‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 185 sur 201 · Vitœ abbat.i c · texte numérisé non relu

Vitœ abbat.i c

le fils de son ancien maître, le roi Egfricl, qui régnait alors, et lui raconta tout ce qu'il avait fait pendant les vingt ans écoulés depuis qu'il avait quitté son pays et le service royal. Puis, cherchant à lui communiquer l'ardeur religieuse cjui l'enflammait lui-même, il expliqua au roi tout ce qu'il avait appris, à Rome et ailleurs, sur la discipline ecclésiastique et monastique, en lui montrant les livres et les reliques qu'il rapportait de ses voyages. Egfrid, qui alors n'était pas encore engagé dans sa malheureuse lutte avec Wilfrid, se laissa gagner sur-le-champ par les récits du pèlerin, qu'il prit en grande affection; et, voulant le mettre à même d'appliquer son expérience à la nouvelle communauté, il détacha de son propre patrimoine, pour lui en faire don, une terre assez vaste pour nourrir soixante et dix familles, ou pour occuper soixante et dix charrues, selon la façon d'évaluer les terres chez les Anglo- Saxons ^ .

Ce domaine était situé à l'eml^ouchure de la Wear, petit fleuve qui coule à Durham et va se jeter dans la mer du Nord, un peu au raidi de la Tyne. De là le nom de Wear-mouthque porta le nouveau monas-

1. Les commentateurs pensent que Becle a toujours voulu désigner souslemot de/«mi^i«lacontenance dite ailleurs Mdeow. carrucata, c'est-à-dire la portion de terre cultivable par une charrue dans l'espace d'une année.

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tère, lequel dut être consacré à saint Pierre, au prince des Apôtres, d'après la volonté expresse d'Egfrid, d'accord avec Benoît pour marquer ainsi ses prédilections romaines (673-675) \

A peine cette fondation assurée, l'infatigable Benoît s'embarqua de nouveau, afin d'aller chercher en France des cxmentarii, comme ceux que Wilfrid faisait venir vers le même temps de Cantorbéry. Dès qu'il les eut ramenés, il les occupa à la construction d'une église en pierre, à la romaine, car tout ce qui venait de Rome lui était cher. C'était en l'honneur de saint Pierre qu'il avait entrepris cette œuvre, et il y mit tant d'ardeur qu'un an après la pose de la première pierre, l'église était déjà couverte, etlamesse

1. A l'embouchure de la Wear il y a deux localités distinctes : au nord, Monk-Wearmouth, où était le monastère de Benoît Biscop; au sud, Bishop-Wearmouth,quidoit son origine aux évêques de Durham. Toutes deux sont aujourd'hui englobées dans le rayon de la ville de Sunderland, située à l'est de Bishop-Wearmoutb, sur la mer, et qui compte parmi les principaux ports de l'Angleterre.

Wearmouth est devenu aujourd'hui un des principaux loyers de l'exploitation du charbon de terre, mais aussi de ces hideuses misères, dont l'exposition, due au zèle delordShaftsbury, a excité naguère l'effroi et l'horreur del'Angleterre. Voir les discussions parlementaires de 1842. Il n'y a plus de moines fainéants pour nourrir la population pauvre; mais ily avait jusqu'en 1842 une foule de femmes et déjeunes (illes presque nues, qui travaillaient mêlés aux hommes, pendant quatorze heures de suite, à seize cents pieds sous terre, et par une iem^éYdiinvQé.Qivenie,-Ae\\^àÇigvé,&. Report fromthe sélect committee, 1841, p. 4. Ajoutons avec joie qu'une législation plus humaine a, depuis lors, apporté quelque remède aux révoltants abus qu'avait signalés une salutaire publicité.

célébrée sous une de ces voûtes maçonnées qui excitaient toujours la surprise et l'admiration des Anglais du septième siècle. Il fit aussi venir de France des verriers, car il n'y en avait pas encore en Angleterre, et ces ouvriers étrangers, après avoir mis des vitres aux fenêtres de l'église et du nouveau monastère, enseignèrent aux Anglo-Saxons l'art de la verrerie \ Animé d'un zèle que rien ne décourageait, enflammé surtout d'un patriotisme intelligent et d'une sorte de passion pour la beauté dans l'art, qui ne reculaient devant aucune fatigue, aucun souci" , il envoyait chercher au delà» des mers tout ce qu'il ne trouvait pas en Angleterre et tout ce qui lui semblait nécessaire à l'ornementation de son église, et, comme il ne trouvait pas tout ce qu'il lui fallait, même en France, il partit une cinquième fois pour Rome (678) , et ce ne fut pas la dernière ; car quelques années plus tard, il y fit un sixième pèlerinage ^ (685) . Il rapporta de l'un et de l'autre des

1. Vitœabbat.,c.5. — Je pense que cest, avec celui cité plus haut de Wilfrid, un des premiers exemples connus de l'emploi de vitraux : encore n'est-il nullement démontré que ces vitraux fussent coloriés.

. 2. Amor patrise, et voluplas eleganliœ asperos fallebat labores. WiLL. Malmesb., de Gest. reg., I, 54.

3. En parlant de ces deux derniers voyages, Bedh; dit quai'ta et quintavice, parce qu'il ne compte que les départs de l'Angleterre. De Britamiia ad Romamaccurrens.Maisila lui-même expliqué que, pendant la seconde absence de Benoît Biscop, de 665 à 667, il fit à

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trésors, et d'abord des livres innombrables et de toute sorte. Il en avait la passion, comme on Fa vu, dès sa jeunesse. Il voulut que chacun de ses monastères eût une grande bibliothèque ; il la regardait comme indispensable à l'instruction, à la discipline, à la bonne organisation de sa communauté ; il comptait sur les livres comme sur le meilleur moyen de retenir les moines dans le cloître ; car, lui qui aimait tant les voyages pour lui-même, il n'approuvait pas que les autres religieux fussent sans cesse par voies et par chemins, même sous prétexte de pèlerinage \

Avec les livres , il apportait des reliques des-

Rome deux pèlerinages, l'un avant et l'autre après son séjour à Lérins.

Voici le résumé chronologique de la vie de Benoît Biscop.

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