‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 188 sur 201 · Vitce abbat., c. 6, 12, et Hist. eccles., IV · texte numérisé non relu

Vitce abbat., c. 6, 12, et Hist. eccles., IV

2. Cette mission semble indiquer une certaine défiance chez le pontife à l'égard de l'archevêque Théodore. Comme on l'a déjà vu, page 211, le pape Vilalien, en lui conférant la dignité métropolitaine en Angleterre, lui avait agrégé l'abbé Adrien et Benoit Biscoplui-même, de peur que sa qualité de Grec ne le rendît accessible aux erreursdesmonotliélites qui désolaient alors l'Église. Plus tard, Agathon chargea l'abbé Jean, chantre de Saint-Pierre, d'examiner exactement quelle était la foi de l'Eglise d'Angleterre et d'en faire son rapporta Rome. L'envoyé pontifical assista au concile de Heathfield, convoqué par l'archevêque Théodore (17 septembre 680), où l'Église d'Angleterre fit sa profession de foi orthodoxe et déclara qu'elle acceptait les cinq conciles

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Le roi Egfrid alors au plus fort de ses contestations avec Wilfrid, semblait vouloir racheter ses violences envers Févêque d'York, devant sa conscience et son peuple catholique , par Fintimité de ses relations avec les deux grands religieux de son royaume, avec l'anachorète Guthbert, comme avec Fabbé Benoît Biscop. Pour donner à celui-ci un nouveau témoignage de sympathie et de protection, il lui assigna un autre domaine, moins vaste que celui de Wearmouth , puisqu'il ne pouvait nourrir que quarante familles, mais tellement rapproché que les deux donations semblaient pouvoir se confondre pour ne former qu'un seul et vaste patrimoine. Ce fut le berceau du monastère de Yarrpw (682), dont le nom est indissolublement lié à celui du vénérable Bede. Situé un peu au nord du monastère de Wearmouth, et comme celui-ci à l'embouchure d'une rivière, de la Tyne, qui se jette, en suivant un cours parallèle à celui de la Wear, dans la mer du Nord, Yarrow fut dédié à l'apôtre saint Paul, comme Wearmouth à l'apôtre saint Pierre. On re-

généraux et celui du pape saint Martin. L'abbé Jean emporta avec lui un exemplaire des actes de ce concile pour le soumettre au pape et donna de son côté à transcrire, dans le monastère de saint Benoit Biscop, le concile du pape saint Martin. 11 mourut avant d'avoir pu retourner à Rome, et son corps fut porté à Saint-Martin de Tours, qu'il avait visité en venant, à cause de sa grande dévotion au saint dont son monastère de Rome portait le nom.

trouve toujours la pensée qu'avait Biscop de transporter l'image et l'esprit de Rome sm^ cette plage northumbrienne qu'embaumait déjà le parfum des fleurs monastiques ^ . Il lui fallait une reproduction de Saint-Paul hors des Murs à une certaine distance de son exemplaire saxon de Saint-Pierre du Vatican. Bien qu'il eût donné pour abbé à sa nouvelle fondation le plus intime de ses amis et compagnons de pèlerinage , nommé Ceolfrid , Benoît entendait bien ne faire qu'une seule communauté des deux maisons, grâce à l'union fraternelle qu'il voulait faire régner entre elles et que devait leur inspirer l'exemple des deux glorieux apôtres qu'il leur avait donnés pour patrons.

Pour être plus libre de consacrer son temps aux voyages, en outre pour être plus à la disposition du roi qui réclamait sans cesse sa présence et ses conseils", Benoit se donna un coadjuteur dans le gouvernement de son premier monastère de Wearmouth . Ce nouvel abbé était son neveu et, comme Ceolfrid

1. Plaga oliin et suave halantibus monasteriorum floribus dulcis, et urbium a Romanis eedificatarum frequentia renidens. Guill. Ma.l- MESB., De Gest.j Recj., I, 9, 54.

2. J'emprunte ce détail à une autre Vie de Benoit et de Ceolfrid qui, si elle n'est pas de Bede lui-même, lui a évidemment fourni des renseignements qu'il a textuellement reproduits ; elle se trouve dans les Opéra minora, et a été réimprimée par le docteur Giles dans l'Appendice de son excellente édition de Bede, t. VI, p. 416 à 442.

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l'un de ses plus dévoués associés ^ Il se nommait Easterwine.

Plus jeune que Benoît de vingt-deux ans, Easterwine était comme lui de très haute naissance, car c'étaient les descendants des plus nobles races de la Northumbrie qui affluaient dans les monastères pour s'y livrer aux occupations les plus étrangères à leurs ancêtres, au travail manuel et littéraire, à l'oraison et à la pénitence. Il avait fait, comme Benoît, la guerre dans la maison militaire du roi Egfrid. A vingt-quatre ans, il avait tout quitté pour entrer dans la communauté que formait son oncle à Wearmouth : mais l'un n'avait pas plus songé à demander que l'autre à offrir une exemption quelconque , fondée sur la noblesse ou la parenté, des charges et des observances de la vie religieuse. Le noble jeune homme ne s'enorgueillissait que de suivre en tout la règle et les occupations de la maison , ainsi que tout autre moine. Et grâce à son illustre biographe, nous savons quelles étaient les occupations d'un thane saxon devenu moine au septième siècle. On le voyait tantôt battre et vanner le blé, tantôt traire les brebis et les vaches, prendre son tour de service à la cuisine, à la boulangerie, aujardin, toujours humble et joyeux dans l'obéissance. Devenu coadjuteur (682-686) et

1. ut quem solus noiipoterat laborem, socia dilectissimi commilitonis virlute levius ferret. Viios ahbat., c. 6.

investi en l'absence de Benoît de toute son autorité le jeune abbé continuait à vivre de la vie commune; et lorsque ses devoirs de supérieur le conduisaient dans les domaines où travaillaient les religieux, il se mettait sur-le-champ à l'ouvrage avec eux, prenant lui-même en main le manche de la charrue, ou le van, ou forgeant le fer sur l'enclume. Il était aussi robuste que jemieet beau de visage ; mais son regard était d'une infinie douceur et son langage d'une affabilité constante ' . Quand il lui fallait réprimer quelque faute, c'était avec une tristesse si aimante, que le coupable se sentait à jamais détourné de toute récidive, pour ne pas ramener un nuage sur la suave limpidité de ce visage aimé.

Sa nourriture ne différait en rien de celle des autres et il couchait au dortoir ; il n'en sortit que cinq jours avant sa mort, déjà mortellement malade, pour se préparer dans un lieu plus solitaire, au dernier combat. Sentant que sa fin approchait, il eut néanmoins la force de descendre au jardin, s'y assit, et appelant tous ses frères qui pleuraient d'avance la perte d'un tel père, avec la tendresse qui lui était naturelle, il donna à chacun d'eux un dernier baiser^.

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