‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 186 sur 201 · Mort d'Easlerwine. Retour de Benoît. 690. Sa mort · texte numérisé non relu

Mort d'Easlerwine. Retour de Benoît. 690. Sa mort

1. Vitœ.c, 6. 9, 14. Cî.Homil, in natale Benedicti Abbalis, t. VJI, col. 465, et LiNGARD, Antiquities, 1. 11, p. 129.

tinées aux autres églises d'Angleterre, non moins qu'à sa propre communauté; et, enfin, une foule de tableaux et d'images peintes. En introduisant ces images de Rome en Northumbrie, Benoît Biscop a écrit une des pages les plus curieuses et les plus oubliées de l'histoire de l'art. On y voit que Rome était encore alors le grand dépôt, non seulement de la tradition, mais aussi des représentations graphiques ou symboliques, propres à instruire ou à édifier les fidèles, et dont les premiers contours tracés dans les catacombes, auprès des tombeaux des martyrs, commencèrent à reparaître dans les grandes mosaïques qui décorent encore les absides des églises primitives de Rome. Le Vénérable Bede, qui parle avec enthousiasme des expéditions de son maître et de son ami, nous fait supposer qu'il s'agit de tableaux portatifs, qui ne pouvaient guère être que sur bois ; mais on peut supposer que l'abbé de Wearmouth ramenait avec lui des peintres et des mosaïstes, pour travailler sur place à la décoration de ses églises. Gomment s'expliquer autrement que des tableaux sur bois et transportés, même par eau, de Rome en Angleterre, aient pu être d'une dimension assez considérable pour couvrir les parois et les voûtes des deux ou trois églises dont Bede nous parle ?

Toujours est-il que les plus ignorants d'entre les

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chrétiens de la Northumbrie retrouvaient, en entrant dans ces nouvelles églises monastiques, sous une forme matérielle, Timage saisissante des enseignements que leur prodiguaient les missionnaires monastiques. Doctes et illettrés pouvaient y contempler et y étudier avec bonheur, ici la douce et attrayante figure du Sauveur naissant ; là les douze apôtres entourant la sainte Vierge ; sur la paroi du nord toutes les paraboles de l'Évangile ; sur celle du midi les visions de l'Apocalypse ; ailleurs une série complète de peintures qui marquaient la concordance de l'Ancien et du Nouveau Testament ; Isaac portant le bois de son sacrifice en face de Jésus portant sa croix; le serpent d'airain en face de Jésus crucifié, et ainsi de suite ^ . Comment ne pas se rappeler, en découvrant ces détails sur la décoration des monastères northumbriens il y a douze cents ans, que notre siècle a vu se reproduire cette excellente

, 1. Il est dit un peu plus loin en parlant des fruits de son sixième et dernier voyage à Rome : Namet tune (attulit) dominicœ historiœ picturas quibus totam B. Dei Genitricis, quam in monasterio majore fecerat, ecclesiam in gyrocoronaret : imagines quoquead ornandum monasterium ecclesiamque B. Paul! Apostoli de concordia Veteris et Novi Testamenli summaratione compositas exhibuit, etc. — Cesderniers mots s'appliquent au second monastère fondé à Yarrow et dont on va parler. On voit donc que l'abbé Benoît Biscop avait entrepris de décorer trois églises : celle de Saint-Pierre à Wearmouth, celle de Saint-Paul à Yarrow, et une troisième dédiée à la Sainte Vierge, in majore monasterio, laquelle pourrait bien n'avoir été que le chœur ou l'abside de la première.

pensée par deux mémorables exemples : à Spire, dans la vaste cathédrale que la munifience du roi Louis P"^ de Bavière a fait sortir de ses ruines ; à Paris, dans cette vénérable basilique de Saint-Germain des Prés où le pinceau de Flandrin a fixé pour la dernière fois nos regards et jeté un dernier lustre sur ce talent si pur, si élevé, si serein, si naturellement voué au service de l'immortelle vérité, que ce nom tout moderne, comme celui d'Ozanam, ne semble pas déplacé au milieu de cette évocation des saints et des monuments de l'antiquité chrétienne !

Après les livres grecs et latins, après ce qu'on appelait alors la littérature et la philosophie, après l'architecture et la peinture, ce fut le tour de la musique, c'est-à-dire de l'art liturgique et monastique par excellence.

Lors de son cinquième voyage, Benoît ramena de Rome un éminent religieux, Jean, chantre de l'éghse de Saint-Pierre et abbé de Saint-Martin de Rome , pour établir à Wearmouth le chant et les cérémonies romaines avec une entière exactitude, et selon la pratique de la basilique de Saint-Pierre à Rome. Arrivé à Wearmouth, ce savant abbé y rédigea par écrit l'Ordre de la célébration des fêtes pour toute l'année, dont il circula bientôt de nombreuses copies. Puis il ouvrit un cours où il enseignait de vive voix la liturgie et le chant ecclésiastique. Les plus habiles chantres

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des monastères northumbriens venaient F entendre et l'invitaient ensuite à visiter leurs communautés^ .

C'est ainsi que Benoît Biscop allait puiser à Rome et répandait ensuite, à travers mille sillons divers, sur le sol de sa patrie, les enseignements et les traditions de l'art consacré par la religion. L'histoire, ce nous semble, offre peu de pages mieux faites pour rafraîchir l'âme et la consoler que celle où l'on voit ainsi l'Église mère et maîtresse ouvrir son giron tutélaire aux nations à peine sorties de la nuit du paganisme, et leur révéler, par la main de ses ministres et de ses missionnaires monastiques, non seulement les mystères de la foi et les lois de la morale, mais encore les jouissances de Fesprit et les beautés de l'art.

Le zèle passionné de notre abbé pour la construction et la décoration de ses édifices claustraux ne lui faisait point oublier les intérêts les plus essentiels de ses fondations. Avant de partir pour Rome, il avait eu soin de constituer sa communauté sur la base immuable de la rè2:le de saint Benoît ' . Comme Wilfrid pour son abbaye favorite de Hexham, et peutêtre avant lui, il obtint du pape Agathon un privilège qui garantissait la liberté et la sécurité du nouveau monastère de Wearmoutli . Mais bien loin

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