Bede, V
lité dont il se montra animé contre Wilfrid? Peutêtre en avait-il puisé le germe dans le monastère celto-breton de Glastonbury. D'ailleurs, sauf au moment de la confession et de la réparation tardive du saint archevêque Théodore, Wilfrid, dès qu'il fut entré en lutte avec des princes et des prélats anglo-saxons, semble n'avoir jamais rencontré la moindre sympathie à Cantorbéry, dans le foyer naturel des traditions et de l'autorité romaine, et ce ne fut jamais là qu'il alla chercher un refuge dans ses épreuves. Rien ne prouve mieux à quel point le sentiment national y avait déjà prévalu, non pas certes sur l'amour et le respect de l'unité catholique, mais sur tout ce qui pouvait compromettre, même en apparence, les intérêts ou Famour-propre de l'Église anglo-saxonne. L'abbé Adrien, l'ami et le compagnon de Théodore , chargé coimiie lui par le Saint-Siège de veiller au maintien de l'orthodoxie en Angleterre, et qui survécut près de vingt ans à l'archevêque' , ne tendit jamais une main amie à celui qui se donnait, non sans raison, pour le champion intrépide, pour la victime innocente de l'unité romaine. Il en fut de même, comme on l'a déjà vu, de l'illustre et saint abbé Benoît Biscop, auteur de plusieurs nouvelles fondations toutes romaines par le
1. Il ne mourut qu'en 710, après avoir été trente-neuf ans abbé du monastère de Saint-Pierre ou de Saint-Auguslln à Cantorbéry.
cœur et l'esprit, dans le pays et le diocèse même de Wilfrid. N'en faut-il pas conclure que Wilfrid parut, au moins à ses plus illustres contemporains, donner dans des excès fâcheux et méconnaître les conditions indispensables de la paix religieuse en Angleterre? Quoi qu'il en soit, le nouvel archevêque (qui, disons-le en passant, compte aussi parmi les saints des calendriers anglais et bénédictin^), se mit bientôt d'accord avec le roi Aldfrid. Ni les ressentiments de ce prince n'avaient été désarmés ni ses résolutions modifiées par le long exil de Wilfrid et par l'impunité avec laquelle les évêques Bosa- et Jean avaient depuis lors occupé les sièges usurpés de Hexham et de York. Douze ans après la dernière expulsion de Wilfrid, le roi convoqua une assemblée dans la plaine de Nesterfield (703) , tout proche de ce monastère de Ripon qui avait été l'une des principales causes delà lutte. Presque tous les évêques d'Angleterre y vinrent , et l'archevêque Berchtwald y présida. On y invita Wilfrid en lui promettant de lui faire droit suivant les canons, s'il voulait bien y comparaître. Il y vint; mais, loin de lui tenir parole, on