CHAPITRE III
Première phase des épreuves de Wilfrid sainte Ëtheldreda
Wilfrid, réduit à un rôle subordonné, se réconcilie avec le roî Oswy, qui meurt après vingt-huitans d'un règne prospère. — Extension de la domination northumbrienne et de la juridiction de Wilfrid vers le Nord. — Au commencement du nouveau règne, alliance entre lui et le nouveau roi Egfrid, qui triomphe de l'insurrection des Pietés comme de l'invasion des Merciens.
— Vertus épiscopales et austérités de Wilfrid. — Ses tournées de confirmation; l'enfant ressuscité. — Les monastères de Wilfrid deviennent des centres d'éducation publique. — Services qu'il rend aux arts : musique, propagation du chant grégorien.
— Grands travaux d'architecture à York, à Ripon, surtout à Hexham, où il construit la plus belle église connue en deçà des Alpes, sur un domaine qui lui est donné par la reine Ëtheldreda. — Relations de Wilfrid avec Ëtheldreda, la première et la plus populaire des saintes anglaises. • — Son origine et sa parenté. — Deux fois mariée, elle réussit à garder sa virginité pour Dieu. — Wilfrid l'encourage dans sa résistance au roi Egfrid et lui donne le voile à Coldingham ; Egfrid la poursuit. — Elle s'enfuit à Ely. — Légendes du voyage. — ^ Fondation et vie monastique à Ely. — Le majordome Owen. — ■ Wilfrid continue à diriger Ëtheldreda. — Sa rupture avec le roi Egfrid provoquée par la nouvelle reine Ermenburge. — L'archevêque Théodore s'associe à leur inimitié. — Il dépose Wilfrid et divise son diocèse en trois nouveaux évêchés qu'il confie à des moines celtiques. — Wilfrid en appelle à Rome. — Les saints et
les grands abbés de son pays lui demeurent indifférents ou hostiles. — Étrange ignorance du droit ecclésiastique, mémo chez les saints.
Pendant que l'archevêque Théodore recueillait partout l'honneur de cette prospérité morale et intellectuelle de l'Angleterre, Wilfrid, rétabli sur son siège, mais éclipsé par la popularité et l'autorité du primat, semble relégué dans un rôle subordonné. C'était lui cependant qui avait donné le premier signal de cette renaissance de l'influence romaine en Angleterre; lui qui avait gagné la bataille décisive de Whitby ; lui qui avait entamé, soutenu et décidé la lutte contre l'esprit insulaire et ses tendances exclusives ; lui qui avait déjà payé de plus d'une épreuve la rançon de son dévouement spontané. Et c'était un étranger, du fond de l'Asie Mineure, qui venait moissonner ce qu'il avait semé, sans qu'aucun signe éclatant de l'approbation ou de la reconnaissance pontificale eût honoré le premier auteur et le plus intrépide champion de cette heureuse révolution. En contemplant les triomphes de Théodore, il ne lui restait qu'à dire avec le précurseur deNotre-Seigneur : Ilhimoportet crescere, me aiitem minui, et à prouver le désintéressement et la sincérité de son âme, en prêtant tout le concours qui lui était possible à son vénérable rival.
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C'est ce qu'il fit en envoyant ses députés au concile de Hertford. Il lui restait d'ailleurs de quoi remplir sa vie en la partageant entre les devoirs de l'épiscopat et ceux de sa profession monastique. Réduit au second rôle, il pouvait encore y trouver ample satisfaction à son zèle pour le bien des âmes et de l'Eglise, surtout depuis sa réconciliation avec le roi Oswy. Cette réconciliation fut complète, et accompagnée d'une telle adhésion aux tendances de Wilfrid chez le Bretwalda, qu'étant tombé malade il conçut le projet, s'il guérissait, d'aller, lui, le premier d'entre les rois anglo-saxons, finir sa vie auprès des tombeaux de saint Pierre et de saint Paul à Rome. Il supplia Wilfrid de l'y accompagner en lui promettant de nouvelles largesses destinées à entretenir cette magnificence extérieure du culte que l'évêque aimait tant. Mais la mort d'Oswy arrêta ce projet. Il moment à cinquante-huit ans (lo février 670), après vingt-huit ans d'un règne qui avait été signalé par la délivrance de sa patrie, par la ruine de la domination païenne des Merciens, et qui, s'il n'avait €té souillé par le meurtre du pieux Oswin, eût été le plus glorieux et le plus heureux des annales saxonnes. Il fut enterré à Whitby, dans le grand monastère maritime, auquel il avait donné sa fille pour prix de sa victoire décisive sur les païens. Cette fille, Elfleda, devenue abbesse dix ans après la mort de
son père, réclama ses restes et les plaça à côté de ceux de son grand-père maternel, Edwin, le premier roi chrétien des Anglais du Nord, de sorte que les deux plus grands princes des deux dynasties rivales de la Northumbrie reposèrent ensemble dans cette nécropole monastique \
Ce puissant Oswy, le dernier et le plus grand des Bretwaldas dont l'histoire garde le souvenir, avait établi au nord de son royamue une suprématie encore plus étendue à certains égards et plus durable que dans le Midi. Dépassant les frontières que ses prédécesseursEdwin et Os wald avaient données à la Northumbrie, du côté delà Galédonie, il soumit tout le territoire compris entre le Forth et le Tay^ . Mais c(^ fut surtout à l'orient de la presqu'île centrale, qui s'étend du Solway au Forth, dans les contrées qui ont reçu depuis les noms de Lothianet de Marche, qu'il imprima aux institutions, aux mœurs et à la langue, ce caractère anglo-saxon qui, à travers toute Thistoire d'Ecosse, tranche si visiblement avec les mœurs et les traditions de la Galédonie. De là ce partage de FEcosse, pendant toute la durée de son existence indépendante, entre deux influences, ou pour mieux dire entre deux nations, régies nominalement par les mêmes rois, mais distinctes par le langage, les