‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 127 sur 201 · Bede, iV · texte numérisé non relu

Bede, iV

3. Servos et ancillas... quos omnes, non solum baptizando a servitute dsemoniaca salvavit, sed etiam libertatem donando humante jugo scrvitutis absolvit. Bf.de, 1. c.

consolation. Pendant que Févêque proscrit rsconstituait un centre de vie monastique et de propagande chrétienne dans sa presqu'île de Selsey, les grandes forêts du Sussex donnaient asile à toute une bande d'autres proscrits dont le chef était un jeune prince des Saxons de l'Ouest, nommé Geadwalla; il avait été banni du Wessex par le même roi qui, cédant aux suggestions de sa femme, en avait expulsé Wilfrid. La conformité de leur fortune et de leurs ennemis avait dû rapprocher ces deux proscrits, bien que le prince w est-saxon fût encore païen. Wilfrid, qui semble n'avoir jamais redouté un danger ni refusé un service, procura des chevaux et de l'argent à Geadvvalla. Celui-ci, dont la fougue et l'audace n'étaient surpassées que par la cruauté, s'empara, l'un après l'autre, des deux royaumes de Wessex et de Sussex, dévasta le royaume de Kent, et finit par conquérir l'île de Wight. Cette île si pittoresque, si admirée des voyageurs modernes, placée entre les deux régions occupées par les Saxons de l'Ouest et du Sud, était alors habitée par douze cents familles encore païennes de la tribu des Jutes, de cette race qui avait, la première parmi les envahisseurs germaniques, débarqué sur les plages du Kent. Le féroce Ceadvvalla les fit tous égorger, pom^ se venger des blessures qu'il avait reçues en les attaquant. Mais

son âme était dominée par un vague instinct de la religion que Wilfrid lui avait déjà fait entrevoir sans avoir réussi à le convertir. Avant d'envahir l'ile, il avait fait vœu/s'il était vainqueur, de donner un quart du butin au Dieu de Wilfrid, et il tint parole, en abandonnant à Févêquele quart de File conquise et dépeuplée. Il poussa même sa cruelle condescendance au point de permettre aux religieux d'instruire et de baptiser deux jeunes frères du chef de File, avant de les comprendre dans le massacre général ; et les deux jeunes victimes marchèrent à la mort avec une confiance si joyeuse, que la vénération populaire les compta longtemps parmi les martyrs de la chrétienté nouvelle (21 août 686). Ce sauvage, une fois rentré dans son Wessex, y appela Wilfrid, le traita de père et d'ami, et se fit définitivement instruire par lui. Mais dès que, grâce aux enseignements de Wilfrid, il eut appris et compris tout ce que signifiaient la religion et l'Église, il ne lui suffit pas d'être baptisé par Févêque Wilfrid, et nous le verrons aller jusqu'à Rome, tant pour expier ses crimes par ce laborieux pèlerinage que pour y recevoir le baptême des mains du pape.

Bien que le bruit des nouvelles conquêtes apostoliques de Wilfrid et de ses relations avec les rois des provinces les plus rapprochées de la métropole de Gantorbéry dût assurément arriver jusqu'à Far-

chevêque Théodore, ce prélat continuait à suivre une conduite inexplicable. Au mépris des décrets du Saint-Siège, il avait encore tenu à Twyford, enNorthumbrie, un concile où, avec le concours du roi Egfrid , il avait disposé des sièges épiscopaux de Hexham et de Lindisfarne absolument comme si ces diocèses n'étaient pas des démembrements de celui d'York, ou comme si Wilfrid était mort ou avait été canoniquement déposé^ (684) .Théodore avait d'abord placé à Hexham , sur ce siège créé dans le monastère même de Wilfrid et doté avec son bien, im admirable religieux du nom de Cuthbert, dont les vertus et la sainteté embaumaient depuis longtemps la Northumbrie : et chose plus étrange encore, rien n'indique, dans les renseignements très détaillés qui nous ont été conservés sur la vie de ce saint, que sa répugnance à se laisser faire évêque ait eu pour cause la violation manifeste des droits de celui dont on lui faisait usurper la place. Il demanda seulement à être transféré de HexhamàLindisfarne,c'est-à-direaumonastèreépiscopal où il avait été élevé et dont il avait toujours habité les dépendances. Il croyait évidemment que la suprématie métropolitaine de Théodore était sans limite et le dispensait de suivre les canons de FEglise. Le roi Egfrid professait envers saint Cuthbert la

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