‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 147 sur 201 · Bede, V · texte numérisé non relu

Bede, V

MOINES d'oCC, IV. 20

frid qui venait d'être de nouveau accusé, que le pape Agathon avait autrefois justifié et fait asseoir à côté de lui comme un homme d'une foi et d'une vie irréprochables. Sur quoi le pape et tous les autres déclarèrent qu'un homme qui avait été quarante ans évêque, au lieu d'être poursuivi de la sorte, devait être renvoyé avec honneur dans son pays, et la sentence d'absolution fut unanimement prononcée.

Le pape résuma et termina toute l'affaire dans une lettre aux deux rois de Northumbrie et de Mercie. Après avoir rappelé le jugement rendu sous Agathon et constaté la régularité de la nouvelle procédure qu'il avait lui-même dirigée, il enjoignait à l'archevêque Berchtwald de convoquer un concile avec r évêque Wilfrid, d'y faire venir les évêquesBosa et Jean (qui occupaient les sièges usurpés d'York et de Hexham), et, après les avoir entendus, déterminer entre eux le différend, s'il le pouvait : sinon de les renvoyer au Saint-Siège pour y être jugés dans un concile plus nombreux, sous peine, pour les récalcitrants, d'être déposés et rejetés par tous les évêques comme par tous les fidèles. « Que Vos Majestés chrétiennes et royales, » disait en terminant le pape, ce par crainte de Dien et par amour de cette paix de la foi que le Seigneur a laissée à ses disciples, nous prêtent leur concours et leur secours, afin que ces choses dont, par l'inspiration de Dieu, nous

ET DEUXIÈME APPEL A ROME. 3ol

avons pris pleinement connaissance, reçoivent lenr effet, et que la récompense de ce religieux effort vous soit mise en compte clans le ciel, où, après un règne prospère en ce monde, vous entrerez dans la bienheureuse compagnie du royamiie éternel. »

Wilfrid était ainsi sorti de ce que son ami appelait la fournaise où Dieu voulait achever de le" purifier (70o) . Lui et les siens se tenaient pour vainqueurs; et bien que la sentence ne fut ni sévère ni définitive contre ses adversaires, la suite montra bien que c'était tout ce que comportait l'état des esprits en Angleterre. Wilfrid voulait même ne pas s'en prévaloir et rester à Rome pour y finir sa vie dans la pénitence. Quand le pape et tout le concile le contraignirent de repartir, en lui interdisant de prendre ces bains froids qu'il s'imposait chaque nuit pour se mortifier, il obéit, et après avoir visité une dernière fois tous les sanctuaires qui lui étaient si chers, il partit, emportant avec lui une nouvelle provision de reliques et de riches vêtements sacerdotaux pour ses églises saxonnes.

Il fit le trajet non plus à pied mais à cheval. C'était déjà trop pour sa vieillesse ; et après avoir ajouté à tant de voyages cette nouvelle course à travers l'Italie, les Alpes et la France, il tomba dangereusement malade avant d'avoir achevé sa route. Il fallut le transporter en litière, et il arriva

3d2 deuxième exil DE WILIRID

mourant à Meaux. Il y passa quatre jours et quatre nuits, les yeux fermés, sans parler, sans manger et comme sans connaissance; sa respiration seule montrait qu'il était encore en vie. Le cinquième jour il se redressa sur son lit, et voyant autour de lui une foule de moines qui pleuraient en chantant des psaumes, il dit : « Où est mon prêtre Acca*? » C'était un moine de Lindisfarne , très savant , très fervent et surtout très bon musicien, qui, élevé par Fun des rivaux de Wilfrid, Févêque intrus d'York, s'était détaché de son premier maître pour se donner à Wilfrid par amour de l'orthodoxie romaine, et l'avait accompagné à Rome dans ce dernier et laborieux voyagea En voyant son niaitre ainsi ranimé, Acca tomba à genoux avec tous les assistants pour remercier Dieu. Puis ils s'entretinrent tous deux avec une sainte terreur du jugement dernier. Sur quoi Wilfrid, ayant fait sortir tout le monde, dit à Acca : « Je viens d'avoir une vision « terrible que je ne veux confier qu'à toi et dont « je te défends de parler jusqu'à ce que je sache

1. Resedit, apertisque oculis vidit circa se choros psaltentium simul et flentiuni fratruni... Ubi est Acca presbyter? Eddius, c. 53. Bedb, V, 19.

2. Bede, V, 20, — Bede avait dédié son Hexameron à Acca, qui fut abbé, puis évêque de Hexham après Wilfrid, et ne mourut qu'en 749. Il compte parmi les saints, et ses miracles sont énumérés avec ceux de Wilfrid. Act. SS. 0. S. B., t. III, p. 204-220.

(( quelles sont les volontés de Dieu. Un être vêtu de (( blanc m'est apparu; il m'a dit qu'il était Tar- « change Michel, envoyé pour m'annoncer que Dieu (( avait accordé ma guérison et une prolongation de «ma vie aux prières, aux larmes de mes frères et (( de mes enfants, ainsi qu'à l'intervention de la (( sainte Vierge sa mère. Il a ajouté que je vivrais (( encore quelques années, et qu'alors je mom^ais (( dans mon pays et en paix après avoir récupéré la ce meilleure part de ce qui m'a été enlevé. » Il guérit en effet et acheva son voyage sans obstacle \

A peine débarqué en Angleterre, il fit annoncer son retour à l'archevêque de Gantorbéry. Celui-ci, averti de son côté par ses envoyés à Rome des succès que Wilfrid y avait obtenus, s'inclina devant l'autorité apostolique, et se réconcilia sincèrement avec Wilfrid, en s'engageant à faire révoquer les décrets de l'assemblée de Nesterfield. Ils eurent une entrevue fort cordiale près de Londres, en présence d'une multitude d'abbés venus de divers monastères

1. Visio mihi modo tremenda apparuit... Adstititmihi quidam... dicens se Michaelem archangelum... Bede, V, 19. — C'est en souvenir de cette intercession de la Mère de Dieu que Wilfrid, revenu à Hexham, fît construire l'église de Sainte-Marie, dont on voit encore quelques ruines près de la grande église de l'ancien prieuré : elle était d'une forme tout à fait nouvelle en Angleterre : « Ecclesiam construxerat opère rotundo, quam quatuor porticus, quatuor respicientes mundi climata, ambiebant... » JElredus, De Sanctis EcclC' six Hcifjulstadensis, c. 5.

du parti de Wilfrid' . De Londres Wilfrid se dirigea vers la Mercie, mais ce n'était pas pour y trouver son ami Ethelred sur le trône. L'année précédente (704) , au plus fort des labeurs de Wilfrid à Rome, son vieil ami avait résolu d'échanger les soucis de la royauté contre la paix du cloître; et il était allé se faire moine àBardeney, dans le monastère où sa femme, Ostryda la Northumbrienne, assassinée sept années auparavant par des seigneurs merciens, avait, non sans peine, fait déposer les reliques de son oncle, le saint roi Oswald^.

Ethelred, qui n'avait point encore de saint dans sa famille, en trouvait un très grand et très populaire en Angleterre et même ailleurs-^, dans la famille de sa femme ; et c'était auprès des reliques de cet oncle si vénéré qu'il voulait achever sa vie, après avoir régné près de trente et un ans (675-704) . Ce fut là que Wilfrid alla le voir; et retrouvant son vieil ami, son hôte généreux, son fidèle protecteur sous la même coule monastique que lui, en pleurant de bonheur à cause de son retom% Wilfrid se jeta dans ses bras ; et tous deux restèrent longtemps ainsi embrassés dans une de ces étreintes que Dieu accorde quel-

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