WILFRID DÉPOSÉ, PERSÉCUTÉ ET RÉTABLI
lande; malgré les supplications de l'évêque Cuthbert, il envahi l la Calédonie et y périt. — La reine Ermenburga, avertie pai Cuthbert du sort de son mari, se fait religieuse. — Conséquences de la défaite d'Egfrid. — L'évêque saxon des Pietés se réfugie à Whilby où Elfleda, sœur d'Egfrid, avait remplacé Hilda. — L'archevêque Théodore reconnaît ses torts envers Wilfrid : il veut le prendre pour successeur, il écrit en sa faveur au ro i des Merciens et à l'abbesse Elfleda. — Relations d'Elfleda avec l'évêque Cuthbert. — Aldfrid, longtemps exilé à lona, devient roi de Northumbrie. — Wilfrid est rappelé et rétabli dans la totalité de son diocèse, — Orages suscités par lui à Lindisfarne, qu'il abandonne à un autre évêque. — Mort de l'archevêque Théodore.
Décidé à porter lui-même son appel à Rome, Wilfrid sortit de la Northumbrie, accompagné de son ami le chantre Eddi et du cortège nombreux de religieux et de laïques qui ne le quittait jamais, fl laissait derrière lui des milliers de moines initiés par lui à la règle de saint Benoît, mais désespérés de se trouver sous l'autorité de nouveaux é vêques étrangers à la tradition bénédictine et qu'animait un esprit tout à fait contraire à celui de leur supérieur bien-aimé ^ . Il s'achemina vers le continent en traversant les royaumes de Mercie et d'Est-Anglie, dont les princes et les peuples lui étaient toujours favorables ; en s'arrêtant dans les grands monastères, à Peterborough , dont il se regardait comme l'un des fondateurs, et surtout à Ely, où il avait coutume de séjourner souvent, et où Etheldreda le recevait
1, Eddius, c. 24.
toujours comme son évêque. Elle lui demanda de lui obtenir à Rome un de ces privilèges que les établissements monastiques recherchaient avec tant d'ardeur, comme la sauvegarde la plus efficace contre les usurpations et les violences qui les menaçaient de toutes parts * .
Ses ennemis, et il en comptait chaque jour de plus acharnés, se figuraient qu'il prendrait le chemin ordinaire des pèlerins de Rome, en allant débarquer sur la côte de Boulogne, à Etaples, pour traverser la France. Ils envoyèrent donc des messages et des cadeaux à Fatroce Ébroïn, qui tout baigné du sang de saint Léger et de tant d'autres victimes, gouvernait alors comme maire du palais la Neustrie et la Bourgogne. Le sachant capable de tous les forfaits, ils le priaient de mettre la main sur Wilfrid au passage, de le dépouiller de tout ce qu'il emportait avec lui et de les débarrasser de toute chance de son retour^. Mais soit que Wilfrid fût prévenu du danger, soit qu'il se laissât guider par le vent d'ouest qui s'éleva dès qu'il fut en mer, ce vent lui
t. Thom., Hist. Eliensis, c. 15, 19.
2. La similitude du nom enlre Wilfrid et Winfrid, évêque de Lîchfleld, faillit être fatale à celui-ci; ayant été déposé par le métropolitain Théodore, per meritum cujusdam inobedientiœ, il s'en allait aussi en France et peut-être à Rome, lorsque les satellites d'Ébroïn tombèrent sur lui, tuèrent ses compagnons et le laissèrent tout nu, errore bono unius syllabx seducti, dit Eddi, qui ne juge le bien et le mal qu'au point de vue des intérêts de son héros. Cf. Bedk, IV, 3, 6.
sauva la vie et le porta lui et les premières semences de la foi chrétienne, sur les plages basses et marécageuses de la Frise ^ .
Les Frisons occupaient alors tout le nord-est de la Germanie ; c'était un peuple belliqueux, nombreux et redoutable dont il sera souvent question dans la suite de l'histoire des missions monastiques. L'Évangile lui était encore inconnu; et Wilfrid, qui a été l'initiateur de tant de choses, eut alors la gloire d'ouvrir le premier la voie de ces apôtres anglosaxons de la Germanie, dont nous aurons à dérouler les longues et glorieuses annales. A peine débarqué sur cette plage inconnue , Wilfrid ayant été reçu avec hospitalité par le roi du pays et les habitants, profita aussitôt de ses bonnes dispositions pour commencer une nouvelle mission évangélique. Avec le dévouement et l'élan qui lui étaient naturels, il oubha le grave intérêt personnel qui le conduisait à Rome, et sembla vouloir se consacrer tout entier à cette œuvre nouvelle. Il y passa tout un hiver (678-679) , prêchant tous les jours, avec la permission du roi qui s'appelait Adalgise, et avec un succès propre à le récompenser de ses fatigues. Gomme l'année se trouva plus abondante que d'ordinaire en poisson et en toute sorte d'autres récoltes, les Frisons
1 . Fiante Favonio pulsus est. Bede, IV, 19. Cf. Eddius, p. 25,
attribuèrent cette prospérité au nouveau Dieu qu'on leur prêchait ^ . Presque tous leurs chefs se firent baptiser avec plusieurs milliers de gens du peuple. Cependant Ebroïn était aux aguets et ne comptait pas laisser échapper la riche proie qu'on lui avait signalée. Informé du séjour de Wilfrid en Frise, il expédia des messagers au roi avec des lettres fort amicales où il lui promettait, sous la foi du serment, un boisseau de sous d'or, s'il lui envoyait l'évêque Wilfrid envie ou seulement sa tête coupée . Adalgise avait cette répugnance pour le secret, déjà signalée par Tacite chez les princes et les races germaniques, qui aimaient à traiter des affaires dans les festins, parce que c'est le moment où le cœur s'ouvre le plus aisément à la franchise, aux inspirations généreuses, et où l'on sait le moins dissimuler ^ . Le roi des Frisons fit donc réunir dans un grand banquet tout son monde, avec ses hôtes divers, les envoyés d'Ébroïn d'un côté, Wilfrid et les siens, de l'autre, y compris Eddi qui nous a laissé le récit de cette scène. Après le festin, il fit lire tout haut la lettre du puissant maire des Francs. Cette lecture faite, il prit la lettre et, toujours devant toute l'assis-