Vita, c
2. 11 y a une description très détaillée et un plan de cette île, aujourd'hui habitée et surmontée de deux phares, dans V Histoire de saint Cuthbert, par M^' Eyre. London, 1858, in-8'\
ter parce qu'on la croyait hantée par les démons. Cuthbert y entra en soldat du Christ, victorieux de la tyrannie du mal, et il s'y construisit un palais digne de lui, en creusant dans la roche vive une demeure d'où il ne voyait que le ciel, afin que rien ne vînt l'y distraire de ses contemplations. Une peau de bœuf suspendue devantl'entrée delà caverne, et qu'il tournait du côté où soufflait le vent, le défendait à peine contre les intempéries de ce rude climat. 11 y commandait aux éléments et aux animaux, nous dit son saint historien, en véritable monarque du domaine qu'il avait conquis pour le Christ, et avec ce souverain empire sur la nature créée, que le péché seul nous a fait perdre ^ Il y subsistait du produit d'un petit champ d'orge semé et cultivé de ses mains, mais si petit que les gens de la côte se disaient que les anges venaient le nourrir avec du pain préparé dans le paracUs.
La légende northumbrienne s'est donné beau jeu à l'occasion de ce séjour solitaire du grand saint national et populaire sur cet îlot basaltique. Elle lui attribue la douceur et la familiarité extraordinaires d'une espèce particulière d'oiseaux aquatiques, qui se rendaient à l'appel de l'homme, se laissaient prendre, palper et caresser à volonté, et dont le duvet
1. Miles Christl, devicta tyrannorum acie, monarchus terrée quam adierat factiis est... Vita, c. 17 et 21.
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était d'unmoelleux extrême. Ils pullulaient autrefois sur ce rocher et s'y trouvent encore , bien que le nombre en ait fort diminué, depuis que les curieux sont venus voler leurs nids et les détruire à coups de fusil. Ces volatiles n'existaient nulle part ailleurs dans les îles Britanniques, et portaient le nom (ï Oiseaux de saint Cuthhert ^ . C'était lui, selon le récit d'un moine du treizième siècle, qui leur avait inspiré une confiance héréditaire dans l'homme, en les prenant pour compagnons de sa solitude et en leur garantissant que nul ne les troublerait jamais dans leurs habitudes".
C'est encore lui qui, selon les pêcheurs de cet archipel, a fabriqué certains petits coquillages du genre Entrochus, qu'on ne trouve que sur cette côte et qui ont reçu le mmià^ grains du chapelet de saint Cuthhert» Ils croyaient le voir la nuit assis sur un rocher et se servant d'un autre rocher comme d'une enclume pour son travail ; et cette tradition comme tant
1. Eideror Ciithbert-Ducks. C'est l'Oie àduvet, AeBa{(oa;\'Anas mollissima, de Linné.
2. Ipse, adhuc vivens, avibus illis firmam pacem et quietem in patribussuis dederat... Quodpatribus avium anliquitus dederat, hoc, de illarum génère pullisprocreandis, et filiis hereditarie inpacis et niisericordise custodia perpetuis lemporibus conservando prœstabat. . . Se palpantes capere, contrectare et tenere permittunt... in gremio tuo ludendo réticent... ad mensam tuam si incola fueris veniunt... ad manus etiam blandjentis, alis palpitantibus, confugiunt. Reginald DuNELMENsis, De admiraïicUs Çuthberti virtutibiis, c, 27. Cf. Raines St-CutJibert, Edinburgh, 1828, p. 22.
d'autres est consacrée par Walter Scott dans le tableau poétique qu'il a tracé des rives duNorthumberland entre les deux grands monastères de Wliitby et de Lindisfarne \
Cependant le pieux anachorète, en se condamnant aux rudes épreuves de la solitude, n'entendait pas se refuser aux soins de la charité fraternelle. Il continuait à recevoir de fréquentes visites, d'abord de ses voisins et confrères les rehgieux de Lindisfarne, puis de tous ceux qui venaient le consulter pour les besoins de leur âme, et surtout lui demander de les consoler dans leurs adversités. Le nombre de ces pèlerins de la douleur était infini : il en arrivait nonseulement de la plage voisine mais des provinces les plus éloignées.
Le bruit s'était répandu dans toute l'Angleterre qu'il y avait, sur un rocher désert de la plage northumbrienne, un solitaire ami de Dieu et expert dans l'art de guérir les souffrances humaines. Et nul n'était trompé dans son attente. Nul ne remportait de
i. But fain saint Hilda's nuns would leam.
If, on a rock, by Lindisfarne, Saint Cuthbert sits, and toils to frame The seaborn beads that bear bis name.
Such taies had Whitby's fishers told And said they might bis shade behold And bear bis anvil sound.
W, Scott, Mar7nion^ cant. ii.
cet îlot battu des flots la souffrance, la tentation, le remords qui F y avait conduit. Guthbert avait uneconsplation pour toutes les peines, une lumière pour tous les douloureux mystères de la vie, un conseil dans tous les périls, une main tendue à tous les désespérés, un cœur ouvert à toutes les angoisses. Tl savait surtout tirer de ces angoisses terrestres la démonstration des joies du ciel ; déduire la certitude de ces joies de la fragilité également foudroyante des biens et des maux de ce monde ; puis rallumer dans les âmes malades le feu de la charité, seul préservatif, disait-il, contre les embûches de cet antique ennemi dont notre cœur devient toujours captif quand il est vide de F amour divin et de l'amour fraternel ^ .
Pour faciliter l'accès de sa solitude à ces visiteurs et surtout à ses frères de Lindisfarne, il avait fait construire à quelque distance de la grotte qui lui servait de demeure, à un lieu où abordaient les barques, une sorte de parloir et de réfectoire à l'usage de ses hôtes. Il allait lui-même y converser et manger avec eux; surtout, comme ilFalui-même raconté, lorsque les religieux venaient célébrer avec lui quelque grande fête comme celle de Noël. Alors il se laissait volontiers aller à partager leurs ébats et leurs causeries, mais en s'interrompant de temps à autre