Ibid
3d8 deuxième exil DE WILFRID
le rétablissement de Findépendance nationale, sous le grand règne d'Oswy. La Bernicie se souleva, au nom de Faîne des fils d'Aldfrid. C'était un enfant de huit ans, nommé Osred, que Fon regardait déjà comme le fils adoptif de Wilfrid. Par on ne sait quelle mystérieuse influence, le vieil exilé Wilfrid, expulsé du pays depuis quatorze ans, et selon toute apparence oublié, trahi, annulé, devint tout à coup le personnage prépondérant et l'arbitre de la situation. Il acquit bientôt un protecteur plus puissant encore que le jeime serviteur, en la personne d'un ealdorman, nommé Bertfrid, qui passait pour le plus puissant seigneur du royaume et qui était à la tête du parti d'Osred. Le roi Eadvvulf marcha contre les insurgés et les réduisit à s'enfermer dans la forteresse deBamborough, capitale des premiers rois northumbriens, près de Fîle sainte de Lindisfane. Bertfrid et les siens, bloqués dans l'étroite enceinte de ce rocher fortifié, étaieatréduitsà la dernière extrémité, et, ne sachant à quel saint se vouer, ils firent vœu d'accomplir strictement le jugement du Saint- Siège, en ce qui touchait le vieil évêque Wilfrid, si Dieu daignait les délivrer et accordait à leur jeune prince le royaume de son père\ A peine ce vœu
1 . Inito consilio inter nos, si Deus, nostro regali puero regniini patriscui concessisset, quee mandavitsancta apostolicaauctoritas de sancto Wilfrido episcopo, adimplere, Deospopondimus. Eddius, c. 57.
avait été solennellement émis par les assiégés, qu'ime révolution se fit dans l'esprit des assiégeants : Eadwulf se vit abandonné d'une partie des siens, qui s'entendirent avec Bertfrid. Ce preux fit une sortie à la tète de sa eiarnison ; Eadwulf fut vaincu, détrôné et lui-même expulsé, après un règne éphémère de deux mois, du royaume dont il avait brutalement expulsé le vieil évêque.
L'enfant roval installé sm^ le trône, on vit arriver l'arclievèquedeCantorbéry, qui reconnut que le moment était venu d'exécuter le jugement apostolique et de régler définitivement l'affaire de Wilfrid, dans une assemblée générale. Elle se tint en plein air sur les bords de la Nid, rivière qui coule un peu au midi de la fertile plaine où était située l'abbaye de Wilfrid à Ripon.
Elle se composa des trois évêques qui s 'étaient partagé le diocèse de Wilfrid, de tous les al^bés et de tous les seignem^s de la Northumbrie ; elle fut présidée par Parchevêque, qui avait le roi à ses côtés, Wilfrid y apparut en même temps que l'archevêque et yrencontra ses deux puissants auxiliaires :Bertfrid le victorieux et l'abbesse Elfleda. Sœur des trois derniers rois de Northumbrie, belle-sœur des deux rois les plus voisins, ceux d' Est- Angiie etdeMercie, cette noble et sainte princesse était encore plus influente par ses vertus que par sa naissance. Tous les Nor-
thumbiens la tenaient pour la consolatrice et la meilleure conseillère du pays. L'archevêque ouvrit la séance par ces mots : « Prions le Saint-Esprit de (( faire descendre la paix et la concorde dans nos (( cœurs à tous. Le bienheureux Wilfrid et moi nous (( vous apportons la lettre que le Saint-Siège m'a (( adressée par ses mains et qui va vous être com- « muniquée\ » Il fit alors lecture des décrets pontificaux rendus dans les divers conciles de Rome. Tout le monde se taisait ; sur quoiBertfrid, universellement reconnu comme le premier personnage du royaume après le roi, dit : ce Nous ne comprenons (( pas le latin et nous demandons qu'on nous trace duiseceque dit l'autorité apostolique*. » L'archevêque se chargea lui-même de la traduction nécessaire, et fit comprendre à tous que le pape ordonnait aux évêques de rendre à Wilfrid ses églises ou d'aller tous ensemble à Rome pour y être jugés, sous peine d'excommunication et de déposition contre les opposants, laïques ou ecclésiastiques, y compris le roi lui-même. Et toutefois les trois évêques,
1. Rex cum totiiis regni suiprinclpibus et tresepiscopi ejus cum abbatibus,nec non'et Beata Eanfleda abbatissa sernper tolius provinciœconsolatrix,optimaqueconsiliatrix... sedentibusinlocosynodali.. Habemus, enim ego et beatus Wilfridus episcopus, scripta apostolica. , . Eddius,c.57. — Les trois évêques étaient Bosa, d'York, Jean, de Hexliam, et Eadfrid, évêque de Lindisfarne depuis 698.