‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 125 sur 201 · Page · texte numérisé non relu

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le ministre du Dieu vivant et le prédicateur de la vérité. Son premier exil en avait fait l'apôtre des Frisons ; son second exil lui donnera l'occasion d'ouvrir les portes de l'Eglise aux derniers païens qui restaient encore à convertir dans les îles Britanniques. Gomme Enée à Garthage, il touche et gagne le cœur du roi et de la reine par le récit des cruelles épreuves de son exil. Il éclaire et réchauffe leur cœur; il leur prêche, avec une infinie douceur, la grandeur et le bonheur du règne de Dieu ; il obtient la permission de s'adresser à tout ce peuple, à qui nul n'avait encore osé porter la parole de vie.

Debout, au milieu de ces Saxons indomptés, et chaque jour, pendant plusieurs mois de suite, l'évêque proscrit et fugitif leur raconte toute la série des miracles de la toute puissance divine depuis l'origine du monde ; il leur enseigne à mépriser les idoles, à croire au jugement dernier, à redouter les peines éternelles, à désirer le bonheur céleste. Sa persuasive éloquence triomphe de tous les obstacles. Les chefs de la nation, les Eorls et les Thanes, demandent à être baptisés de sa main : quatre prêtres de sa suite baptisent le reste du peuple' . Quelques-

1. Bede, IV, 13. — Totius exsilii sui austerilatein per ordinem narravit... leniteisuadens... StansEpiscopiis nosler in medio gentilium... per pluies menseslongo ambitu verborum... siiaviloquaeloqiienliaomniamirabiliter per ordinem prœdicavitpag^^norumutrius-

uns résistent : le roi se croit autorisé aies contraindre. Gela est triste. Il faut l'avouer en gémissant, et en pardonnant à ces temps et à ces races, où la violence était si natiu^elle et si contagieuse; mais il faut aussitôt constater que ce fut là le seul exemple de l'emploi de la force dans toute Fhistoire de cette conversion des Anglo-Saxons, que Wilfrid eut la gloire d'achever par les nobles fatigues de son exil * .

Le Dieu qu'il prêchait à ces derniers des païens permit que son apostolat fût pour eux le canal d'autres bienfaits encore que le don du salut. Lors de sa venue, une sécheresse, qui durait depuis trois ans, désolait tout le pays ; la famine décimait la population. On voyait ces pauvres affamés se traîner, par quarante ou cinquante à la fois, jusqu'au bord des falaises abruptes de la côte, et de là , se tenant les uns aux autres par leurs mains amaigries, ils se précipitaient dans les flots. Mais le jour même où Wilfrid administra le baptême aux chefs de la nation, une pluie douce et copieuse vint arroser les champs dé-

que sexus, quidam voluntarie, alii vero coacti Régis imperio... in unadie multa millia baptizata sunt. Eddius, c. 39.

1. Bede ne dit rien de cet empire delà contrainte qui contrastait trop avec la conduite toute contraire qu'il avait louée chez le premier roi chrétien de Kent (I, 26) ; mais il faut malheureusement en croire le témoignage d'Eddi qui, s'il n'a pas été le compagnon de "Wilfrid dans sa mission du Sussex, comme ailleurs, a dû savoir plus exactement que tout autre ce qui s'y est passé.

soles et rendre à tous l'espoir d'une abondante moisson ^ . Pendant que cette cruelle disette avait duré, l'évêque avait enseigné à ses futurs néophytes un nouveau moyen de gagner leur subsistance , en leur montrant la manière de pêcher aux filets^. Jusqu'à son arrivée, dans les eaux poissonneuses de la mer et des rivières de leur pays, ils ne savaient prendre que des anguilles. Wilfrid ne dédaigna pas de leur enseigner comment il fallait réunir tous leurs petits filets et en faire d^assez grands pour pêcher les plus gros poissons. De tels services lui gagnaient de plus en plus le cœur de ceux dont il voulait sauver les âmes. Le roi de Sussex en fut aussi reconnaissant que son peuple. Il le prouva en donnant à l'apôtre de son pays, pour lui servir de demeure pendant son exil, le domaine où il résidait lui-même, et qui était une terre de quatre-vingt-sept familles, c'est-à-dire, selon la mesure saxonne, capable de nourrir ce nombre de bouches, et par conséquent tout le cortège de religieux et autres Northumbriens qui s'étaient associés à la vie errante de l'exilé. Ce domaine formait une presqu'île qu'on appelait l'ile du Veau-marin, Wilfrid y fonda un monastère , qui devint plus tard le chef-lieu d'un diocèse, le plus méridional de l'An-

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