Vitse abbatum, c
2. Sub divo residens, accitis ad se fratribus cunclis, more naturee misericordis osculum pacis eîs flentibus et de abscessu tanli palris et pastoris mœrentibiis dédit.
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La nuit suivante (7 mars 686) il mourut, à trente-six ans, pendant que les religieux chantaient matines. Ces heureuses morts, si fréquentes dans les récits de ce temps, semblent avoir été le privilège et le sceau de toutes ces vocations généreuses qui peuplaient les nombreux monastères de l'Angleterre convertie. En revenant de son dernier voyage à Rome , Benoit trouva mort son bienfaiteur et son protecteur le roi Egfrid, mort son coadjuteur et neveu Easterwine, morts aussi un grand nombre de ses moines, enlevés par une de ces terribles épidémies alors si fréquentes. Elle n'avait laissé envieà Yarrow que l'abbé tout seul avec un petit écolier que nous retrouverons plus tard et dont la gloire devait éclipser celle de tous ces saints et de tous ces rois saxons, qui ne sont guère connus que par sa plume * . Benoit ne perdit pas courage, et recruta prompt ement de nouveaux sujets, tout en reprenant et en poursuivant avec sa passion habituelle la décoration de ses deux églises de Saint-Pierre
1. On croit généralement que cet écolier ne fut autre que le vénérable Bede, qui a raconté ce louchant incident en ces termes : « Omnes qui légère, vel preedicare, vel antiphonas ac responsoria dicere possunt ablati sunt, excepto ipso abbate et uno puerulo, qui ab ipso nutritus aceruditus, nunc usque in eo monasterio presbyterii gradum tenens, jure actus ejus laudabiles cunctis scire volentibus et scripto commandât et fatis. » Append., p. 421. Il raconte ensuite comment l'abbé et lécolier célébraient tout seuls et dans une grande tristesse toute la psalmodie de l'office monastique, non parvo cum labore, jusqu'à ce que de nouveaux religieux survinssent.
et de Saint-Paul ^ . Les moines avaient déjà donné pour successeur à Easterwine un diacre nommé Sigfried, homme savant et vertueux, mais poitrinaire et le premier des Anglais, je pense, chez lequel l'histoire ait signalé cette maladie si habituelle et si fatale à leur
race'.
Le tour de Benoît lui-même allait bientôt arriver. Mais Dieu se réservait de l'épurer en mettant sa patience à une longue et cruelle épreuve avant de le rappeler à la récompense éternelle. Après avoir consacré les treize premières années de son abbatiat à cette vie laborieuse et errante qui lui était chère, à ces expéditions lointaines si fructueuses pour son ordre et pour son pays, il fut atteint d'un mal impitoyable qui dura trois ans et paralysa tous ses membres l'un après l'autre. Enchaîné par cette infirmité sur son lit, et ne pouvant plus suivre ses frères au chœur, il n'en célébrait pas moins chaque office du jour et de la nuit avec quelques-uns des moines, en mêlant sa voix défaillante à la leur. La nuit, il se
1. Une trè«i jolie gravure de Hollar, reproduite dans les Légendes monastiques de madame Jamieson, le représente debout, en habits pontificaux ; dans le fond ses deux beaux monastères de Saint-Pierre et de Saint-Paul, et la Tyne coulant entre les deux, ce qui n'est pas géographiquement exact, mais ce qui répond à l'intention de reproduire sur la plage northumbrienne les basiliques de Saint-Pierre et de Saint-Paul sur les deux rives opposées du Tibre, à Rome.
2. Nocivo et irremediabili pulmonum vitio laborantem. Vitx ahbat., c. 8.
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consolait de ses cruelles insomnies en se faisant lire l'Evangile par des prêtres qui se relevaient sans interruption. Souvent aussi il convoquait autour de sa couche les religieux avec les novices, et leur adressait de pressantes et suprêmes recommandations, entre autres celle de conserver la très nombreuse bibliothèque qu'il avait apportée de Rome et de ne pas la laisser gâter ou disperser ; mais surtout de garder fidèlement les règlements qu'il leur avait donnés, après les avoir empruntés à une étude attentive des dix-sept principaux monastères qu'il avait visités pendant ses nombreux voyage d'outremer \ Il insistait enfin sur l'injonction qu'il leur avait souvent faite de n'avoir aucun égard à la naissance dans le choix de leur abbé, mais seulement à la doctrine et aux mœurs. Il les supplia d'élire le
1. Evangellum tota nocte pro doloris levamine, quod et aliis noctibus fieri consueverat... Ex decem quippe et septem monasteriis qiiee inter longos meee crebrse peregrinationis discursus opliraa comperi, hœc universa didici, etvobissalubriter observanda coiilradidi Bede, Vit. abbat., c. 8. — Lingard, I, 208, conclut de ce passage que larègle de saint Benoît n'étaitque partiellement suivie à Wearmouth; mais il ne s'agit évidemment que des statuts ou règlements particuliers qui, de tout temps, ont servi dans certaines abbayes ou congrégations d'abbayes, à développer et à compléter la règle fonda" mentale. Celle-ci était connue et suivie dans les monastères de TN'orthumbrie, ainsi que le démontre Texhortation de Benoît Biscop à ses moines sur le choix de son successeur, auquel il leur enjoint de procéder juxta quod régula magni quondam ahbatis Benedicti, juxta quod privilegii nostri continent décréta. Cf. Mabillon, Prœfatio in sœculum Benedictinum, II, 88, 89.
plus cligne d'entre eux, conformément à la règle de saint Benoît et au privilège qu'il leur avait obtenu. (( J'aimerais mieux, » leur disait-il, « s 'il fallait choisir (( entre deux maux, voir ce lieu où j'ai créé notre (c cher monastère réduit en une solitude éternelle, (( que d'y avoir pour successeur mon propre frère, (( qui, nous le savons tous, n'est pas dans la bonne (.(. voie * . » Benoît avait ainsi le pressentiment d'un des plus cruels dangers et d'une des plus fatales infirmités dont l'avenir de l'ordre monastique pût être menacé. Cependant la maladie ayant épuisé les forces tant du saint abbé que de son coadjuteur poitrinaire, ils comprirent tous les deux qu'ils allaient mourir, et voulurent se voir une dernière fois avant de quitter ce monde. Pour que le désir de ces deux tendres amis pût être accompli, il fallut transporter le coadjuteur mourant sur le grabat de l'abbé. On leur posa la tête sur le même oreiller ; mais ils étaient tous les deux si faibles, qu'ils ne pouvaient pas même s'embrasser. Il fallut encore que des mains fraternelles les aidassent à rapprocher leurs lèvres vénérables ".
1. Bonoît Biscop avait certainement en vue l'usage si répandu dans les monastères celtiques d'appeler les plus proches parents des fondateurs à la succession abbatiale. Voir plus haut, t. lU, p. 302.
2. Egfrldus in feretro deporlaretur ad cubiculum ubi Benedictus et ipse suo jacebat in grabato., caput utriusqne in eodem cervical! locaretur... vel tantum habuere virium, utpropius posita ora ad osculandum se alterutrum conjungere possent, sed et hoc fraterno compleverunt officio. Vitx abbat., c. 10.
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Tous les moines se réunirent en chapitre autour de ce lit de douleur et d'amour : parmi eux les deux saints vieillards se désignèrent un successeur approuvé de tous, et rendirent ensuite, à peu d'intervalle, le dernier soupir. Ainsi mourut, à soixantedeux ans, le saint Benoît d'Angleterre, digne émule du grand patriarche des moines d'Occident, dont il portait la robe et le nom, comme lui vainqueur du péché et maître en toutes les vertus ^ . ' Celui que les deux saints mourants avaient proposé au choix de leurs frères pour les remplacer comme abbé des deux monastères, était ce Ceolfrid qui avait accompagné Benoît à Rome et à Cantorbéry et qui était déjà abbé de Yarrow. Gomme tous les chefs des grandes communautés nor thumbrienries , excepté Cuthbert, il était issu de la haute noblesse anglosaxonne. Son père était revêtu de la dignité d^ealdorman, la première après la royauté, et s'était fait un nom par sa munificence. Un jour qu'il devait recevoir le roi chez lui, la nouvelle d'une incursion subite de quelque ennemi avait obligé le prince de partir avant le repas magnifiquement préparé. Sur quoi le comte avait rassemblé, dans le canton, tous les pauvres des deux sexes, pour leur faire prendre la place du roi et de son cortège, et quand ils furent