Pedestri gressn. Eddius, c
chants ou des tyrans, mais par ses frères dans Fépiscopat, par son supérieur hiérarchique, par ses compatriotes. Les vieux saints, les vieux rois, les bonnes et saintes reines qui avaient encouragé ses débuts dans la vie apostolique, ont disparu et avec eux tant d'amis, tant de frères d'armes, tant de disciples prématurément enlevés à sa paternelle espérance. Ce ne sont pas seulement les charmantes illusions de la jeunesse, ce sont les généreuses obstinations de l'âge mûr, qui ont dû faire place dans son âme au sentiment de la trahison, de l'ingratitude, de l'inutilité cent fois constatée, cent fois renaissante de ses efforts cent fois renouvelés pour la vérité, la justice et l'honneur.
Et cependant il marche toujours, il persévère; il porte haut sa tête blanchie au milieu des orages ; il est, dans sa vieillesse, ardent, éloquent, résolu, indomptable comme aux premiers jours de sa jeunesse. Rien ne trahit en lui ni la fatigue, ni le découragement, ni le dépit, ni même la tristesse.
Ilmarchedonc, et après un second séjour en Frise ' , il traverse les peuples de la Neustrie, de l'Austrasie, de laLombardie, tous agités et dévorés comme l'ont été tous les peuples, par les luttes et les passions de
1. Je ne puis placer qu'à ce moment de la vie de Wilfrid ce séjour auprès de son élève WlUibrord en Frise, dont son successeur Acca entretenait Bede, et dont celui-ci a parlé. Hist. eccl. livr. III, c. 3.
ce monde; tous exploités, désolés, dominés parles égarements de la force violente, militaire et matérielle. Il s'avance au milieu d'eux, portant sur son cœur et sur son front la passion du droit, d'un droit purement spirituel, du droit qui commande aux âmes, qui parle aux cœurs, qui seul pourra dompter, régler et pacifier toutes ces races nouvelles et diverses du droit qui ne périra pas, mais qui, de siècle en siècle, et jusqu'à la fin du monde, sam^a inspirer à ses champions le même courage, la même constance, la même ardem^ que celle qui enflammait le cœur du vieux Wilfrid, pendant son long et rude pèlerinage vers la ville éternelle.
Il marche vers Rome, mais quel accueil va-t-il y recevoir? S'y souviendra-t-on encore du jeune et vaillant pèlerin du temps de saint Martin, le dernier pape martyr, ou de Pévêque victorieux et acUuiré du temps de saint Agathon, le pape bénédictin? Cinq papes ont déjà passé sur la chaire de saint Pierre depuis Agathon ^ . Pendant ce long intervalle, aucune marque de sympathie, aucun appui ne lui est venu de Rome, à lui qui avait tant combattu, tant souffert pour la cause qu'il se plaisait à regarder comme celle
1. Léon H, Benoît II, Jean IV, Conon, Serge I. D'après un passage du discours de Wilfrid à Nesterfield, il paraît que les papes Benoît II etSerge intervinrent en sa faveur, maison n'a conservé aucune trace de leurs actes à ce sujet.
de l'Eglise romaine, de la loi, de l'autorité, de la discipline romaine. Le trône apostolique est maintenant occupé par Jean YI, un Grec, compatriote de ce Théodore qui lui a valu tant de contradictions et d'épreuves.
C'est à ce pontife que Wilfrid et ses compatriotes présentèrent à genoux leur mémoire , déclarant qu'ils ne venaient accuser personne, mais seulement se défendre contre les accusations qui pourraient être portées contre eux, en se réfugiant, comme dans le sein d'une mère, aux pieds de son très glorieux siège et en se soumettant d'avance atout ce que prescrirait son autorité. Les accusateurs ne devaient pas manquer, car bientôt arrivèrent les envoyés du saint archevêque Berchtwald, avec une dénonciation par écrit contre Wilfrid ^ . Le pape prit connaissance de l'affaire dans un concile auquel assistaient beaucoup d'évêques et tout le clergé romain. Eddi, qui doit avoir accompagné encore cette fois son évêque à Rome, nous a conservé d'abondants détails sur tout ce qui s'y passa . Wilfrid avait reconnula nécessité d'être très conciliant, très modéré dans ses prétentions ; toute son ambition se bornait à une transaction des plus modestes. Il lut donc devant l'assemblée un mémoire où , après avoir rappelé les décrets rendus en sa faveur par les papes Agathon, Benoît et Serge, il en
i. Eddius, c. 47.
demandait T exécution tant en son nom qu'en celui des religieux qui l'avaient accompagné à Rome. Il suppliait ensuite le pape de recommander au roi Ethelred de lui garantir contre toute convoitise ou inimitié les monastères et les domaines cju'il tenait des rois merciens, pour la rédemption de leur âme. Enfin, dans le cas où l'exécution complète des décrets pontificaux qui avaient ordonné sa réintégration pure et simple dans son évêclié et dans tout son patrimoine paraîtrait trop dure au roi des Northumbriens, le généreux vieillard consentait à faire Fabandon de son évêché d'York, avec tous les monastères qui en dépendaient, dont le pape disposerait à son gré, excepté ses deux cnères fondations de Ripon et de Hexham, qu'il demandait à pouvoir conserver avectoutes leurspossessions. Dans mie autre séance, les envoyés de Berchtwald furent entendus à leur tour : ils firent valoir comme premier chef d'accusation, que l'évèque Wilfrid avait méprisé en plein concile, à Nesterfield, les décrets de l'archevêque de Cantorbéry que le Saint-Siège avait préposé à toutes les Eglises de la Grande-Bretagne. Alors Wilfrid se leva, et, avec l'autorité que lui donnait sa vénérable vieillesse, il raconta comment les choses s'étaient passées. Son récit lui gagna toutes les sympathies de l'assemblée, et, tout en souriant aux amis de Wilfrid, les évoques se mirent
à parler grec entre eux, de manière à n'être pas compris des Anglais * . Après quoi ils dirent aux envoyés de Cantorbéry : « Vous savez, chers frères, ft que celui qui ne prouve pas le premier chef d'ac- (( cusation ne doit pas être admis à prouver les (( autres ; cependant , pour rendre honneur à F archece vêque-légat et à ce saint évêque Wilfrid, nous exa- (( minerons à fond l'affaire dans tous ses détails. » Et en effet ils tinrent, pendant quatre mois, soixante-dix séances (703-704). C'était à coup sûr consacrer une attention scrupuleuse et, on peut le dire, prodigieuse aune cause d'un intérêt qui pouvait paraître à des évêques itahens aussi secondaire qu'éloigné, et rien ne prouve mieuxla consciencieuse sollicitude apportée par l'Église romaine au jugement de toutes les causes qui lui étaient somiiises, en même temps que l'autorité incontestée de ses jugements. Presque chaque jour Wilfrid dut comparaître devant ses juges pour y être minutieusement interrogé -. Danstous ces débats, Porateur septuagénaire déploya toute la verve, toute l'énergie de sa jeunesse : il renversait d'un mot les objections les plus imprévues de ses accusateurs, avec une présence d'esprit que Dieu et la vérité pouvaient seuls lui inspirer : il passait à travers leurs argumentations comme si elles n'eus-
1. Tune inter se greecizantes et subridentes nos... loqui cœperunt...
sent été que des toiles d'araignées . C'était un vrai torrent d'éloquence, au dire d'un historien monastique qui s'enorgueillissait encore, après bien des siècles, de l'éclat qu'avait jeté la pai^ole du vieil évêque an2:lo-saxon auK veux des Romains étonnés \ Rien aussi ne contribua davantage au triomphe ultérieur de Wilfrid que la découverte, faite pendant l'étude des précédents du débat, de la présence de Wilfrid au concile de Rome contre les monothélites, vingtquatre ans auparavant". Lorsqu' en lisant tout haut, par ordre du pape, non seulement devant le clergé mais devant la noblesse et le peuple romain, les actes du concile antérieur, on en vint au passage qui constatait la présence de Wilfrid, alors comme depuis accusé, mais victorieusement absous et admis à se porter garant de la foi des autres évêques de la Grande-Bretagne, il y eut un moment de stupeur dans l'assemblée : le lecteur s'arrêta court, et chacun se demanda quel était ce Wilfrid-là\ Alors Boniface, un ancien conseiller du pape, qui avait vécu du temps d'Agathon, dit que c'était bien le même Wil-
1. MiranUbus Romanis... illius eloquentiam, dum quidquid accusationum objecissent, ille nullo excogitato responso, sed Dei et verilatis fultus auxilio, quasi casses aranearum primo moUi labiorum discuteretet subiueret... venerandum senem... torrentem eloquenliae. GuiLL. Malmesb., f. 152.