Bede, VUa s. CalÂherli, c
« partout il avait trouvé les moines et les religieuses (c ou endormis d'un sommeil honteux, ou debout (( pour faire le mal. Ces cellules destinées à l'oraison (( ou à Fétude servent tantôt à des repas irréguliers, (( tantôt à des bavardages insipides, et à d'autres fri- (.( volités. Les vierges, consacrées à Dieu, emploient c( leur temps libre à tisser des vêtements d'une (.(. finesse excessive,soit pour s'en parer elles-mêm^s, (( conmie si elles étaient les fiancées des hommes, (( soit pom" en faire don aux étrangers. C'est pource quoi la vengeance céleste enverra l'incendie pour (( consumer ce lieu et châtier ainsi ses habitants. » On voit que ces scandales n'étaient point d'une gravité comparable à ce qui s'est vu ailleurs et plus tard. Mais alors, au milieu de la ferveur générale des nouveaux chrétiens d'Angleterre, ils semblaient mériter le feu du ciel. Ebba, ainsi avertie, fit ce qu'elle put pour y mettre ordre. Aussi l'incendie qui dévasta une première fois sa grande communauté n'éclata qu'après sa mort*.
1. BkdEjIV, 25. — L'honnête Bede, toujours si aUentif à constater l'origine de ces récits, a soin de nous dire qu'il tenait tous ces détails d'un prêtre de Coldingham, qui, après l'incendie, était venu se réfugier dans le monastère de Yarrow, où écrivait l'auteur de VHistoire ecclésiastique des Anglais. — Hâtons-nous d'ajouter que la régularité claustrale se rétablit promptementdans la fondation d'Ebba, et qu'au siècle suivant, lors de l'invasion des Danois en 870, les religieuses pour échapper aux violences de ces barbares se coupèrent le nez et les lèvres, achetant ainsi la gloire du martyre en sauvant leur honneur.
On a dû donner ce trait avec quelque détail, parce que c'est le seul symptôme de décadence qui nous soit signalé à l'époque où nous sommes. Sauf cette seule exception, aucun nuage, dont l'histoire ait gardé le souvenir, ne vient ternir la renommée du clergé régulier de la Northumbrie. Il n'y a qu'une voix pour constater Fadmiration qu'excitait la capitale monastique de Lindisfarne, par la régularité, la ferveur, la prodigieuse austérité de ses nombreux habitants. On s'émerveillait surtout de leurs jeûnes, dont la tradition et rol)ligation leur venaient d'Irlande : jeûnes bien autrement méritoires, dans ce climat rude et humide, que les abstinences des Pères du désert, sous le soleil brûlant de l'Orient; jeûnes qui contrastaient étrangement avec la voracité habituelle des Anglo-Saxons, dont les fils commençaient à peupler Lindisfarne et ses succursales. En Irlande les cénobites et surtout les anachorètes ne vivaient souvent que de pain et d'eau* . Deux siècles plus tard, un moine allemand racontait à ses compatriotes émerveillés que Fusage des moines scotiques, qui habitaient l'Irlande, était déjeuner toute l'année, excepté les dimanches et fêtes, et de ne jamais manger avant nonc ou vèpres^ L'évêque Aïdan avait fait accepter par toutes les communautés d'hommes et de femmes de