wilh. M^LMESB., I, 44 ; RICA.UD. DE CiRENc, Spec. Jùst. cU (jest. reg. Angl., II, 36.

Il semble que les Bretons auraient pu faire la même prière , eux qui étaient de vieux chrétiens , et qui après tout n'avaient fait que reprendre leur sol natal sur des envahisseurs étrangers ^ . Mais un siècle de possession avait donné à ceux-ci la conviction de leur droit, et les atroces cruautés de Cadwallon avaient déshonoré son patriotisme . Os wald représentait d'ailleurs la cause de la propagande chrétienne : car les Bretons ne faisaient rien pour convertir leurs ennemis, et cette croix plantée par lui était la première qu'on eût encore vue dans la Bernicie.

Le soir de ce même jour, et pendant la nuit antérieure à la rencontre qui allait décider de sa destinée , Osvvald dormait sous sa tente , lorsqu'il vit en songe Columba, le grand saint, apôtre et patron du pays où il avait séjourné en exil, et de l'église où il avait reçu le baptême. Le belliqueux abbé d'Iona, mort depuis trente-six ans, lui apparut, éclatant d'une beauté angéliquc; debout, avec cette taille gigantesque qu'on lui avait connue pendant sa vie, il étendait son vêtement resplendissant sur toute la petite armée des exilés , comme pour la protéger ; puis s'adressant au prince , il lui dit comme Dieu à Josué avant le passage du Jourdain : « Aie bon courage (( et agis en liomme. C'est au point du jour qu'il

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