‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 144 sur 201 · IMd · texte numérisé non relu

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serve les généreux accents : ce De quel droit osez- vous (c abuser de ma misère au point de me contraindre à (c tourner contre moi-même le glaive meurtrier, et (( à signer ma propre condamnation? Gomment irais- (( je , sans que vous ayez aucune faute à me repro- (( cher, scandaliser tous ceux qui savent que, dece puis bientôt quarante ans, je porte, quoique indice gne, le nom d'évêque? N'est-ce donc pas moi qui, (( le premier, après la mort des grands hommes (( envoyés par saint Grégoire, ai déraciné les germes (( empoisonnés de la propagande des Scots? N'est-ce (( pas moi qui ai converti et ramené toute la na- (( tion des Northumbriens à la vraie pâque et à la (( tonsure en couronne selon la loi du Saint-Siège ? <( N'est-ce pas moi qui leur ai enseigné ces douces (( harmonies de la primitive Eglise en réglant les (( répons et les chants de deux chœurs alternatifs ? « N'est-ce pas moi enfin qui ai constitué parmi (( eux la vie monastique selon la règle de saint (( Benoît, que personne n'y avait encore introduite? (C Et après tout cela j^ irais maintenant promulguer (( de ma propre main une condamnation soudaine (( contre moi-même, sans que j'aie sur la con- « science un crime quelconque! Quant à cette (( nouvelle poursuite par laquelle vous essayez de (( violer en moi la sainteté du caractère dont je ce suis revêtu, j'en appelle hardiment au Saint-

(( Siège. J'invite quiconque d'entre vous veut me (( déposer à venir avec moi y recevoir le jugece ment. Il faut que les sages qui sont à Rome ap- <( prennent pour quelles causes vous voulez me déc( grader, avant que je m'incline devant vos seuls « suffrages. » A ces mots , l'archevêque et le roi s'écrièrent : ce Le voilà coupable de son propre (( aveu , le voilà digne d'être condamné , par cela (( seul qu'il préfère le jugement des Romains au (( nôtre, un tribunal étranger à celui de son pays! » Et le roi ajouta : Si « vous le voulez, mon Père, je « le ferai contraindre à main armée. Au moins une (( fois qu'il accepte notre jugement ! » L'archevêque ne dit pas non : mais les autres évêques rappelèrent au roi la sûreté qu'on avait promise à l'accusé. (( Qu'il s'en aille tranquillement chez lui , comme (( nous nous en irons chacun chez nous^ ! » Des violences si maladroites à propos de minuties si surannées feraient sans doute sourire les habiles, les vainqueurs de nos jours. Mais ce qui n'a nul-

1. Nonne si aliqiio reatii suspicionis ojffendiculum faciam? nonne et ego primus post obilum priorum proceruin a sancto Gregorio directorum,curavi ut Scotife viiulentaplantationis germina eradicarem.. . aut quomodo juxta ritura primitivee Ecclesiee consono vocis modulamine binis adstantibus choris persultare... instruerem? Et nunc contra me quomodo subitam damnationis ipse protulero, extra conscientiam alicujus facinoris, sententiam? Fiducialiter sedern appelle apostolicam... Eddius, c. 44. — Siprœcipis, pater,opprimanieumper violenliam. Guill. Malmesb., fol. 151 b.

lement vieilli, c'est l'esprit qui se manifeste dans la guerre faite à Wilfrid par le roi et ses évêques. Il est impossible de n'être pas frappé de la singulière analogie entre les procédés dont ils usèrent, et ceux qu'on voit sans cesse employés depuis lors et aujourd'hui encore par tous ceux qui ont une mauvaise cause à faire triompher. On est même étonné de la perspicacité avec laquelle ces Angiol-Saxons, clercs et laïques, surent dès lors recommander et deviner les armes qui semblaient réservées à une civilisation beaucoup plus avancée. La persécution et la confiscation sont de tous les temps ; mais ce qui signale une intelligence précoce chez nos Anglo- Saxons du septième siècle , c'est d'imputer comme un crime et comme une préférence antinationale pour l'étranger, l'instinct et le droit naturel qui porte toute victime de la spoliation ou de la violence à chercher la justice là où elle peut être indépendante et libre; c'est surtout cette belle invention d'un blanc-seing, d'un consentement aveugle à la volonté d'un seul, exigé d'avance de ceux qui ont été habilement réduits à la redoutable alternative du oui ou du ?î07i. Et cependant ceux qui avaient recours à de tels moyens n'étaient ni des impies ni des scélérats, tout au contraire : le roi Aldfrid est rangé parmi les princes les plus éclairés et les plus justement populaires de son temps; l'archevêque et

la plupart des évêquesqui persécutaient Wilfrid ont été et sont encore vénérés parmi les saints. Qu'en conclure, si ce n'est que les instincts du despotisme se retrouvent partout et toujours dans le cœur de l'homme, et que, à moins d'être vigoureusement contenus et réprimés par les mœurs ou par les institutions, ils éclatent jusque chez les meilleurs, en affectant les mêmes formes, en creusant les mêmes pièges, en suscitant les mêmes bassesses, en inspirant les mêmes violences, les mêmes perversités et les mêmes perfidies?

. Ce ne fut pas sans peine que, après la dispersion de l'assemblée de Nesterfield, le noble vieillard échappa à la violence de ses ennemis, et qu'il re^dnt enMercie, auprès de son fidèle ami le roi Ethelred. Après lui avoir raconté toutes les menaces et les avanies dont les évêques l'avaient accablé : « Et vous, » dit-il au roi, (( comment comptez- vous en agir avec moi, (( quant aux terres et aux biens que vous m'avez « donnés? — Moi, » répondit l'honnête Ethelred, <( je n'ajouterai certes pointa un si grand désordre, (( et surtout je ne détruirai pas la vie monastique qui (( fleurit dans notre grande abbaye, dédiée à sainte (( Marie ^ ; je l'y maintiendrai au contraire tant que

1. Le roi désignait ainsi l'abbaye du Burgde Pierre (Peteiborough\ d'abord nommée Medehampstede, et située sur les conflns de la Mercie et de l'Est-Anglie, dans ce pays marécageux où s'élevaient en même temps Ely, Croyland, Thorney, etc.

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c( je vivrai, et je ne changerai rien à tout ce que j'ai (( pu faire par la grâce de Dieu, jusqu'à ce que j'aie (( envoyé à Rome des ambassadeurs qui vous y ac- (( compagneront et qui y porteront mes actes de do- (( nation. J'espère qu'on m'y rendra la justice que (( mérite un homme qui ne désire qu'elle ^ . »

Mais, pendant que le généreux Ethelred promettait et maintenait ainsi sa protection au prélat persécuté et aux moines de ce Burg de Saint-Pierre, qui l'avait toujours si vivement intéressé, le roi de Northumbrie et ses adhérents redoublaient de violence et de colère. Ils prononcèrent l'excommunication contre les moines de Ripon, qui demeuraient fidèles à la cause de leur fondateur, resté toujours leur abbé en même temps que leur évêque. Le pauvre Eddi, qui en était, raconte avec indignation comment les spoliateurs, non contents d'avoir envahi le patrimoine de Wilfrid, témoignaient et inspiraient partout, pour ses partisans et ses disciples, l'horreur qui s'attachaient aux excommuniés ; si quelque fidèle du peuple faisait bénir à un moine ou à un prêtre du parti de Wilfrid des viandes ou des boissons, on les faisait jeter aux ordures comme si elles avaient été offertes aux idoles, et tous les vases ou autres ustensiles qu'avait touchés un wilfridien devaient être

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