‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 150 sur 201 · Nos qui interpretatione indigemus · texte numérisé non relu

Nos qui interpretatione indigemus

(tous les trois comptés parmi les saints) ne craignirent pas de combattre ces conclusions, en invoquant toujours les décrets rendus par le roi Egfrid et Tarclievêque Théodore, puis ceux de l'assemblée de Nesterfiel sous Aldfrid. Alors intervint la sainte abbesse Elfleda : d'une voix que chacun écoutait comme une bénédiction du ciel, elle raconta la dernière maladie et l'agonie du roi son frère, et comment il avait fait vœu à Dieu et à saint Pierre d'accomplir tous les décrets jusque-là rejetés par lui. (( C'est là, dit-elle, le testament d^Alfrid le roi; j'en (( atteste la vérité devant le Christ. » Entin, Bertfrid prit la parole au nom du roi et commença ainsi : (( La volonté du roi et des seigneurs est d'obéir en tout (( aux commandements du Saint-Siège et du roi (( Aldfrid V » Puis il raconta Fhistoire du siège de Bamborough et du vœu qui engageait la conscience des vainqueurs.

Cependant les trois évêques ne se rendaient pas; ils se retirèrent de l'assemblée, pour conférer entre eux, puis avec l'archevêque Berchtvvald, mais surtout avec la sage Elfleda. Grâce à elle, grâce aussi à l'extrême modération de Wilfrid, qui n'exigea rien

1. Episcopi vero resistentes... beatiss. Elfleda abbatissima benedicto suo ore dicebat : Vere in Christo dico testamentum Aldfridi régis... Preefatus régis princeps, respondens dixil : Hœc est voliinfas régis et principum ejus.!.

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de plus que le minimum des conditions qu'il avait posées à Rome, tout finit par une réconciliation générale. Il fut décrété qu'il y aurait paix et alliance perpétuelle entre les évoques, le roi et les thanes northuQibriens d'une part" et Févêque Wilfrid de l'autre, mais que Wilfrid se contenterait de ses deux meilleurs monastères avec leurs vastes domaines, c'est-à-dire deRipon, où il n'y avait pas encore de nouvel évêché, et de Hexham, dont il deviendrait évêque, et dont, par une nouvelle concession faite au bien de la paix, le récent titulaire^ Jean, serait transféré à York^ .

Le traité conclu, les cinq évêques s'embrassèrent et communièrent ensemble. L'assemblée se dispersa au milieu de la joie publique, et cette joie se répandit bientôt dans toute la Northumbrie. Les adversaires les plus invétérés de Wilfrid jouissaient d'une paix qui mettait leur conscience en repos. Mais les accents d'une allégresse enthousiaste retentissaient surtout dans les cloîtres et sous les voù- Ics des grands monastères wilfridiens ; là rentraient en foule ses disciples, ses religieux, les uns dispersés par la persécution et l'exil, les autres depuis

1. On ne sait ce qui fut réglé pour Bosa, évêque intrus d'York, qui mourut fort à propos vers ce moment. Bifide, V, 3. Quant à lévéclie de Lindisfarne, il resta entre les mains du nouveau titulaire EadCrifl.

trop longtemps asservis à des maîtres détestés : ils allaient se retrouver avec bonheur sous l'autorité d'un père que tout le monde connaît désormais pour un saint, et qui avait toujours eu le don d'inspirer à ses enfants un attachement passionné.

Ce fut le dernier acte de la vie publique de Wilfrid. Il l'avait commencée dans la fameuse assemblée où rÉghse celtique fut courbée par sa jemie et vigoureuse initiative aux pieds de la tradition romaine ; assemblée qui tenait à la fois du concile et du parlement, présidée par le roi Oswy, en présence de Hilda, la sainte abbesse de Whitby, et chez elle. Il terminait sa carrière, après quarante ans de luttes infatigables, dans une autre assemblée du même ordre, tenue en présence du petit-fils d'Oswy et inspirée surtout par une autre abbesse de Whitby, par la douce Elfleda, elle aussi sainte comme Hilda et comme elle princesse de cette dynastie northumbrienne dont les destinées furent si intimement liées à celle de Wilfrid.

Il est impossible de n'être pas frappé de l'influence considérable et singulière qu'ont exercée sur la destinée de Wilfrid les femmes, ou pour mieux dire, les princesses anglo-saxonnes dont il a été le contemporain. C'est une particularité qu'on ne retrouve dans Fhistoire d'aucun autre saint et que bien peu d'autres personnages historiques présen-

tent au même degré. On en connaît plusieurs, comme saint Paulin, saint Jérôme, saint Augustin, saint François d'Assise, saint François de Sales, saint Jean de la Croix, qui ont dû à leurs épouses, à leurs mères, à leurs sœurs, à leurs amies spirituelles une partie de leur gloire et quelques-unes de leurs meilleures inspirations ; mais on n'en rencontre pas dont la vie ait été transformée ou modifiée aussi gravement que celle de Wilfrid par l'affection ou la haine des femmes. Accueilli dès son adolescence et secondé dans sa vocation religieuse par celle des petites-filles de sainte Glotilde qui partageait alors le trône de Northumbrie, c'est en encourageant une autre reine de ce pays, sainte Etlieldreda, à échanger la vie conjugale contre la vie de cloître qu'il attira sur sa tête la première catastrophe dont il fut victime. Une troisième reine de Northumbrie, celle-là même qu'il avait indirectement appelée à prendre la place de sa fille spirituelle Etheldreda, le poursuit pendant deux ans avec un acharnement qu'elle communique à sa sœur, la reine de Wessex, à sa belle-sœur, la reine de Mercie ; et toutes les trois, réunissant leurs efiorts, usent de leur ascendant sur leurs maris pour aggraver le sort de l'évêque proscrit jusqu'au jour où la reine, déjà chrétienne, des Saxons encore païens du Sud lui assure un asile et lui offre un peuple à convertir.

Les princesses qui ont abandonné la vie séculière pour gouverner les grandes communautés monastiques ne sont pas moins entremêlées à une orageuse carrière. L'abbesse-reine, d'Ely, sainte Etheldreda, continue dans le cloître comme sur le trône à vivre de ses conseils. L'abbesse de Whitby, sainte Hilda, la tante d^Etheldreda, le poursuit d'une inimitié aussi constante que l'affection de sa nièce; tandis que l'abbesse de Goldingham, sainte Ebba, intervient pour lui et le tire d'une captivité douloureuse. On vient de voir la fille et la sœur des quatre rois northumbriens sous lesquels il a vécu, sainte Eltleda, après avoir hérité de la crosse de Hilda, devenir l'avocate et la protectrice du prélat et contribuer plus que personne à son dernier triomphe. Lui-même enfin, plus que septuagénaire, et sur son lit de mort, va léguer son dernier vêtement à celle qu'il appelle so/i abbesse^ à Gyndreda, qui doit sa place dans l'histoire de l'Église et l'histoire des âmes à ce dernier hommage du vieux champion de Rome et de l'indépendance spirituelle.

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