Bede, IV
3. Beatae virginis non immemor, nec se a vicissitudine dilectionis illius excludens, ut eam in Ely descendisse cognoverat, festinus advo* lat... Thomas, c. 16. Cf. 15 et 19.
térêts spirituels ou temporels de la nouvelle communauté. Il y retourna souvent, et ne cessa jamais de donner les consolations et les lumières d'en haut à celle dont il devait se sentir plus que jamais responsable, depuis qu'il l'avait encouragée à sacrifier les obligations de la vie conjugale pour suivre la voie des vertus surnaturelles.
Quelque touchante et dramatique que soit cette histoire, il paraît heureusement certain que personne aujourd'hui, dans l'Éghse catholique, n'autoriserait ni n'approuverait la conduite de Wilfrid. Il est non moins certain que personne, à l'époque où il vivait, ne semble l'avoir blâmée. Sans vouloir la juger trop sévèrement, il est évident qu'elle ne Importa pas bonheur. Sa vie, jusqu'alors agitée, mais glorieuse et prospère, ne fut plus, à partir de la consécration d'Etheldreda, qu'un tissu d'épreuves et d'orages. Tout d'abord l'union intime et féconde qui avait régné entre lui et le roi de son pays fut rompue sans retour. Egfrid ne lui pardonna jamais de l'avoir trompé, d'être intervenu dans sa vie domestique pour en détruire le charme, d'avoir usé de son ascendant pour encourager la femme qu'il aimait à le fuir : il nourrit longtemps en silence son ressentiment, attendant et préparant le jour où il pourrait le dépouiller de' son siège épiscopal'.
1. Nec deinceps confessorem Dotnini Wilfridum a secretis seu af-
ET ETHELDREDA. 201
Mais Finstrument direct de la rupture et des dé sastres de Wilfrid fut la seconde femme du roi Egfrid, celle qui, grâce à Wilfrid, et à lui seul, avait pu prendre la place de sainte Etheldreda sur le trône et le cœur du souverain de la Northumbrie. Cette princesse était belle-sœur du roi des West-Saxons ; elle s'appelait Ermenburga. C'est d'elle, s'il faut en croire le compagnon et le biographe de Wilfrid, que voulut se servir le perfide ennemi du troupeau chrétien, selon sa coutume, qui est d'employer la fragilité des femmes à corrompre le genre humain.
Cette impie Jézabel, continue notre ardent musicien, tira de son carquois les flèches les plus empoisonnées pour en percer le cœur du roi, et pour provoquer dans ce cœur toutes les fureurs de l'envie contre ce grand évêque. Avec l'éloquence de la haine, elle lui représenta le luxe et la pompe effrontée que déployait en toute occasion l'évêque d'York : ses richesses exorbitantes, sa vaisselle d'or et d'argent, le nombre croissant de ses monastères, la grandeur énorme de ses constructions, cette armée innombra-
fectis ut antea coluit, sed iram diu tacilo contia illum siib pectore gessit; etexpectata hora,obistiusmodicausam,eumde sede suiepiscopatusexpulit. Thom., Hist. Eliens. , l.I, c. 1 1 . — Bede , contemporain de Wilfrid et qui l'avait interrogé sur la vi rginité gardée par Etheldreda dans le mariage (IV, 19), constate simplement la rupture, sans en dire les motifs; il est d'ailleurs, en toutice qui touche les conflits de Wilfrid avec les rois et les évêques, d'une réserve singulière, et chez lui Surtout fort rare.
Me de clients et de vassaux mieux armés et mieux vêtus peut-être que ceux du roi lui-même. Elle put en outre lui montrer tous ces abbés, toutes ces abbesses qui lui abandonnaient de leur vivant le gouvernement de leurs communautés ou l'instituaient solennellement leur futur héritier : de sorte qu'on pouvait prévoir le moment où tous ces domaines abandonnés par la générosité des Nortbumbriens aux sanctuaires de leur nouvelle religion deviendraient l'apanage d'un seul homme ^ De tels arguments ne pouvaient qu'aggraver les ressentiments d'une âme ulcérée par l'abandon d'une femme passionnément regrettée, et à qui une autre femme venait montrer le chemin de la vengeance.
Le mari et la femme résolurent donc la- perte de Wilfrid ; mais, n'osant s'attaquer directement à lui, ils eurent l'art d'engager l'archevêque Théodore dans leur trame, et de frapper leur ennemi, le grand champion de Rome, parla main du représentant direct et suprême de l'autorité romaine en Angleterre. Eddi accuse nettement le primat d'avoir été gagné à prix d'argent par le roi et la reine de Northumbrie^. Il