‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 23 sur 201 · Bede, ni · texte numérisé non relu

Bede, ni

crime, tous les historiens s'accordent à vanter les vertus et les exploits qui signalèrent la suite de son règne aussi prolongé que laborieux (642-670). Il ne demeura pas tout d'abord, après le meurtre d'Oswin, maître incontesté de toute la Northumbrie : il lui fallut abandonner au moins une partie de la Deïra au jeune fils de son frère Osvvald, nommé Ethelwald. Mais il n'en conserva pas moins une prépondérance évidente non seulement en Northumbrie, mais dans toute l'Angleterre, puisque la dignité de Bretvvalda lui échut sans contestation. Le grand fait de ce règne est la catastrophe du féroce païen Penda de Mercie, catastrophe qui scella la victoire définitive du christianisme chez les Anglo-Saxons. Mais avant comme après ce point culminant de sa prospérité, Oswy déploya, pour la propagation et la consolidation de la religion chrétienne, un zèle si ardent et si soutenu qu'il a fini par être admis dans les rangs, quelquefois trop facilement accessibles, du martyrologe anglais*.

Toutefois, ni le zèle d'Oswy, nil'ardeurplus pure de son illustre prédécesseur, n'auraient prévalu con-tre les obstacles si divers et si redoutables que devait rencontrer la prédication de l'Evangile chez les Anglo-Saxons s'ils n'avaient été dirigés, éclairés et sou-* tenus par l'admirable clergé qu' Aïdan et ses succes-

1. Au 15 février. Cf. Act. SS. Bolland., tom. 11 Febr., p. 801.

seurs avaient formé dans les cloîtres de Lindisfarne et de ses dépendances.

En ce qui touche cette succession des évêques du nouveau diocèse de Lindisfarne, il faut remarquer la différence très significative des usages suivis par les missionnaires romains et par les missionnaires celtiques, quant à l'élection des évêques. Les quatre premiers successeurs d'Augustin à Cantorbéry furent tous, comme on Fa vu, pris parmi les moines italiens qui l'avaient accompagné en Angleterre : mais tous appartenaient à cette première mission et tous furent librement élus par leurs confrères anciens ou nouveaux, au lieu d'être envoyés successivement de Rome comme les évêques de Lindisfarne le furent d'iona. En effet, à chaque vacance du siège de Lindisfarne, les moines d'iona qui regardaient cette cathédrale monastique, et peut-être toute la chrétienté northumbrienne, comme leur propriété exclusive, s'empressaient d'expédier un religieux de leur communauté pour remplacer celui qui venait de rendre son âme à Dieu. Les religieux scotiques, ainsi placés pendant trente ans à la tête de l'Église du nord de l'Angleterre, se montrèrent tous dignes de leur saint berceau à la hauteur de leur glorieuse mission. Mais il n'en est pas moins important de constater que, grâce à l'éloignement ou à toute autre cause, Rome laissait alors à ses communautés de missionnaires, à

ses colonies apostoliques une liberté que ne comportait pas la rude discipline de l'Eglise celtique.

Le premier moine envoyé d^Iona pour remplacer le noble Aïdan est connu sous le nom de saint Finaud Son pontificat fut prospère; il dura dix ans^ (651-661), et ne fut interrompu par aucune douloureuse catastrophe, comme celles qui avaient troublé la vie d' Aïdan en lui enlevant ses deux amis couronnés. Finan vécut toujours en bonne intelligence avec le roi Oswy, et avant d'aller rejoindre au ciel son devancier, il eut le bonheur d'introduire dans l'Eglise les chefs de deux autres royaumes anglo-saxons, qui venaient chercher le baptême aux portes de Lindisfarne^ Dans ce sanctuaire insulaire, où il faut se rappeler que Févêque avait souvent pour supérieur local Fabbé de la communauté monastique, Finan fit construire une cathédrale, non en pierre, comme celle que Pau-

1. Et ipsoillo ab Hii Scotorum insiila ac monastcrio destinatus. Bede, m, 25. Cf. AcT. SS. BoLLAND., t. ni Febr., p. 21.

2. Le bréviaire d'Aberdeen, cité par les Bollandistes, affirme que la promotion de Finan à l'épiscopat fut précédée par une sorte d'élection ou de postulation émanée du clergé et du peuple norfhumbrien, y compris les religieuses. Mais, outre que l'on ne trouve dans les monuments anciens aucune trace d'une élection semblable, elle nous paraît incompatible avec le témoignagne formel et presque contemporain du Northumbrien Bede : « Interea Aidano de hac vita sublalo, Finan pro illo gradum episcopatus, a Scotis ordinatus ac missus, acceperat. » III, 25.

3. Lesroisd'EssexetdeMercie : voirplusloin, ch.iiidece livreXIII.

ET LES GRANDES ADRESSES EN NORTHIMBUIE. do

lin et Edwin avaient commencée à York, mais conforme à l'usage celtique, et semblable aux églises élevées par Cokmiba et ses religieux irlandais : elle était tout entière en bois et recouverte de joncs ou plutôt de cette longue herbe marécageuse, dont les racines pivotantes servent à maintenir contre le vent les sables du bord de la mer, et que Ton retrouve encore si abondante dans l'île comme sur les plages sablonneuses qu'il faut traverser avant de s'embarcjuer pour y aborder^ . Quelque vaste que fût son diocèse, qui comprenait les deux grands royaumes northumbriens, et quelque active qu'ait pu être son influence sur les autres provinces saxonnes, Finan semble avoir en outre conservé et exercé une autorité non moins grande sur le pays de son origine, sur le royaume des Scots Dalriadiens. Les annalistes écossais parlent tous d'un certain roi Fergus qui, par ses violences et ses exactions, avait soulevé l'indignation du clergé scotique et qui mérita d'être excommunié par les évêques de Lindisfarne, Finan et ses successeurs" .C'étaient d'ailleurs de fiers et rudes compagnons que ces évêques celtiques. Finan laissa chez les Anglo-Saxons la ré-

1. Cette herbe s'appelle en anglais Bent, et les côtes sablonneuses qu'elle recouvre, et qui s'étendent sur tout le littoral de la Northumbrie et de l'Ecosse méridionale, prennent le nom de Links.

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