‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 60 sur 201 · Bede, III · texte numérisé non relu

Bede, III

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qui s'étaient écoulés depuis la catastrophe cl'Oswald et l'avènement d'Oswy, il avait périodiquement soumis la Northumbrie à d'effroyables dévastations. En vain Oswy poussé à bout lui offrit-il, pour rançon de ses provinces désolées et désespérées, tous ses trésors et tous les bijoux et ornements dont il pouvait disposer. L'arrogant et féroce octogénaire refusa tout , voulant , disait-il , exterminer toute la race northumbrienne, depuis le premier jusqu'au dernier. « Or « donc, )) dit Oswy, (c puisque ce païen dédaigne (( nos dons, offrons-les à celui qui saura les ac- (( cepter, au Seigneur notre Dieu. » Il fit alors le vœu de consacrer à Dieu une fille qui venait de lui naître , et en même temps de donner douze domaines pour y fonder autant de monastères. Après quoi il marcha, à la tète d'une petite armée, contre Penda, dont les troupes étaient, selon la tradition northumbrienne, trente fois plus nombreuses. Outre ses Merciens, Penda menait au combat une foule d'auxihaires , sous les ordres de trente chefs qui portaient le titre de roi; d'abord les implacables Bretons, ses constants alliés contre les Angles du Nord, puis un corps d' Est- Anghens, et enfin, par une inexcusable trahison contre son pays et son oncle, le propre neveu d'Oswy, le fils de son frère, tué par

1. Si paganus nescit accipere nostia donaria, offeramiis ei qui no-, vit, pomino nostro Deo. Bede, IH, 2i.

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Pcnda, cet Ethelwald à qui il avait dû laisser une partie de la Deïra.

Malgré cette énorme disproportion de forces, la bataille qui se livra sur les bords d'une rivière, près de la ville actuelle de Leeds, fut perdue par Penda (15 novembre 655). Le traître Ethelwald se mit en sûreté dès que la lutte fut engagée : mais les autres alliés, Bretons et Est-Angiiens, furent exterminés. Les vaincus avant trouvé dans leur déroute la rivière débordée, il y eut encore plus de noyés que de tués. Penda se fit vaillamment tuer dans la mêlée. Ainsi périt, à quatre-vingts ans, après en avoir régné trente, le vainqueur et le meurtrier de cinq rois anglo-saxons % le dernier et infatigable champion du paganisme parmi les Anglo-Saxons, l'allié et l'instrument trop eflicace de la vengeance des vieux chrétiens bretons contre leurs envahisseurs convertis^.

Cette journée décida du sort de l'Angleterre ; elle n'assura pas seulement l'émancipation et la prépondérance temporaire de la Northumbrie; elle mit surtout un terme à la lutte que soutenaient depuis deux siècles les Bretons contre les Anglo-Saxons. A

1. Deux rois de Northumbrie, Edwin et Oswald, et trois d'Est- Anglie^ Sigebert, Egeric et Anna.

2. Bede, 1. c. Cf. L\ BoRnERiE, op. cit. p. 223, 225. — La plaine où se livra la bataille s'appelle aujourd'hui Winn Moor, et la rivière a pris le nom de Broad Are.

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partir de là il y eut encore des résistances partielles, des conflits locaux : mais il n'y eut aucune tentative d'ensemble, avec chance de succès, contre l'œu^Tc de l'invasion. Tous les petits royaumes bretons qui occupaient les territoires actuels des comtés de Gliester, Lancaster, AYestmoreland, sur les bords de la mer d'Irlande , furent balayés définitivement et pour toujours occupés par les Saxons de Northumbrie. ^

En outre elle consacra le triomplie politique et militaire de la nouvelle religion, au sein même de rHeptarchie, sm^ le paganisme extérieur et officiel qui était la tradition religieuse de la nation.

Mais ce triomphe était loin de suffire aux desseins de Dieu et à la résurrection des âmes. Il y avait un paganisme intérieur et bien autrement difficile à vaincre, le paganisme des mœurs sauvages et des passions indomptées d'une race conquérante. La vaillante épée des Northumbriens pouvait bien avoir raison des oppresseurs et des ravageurs; mais il fallait la parole et surtout la vertu des moines pour propager, pour consolider, pour enraciner

1. La Borderie, op. cit., p. 227. — La Cumbrie seule leur resta : cette terre des Kymris ouCumbriens, appelée aujourd'hui Cumberland, forma un petit royaume qui récupéra son indépendance après la mort des fils d'Oswy et la garda jusqu'au dixième siècle, comme l'autre petit royaume breton de Strath-Clyde, entre IcSolwayetle mur de Sévère.

la foi dans le cœur et dans la vie du peuple victorieux.

Osw^y tint fidèlement parole à Dieu et au peuple chrétien. 11 constitua d'abord en propriété monastique les douze domaines , six dans le nord et six dans le midi de son double royaume, qu'il destinait à doter des religieux, qui substitueraient aux services de guerre, dont ces domaines étaient le prix, une prière incessante pour la paix éternelle^ . Il prit ensuite sa fille Elfleda, qui n'avait pas encore un an, et la consacra à Dieu parle vœu de perpétuelle virginité. Sa mère, la fille du premier roi chrétien de Northumbrie, Edwin, avait été aussi donnée à Dieu, dès sa naissance, mais seulement par le baptême, et comme gage de la reconnaissance d'un père encore païen pour la protection du Dieu des chrétiens. La fille d'Oswy devait être le prix d'un bienfait plus grand encore, de la victoire définitive de sârace et de la foi chrétienne dans son pays ; aussi lui imposaiton un sacrifice qui rappelle celui de la fille de Jephté. On verra que, loin de s'y dérober, elle sut pendant une longue vie se montrer toujours digne de son époux céleste. Le roi l'enleva aux caresses de sa mère, pour la confier non pas, comme on l'aurait cru, à sa sœur, Fabbesse Ebba de Coldingham, mais à Hilda, à cette princesse de la dynas-

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