‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 112 sur 201 · Brde, I. c · texte numérisé non relu

Brde, I. c

2. TaoM., Hist.EHens , c. 15. — Cet auteur invoque sans cesse les

Ce long et fatigant voyage de la reine déguisée et fuyant son mari poiu* ensevelir sa virginité dans le cloître, avait vivement frappé l'imagination du peuple anglais, et les récits miraculeux qui s'y rattachaient passèrent de bouche en bouche pendant des siècles, en même temps qu'ils étaient reproduits sur les chapiteaux sculptés et sur les vitraux peints des grandes églises monastiques^ . On visitait pieusement le promontoire baigné par la mer, où, poursuivie par Egfrid, dès la première étape de son voyage, elle s'était réfugiée avec ses compagnes, promontoire que la marée montante était venue aussitôt entourer et qu'elle avait rendu inaccessible pendant sept jours consécutifs, jusqu'à ce que le roi découragé eût abandonné la trace des fugitives*. On se montrait encore le site où, cheminant à pied, par une chaleur étouf-

témoignages traditionnels dont il s'inspirait. Hoc in Beda nequaquam invenimus, sed pro cunctorum usque nunc teslimonio scribendum existimavimus,.. Quicumque locum Coliidi norunt , cum assertione hujus rei testes existunt... Quse ex priorum attestatione comperi, atque scriptura teste nosse contigit... Iles seniorum nostroriim relatione nobis tradita, quam omnis provincia in qua acciderat velut hesternum recitare solet et meminit. Ibid., c. 9, H, 12, 13.

1. Par exemple, sur les chapiteaux de l'admirable cathédrale d'Ely, en 1342.

2. Maresuum alveumegrediens... locum, in quem sacrée virgines ascenderant, circumdedit, et sicut ab incolis loci accepimus, per septem continuos dies eas occuluit... solitos recursus obliviscens, quamdiu rex illic aut pênes locum mirabatur. Ibid., c. 11. — Ce cap rocheux s'appelle encore, comme au temps de Thomas, Colbert's Head.

ET ETHELDREDA. 257

faute, elle s'était endormie de fatigue, en plein champ; là s'élevait un frêne majestueux, le plus grand arbre de toute la province, qui passait pour avoir été le bâton de voyage que la royale voyageuse avait fiché en terre pendant son sommeil, et qu'elle avait trouvé à son réveil déjà chargé de verdure ; emblème du grand monastère à l'ombre duquel elle allait écouler le reste de ses jours et abriter, avec bien d'autres, son protecteur et son ami Wilfrid^ .

Le domaine qu'elle tenait de son premier mari était fort vaste, puisqu'il pouvait entretenir environ six cents familles : il formait une sorte d'île, entourée de marécages que l'on ne pouvait traverser qu'en barque, et cette île s'appelait Ely, où île des Anguilles^. C'est un nom que l'on retrouve à chaque page des annales rehgieuses et pohtiques de l'Angleterre^ . Etheldreda y construisit un monastère qui prit bientôt de vastes proportions (673) : de nombreuses vierges anglo-saxonnes vinrent l'y rejoindre, et avec elles tout un essaim de princesses de sa famille, ayant à leur

1. Ibid., c, 13. — Ce lieu s'appelait en anglo-saxon Œdeldrethestowe, le Repos d'Etheldreda.

2 . A copia anguillarum quse in iisdem paludibus capiun tu r. Bede, c. 1 .

3. Après avoir été détruite par les Danois, Ely devint une abbaye d'hommes, et fut érigée en évêché en 1108. Sa cathédrale, dont nous parlerons plus tard, est une des merveilles de l'architecture anglonormande.

tête sa sœur la reine de Kent. Les mères lui confiaient leurs filles à élever. Des hommes même, et parmi eux, beaucoup de prêtres, voulurent aussi la prendre pour guide et pour maîtresse de la vie spirituelle. Plusieurs des officiers de sa maison suivirent son exemple, lorsqu'elle prit congé du trône et du monde pour se vouer à Dieu. Le chef de ses officiers, celui qu^on peut regarder comme le majordome de la reine, était un seigneur est-angiien nommé Owen, homme de cœur et de foi, qui lui était attaché dès le berceau et qui l'avait accompagnée d'Est-Anglie en Northumbrie. Il ne voulut pas rester dans le siècle après elle et sans elle . il abandonna ses honneurs et ses biens, prit un habit de pauvre, et s'en alla, une pioche et une cognée sur Pépaule, frapper à la porte du monastère qu'habitait Févêque Geadda à Lichfielden Mercie : « Je viens ici, » disait-il, « cherce cher non pas le repos comme quelques-uns, mais c( le travail ; je ne vaux pas grand'chose pour la médi- « tation ou l'étude, mais je me livrerai tant qu'on vou- (( dra au labeur manuel, et pendant que Févêque lira (c dans sa cellule, je vaquerai aux soins du dehors^ . »

1. Bede, IV, 3. — Cf. BoLLAND., die 4 martii. — Cet Owen est le moinequi assistait i évêque Ceadda à ses derniers moments. Voir plus haut page 218. — 11 compte lui-même parmi les saints, et les Bollandistes lui ont consacré un article au tome I*^'^ de Mars. Bede raconte l'histoire d'un autre officier d'Etheldreda, son échanson, qui, après avoir été

ET ETHELDREDA. 259

D'autres de ces officiers allèrent rejoindre Etheldreda, à Ely , où elle se trouva bientôt à la tête d'une de ces doubles communautés d'hommes et de femmes, ou plutôt de frères et de sœurs, dont le rôle fut si important à l'époque dont nous parlons^

Elle leur donna , pendant les sept années qu'elle passa à leur tête, l'exemple de toutes les vertus monastiques , surtout d'un grand zèle pour le jeûne et la prière. On a peu de détails sur cette époque <le sa vie, mais il faut que la sainteté de cette vie ait creusé un sillon bien profond dans la mémoire des chrétiens anglo-saxons pour qu'elle ait triomphé du temps et de l'oubli populaire plus qu'aucune autre femme de leur race. Parmi ses austérités, on admirait surtout qu'une si grande dame ne portât sur elle que de la laine au lieu de toile, et qu'elle ne se baignât qu'aux quatre grandes fêtes de l'année, et alors seulement après tout le reste de la communauté".

Wilfrid ne la perdait pas de vue. Dès qu'il la sut arrivée à Ely, il y vola". Ce fut lui qui l'y institua abbesse, qui donna le voile à ses religieuses, et qui régla tout ce qui touchait le gouvernement et les infait prisonnier et vendu comme esclave au marché de Londres, à un Frison, fut racheté par le roi de Kent, neveu d'Etheldreda.

Page 1