‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint Bernard (volume 5)Chapitre 66 sur 201 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Commencements de Wilfrid. — Assemblée

de Whitby.

Naissance et premières années de Wilfrid. — Note sur son biographe Eddi. — Protégé par la reine <ie Northumbrie, il entre à Lindisfarne, puis va à Rome où aucun Anglo-Saxon n'avait encore été. Il passe par Cantorbéry et s'arrête à Lyon, où il se sépare de son compagnon Benoît Biscop, et où rarciievèque veut lui donner sa nièce en mariage. — "Wilfrid à Rome. — En repassant par Lyon, il reçoit la tonsure romaine et y échappe malgré lui au martyre. — Revenu en Angleterre, il y devient l'ami intime d'Alchfrid, fils du roi Oswy. — Monastère nouveau fondé à Ripon d'où les moines dn rit celtique sont expulsés. — Popularité de Wilfrid. — Il est ordonné prêtre par un évêque français. — L'Irlande méridionale avait déjà ordonné le comput romain pour la célébration de la Pàque. — Lutte suscitée par Wilfrid sur cette question en Northumbrie et division de la famille royale. Le roi Oswy suit le rit celtique : sa femme et son fils suivent le rit romain. — Importance et nature du diflférend pascal ; Modération de l'Église romaine dans tout le cours de la dispute. Une rivalité d'influence se mêle à la dispute rituelle. — Assemblée de Whitby, convoquée par le roi pour terminer la controverse : composition de l'assemblée : les deux chambres : principaux personnages; du côté des Celtes, l'abbesse Hilda et ses deux communautés, les évêques de Lindisfarne et de Londres; du côté des Romains, le jeune roi Alchfrid, le vieux. diacre Jacques et Wilfrid. — L'autorité de Columba invoquée à tort. — Le roi se prononce pour la Pàque romaine et l'assemblée ra-

tifie sa décision. — L'évéque Colman proteste, abdique et s'en retourne à lona, emportant avec lui les ossements de son prédécesseur saint Aïdan, l'apôtre celtique de la Northumbrie,

Pendant que les évêques et les moines d'origine celtique établissaient graduellement leur autorité, en même temps que la foi chrétienne, dans la plupart des pays de l'Heptarchie, sous l'égide des rois northumbriens, sans aucune relation ostensible soit avec Rome, soit avec la colonie romaine et la métropole officielle de Gantorbéry, un jeune Anglo-Saxon, qui devait transformer TÉglise d'Angleterre, grandissait inconnu. Plus puissant que les missionnaires venus de Rome, il lui sera donné, après mainte épreuve et mainte défaite, de constituer l'autorité du Saint-Siège sur toute la chrétienté anglo-saxonne, de rétablir même à son propre préjudice, la suprématie de la métropole instituée par Grégoire, et de substituer partout la règle de saint Benoît aux observances et à Fascendant des fils de saint Golumba ' .

1. La vie de Wilfrid a été écrite par un de ses compagnons, le moine Eddi, surnommé Etienne, dont l'œuvre esf regardée comme le plus ancien monument de la littérature anglo-saxonne, après les œuvres de saint Adhelme. Le vénérable Bede n'a écrit que plus tard. 11 a évidemment connu le texte d'Eddi, qu'il a quelquefois reproduit, mais sans le citer, et en atténuant de son mieux tous les torts attribuée aux évêques et aux rois que AVilfrid eut à combattre. Cette vie si curieuse et si importante pour l'histoire ecclésiastique du septième siècle était demeurée inconnue àMabillon et aux Bollandistes, lorsqu'ils publièrent l'un, son volume des Acta de ce siècle en 1672, et les au-

Ce jeune homme se nommait Wilfrid, et apparte nait par le sang à la haute noblesse northumbrienne Il naquit en 634, au lendemain de la catastrophe du roi Edwin, de la fuite de l'évèque Pauhn et du désastre, en apparence irréparable, de la mission romaine dans le nord de l'Angleterre.

On raconte de lui, comme de tous les grands saints, notamment de saint Golumba et de saint Bernard, que sa naissance fut accompagnée d'un présage de sa gloire future. La maison où sa mère était en travail parut tout à coup enveloppée d'une flamme qui semblait monter jusqu'au ciel . Les voisins effrayés accouraient pour éteindre le feu quand ils rencon-

tres leur troisième tome d'Avril en 1675. Quelque temps après, Mabillon fut informé que le manuscrit d'Etldi se trouvait à la bibliothèque Cottonienne d'Oxford. Le savant anglais Gale lui en donna communication, et il le publia dans le supplément de son tome V. Gale le republia bientôt dans sa collection des Scriptorcs historix Britannix XV {0\om\ 1691) avec des chapitres nouveaux découverts dans un manuscrit de Salisbury. Ils furent reproduits par Mabillon dans le dernier volume de ses Acta Sanctorum Ordinis S. Benedicli avec un touchant et chaleureux hommage à ses correspondants anglicans : « Sic integrum exhibemus opus tamdiu desideratum omnibus litteratis, qui humanissimis et clarissimis viris Bernardoet Gaelo gratias mecum habebunt immortales. » Après cet auteur contemporain et Bede qui le suit de si près, la vie de Wilfrid a été écrite en vers latins grécisés par un bénédictin anglais du neuvième siècle, nommé Fridegod, dont le poème, ridicule par la forme, contient quelques détails nouveaux ; puis au douzième siècle par le célèbre Eadmer et par Guillaume de Malmesbury. Cf. Act. SS. 0. S. B., t. in,p. 150, et t. V, p. 632. La collection dite Lives of tlie English Saints, publiée par les Puseyites, en 1844, contient une Vie de saint Wilf7'id par le révérend M. Faber, mort oratorien en 1864.

d42 JEUNESSE ET PREMIÈRE YICTOIRE

trèrent les compagnes de Taccouchée qui leur dirent : (( Soyez tranquilles , il n'y a pas d'incendie , mais (( seulement cet enfant qui vient de naître. » Ce prodige dut appeler l'attention sur le nouveau-né, d'autant plus que son père comptait parmi les principaux nobles du pays, et que l'enfant, en grandissant, montra des dispositions singulièrement heureuses. Sa pieuse mère lui ayant été enlevée au berceau et son père s' étant remarié, il résolut , à peine âgé de treize ans, pour échapper aux molestations de sa hautaine et acrimonieuse belle-mère , de quitter la maison paternelle et de se donner à Dieu. Il lui fallait le consentement non seulement de son père, mais du chef de sa nation, du roi Oswy. A cet âge, un jeune noble anglo-saxon était déjà traité en homme ; aussi put-il demander et obtenir de son père une armure complète, avec des chevaux et des serviteurs en assez grand nombre pour se présenter à la cour du roi, suivi d\m cortège digne de son rang. Ainsi équipé , il alla trouver non le roi Oswy, mais la reine , sa femme (648) . Il trouva auprès d'elle les principaux nobles qu'il était accoutumé à voir et à servir chez son père, et qu'il avait déjà disposés en sa faveur par son intelligente modestie. Ils le présentèrent à la jeune reine, qui n'avait que sept ou huit ans de plus que lui, et dont il gagna le cœur autant par les grâces innocentes de son adolescence

que par la finesse et la perspicacité de son esprit * .

La reine n'était autre que cette Eanfleda, dont le baptême, on doit se le rappeler, avait donné le signal de la conversion de la Northumbrie", et qui avait été la première chrétienne de ce royaume. Elle avait eu pour père le roi martyr Edwin, et pour mère cette Ethelburge, fille du royal néophyte d'Augustin, qui avait enseveli son veuvage dans le monastère de Lyminge où elle vivait encore. Eanfleda elle-même devait finir ses jours dans le cloître , sous la crosse de la fille qu'elle allait vouer à Dieu pour obtenir la défaite du tyran Penda. Ces antécédents et ces dispositions de la reine des Northumbriens devaient naturellement la prévenir en faveur du vœu que venait lui exprimer le jeune seigneur. Elle lui accorda ou lui fit obtenir de son mari l'autorisation de renoncer au service militaire et public pour entrer dans la vie religieuse, où elle lui promit de veiller sur lui. Elle le confia tout d'abord, à un des compagnons du roi, qui lui était particulièrement cher, et qui voulait lui-même achever sa vie dans le cloître. Ce vieux guerrier conduisit

1 . De inclytagentis Anglorum prosapia... nobilitate natus. Eadmer Vlta, n° 4. — Privigna [noverca, Fridegobus) enim molesta et immitis... Erat decoius adspectu et acutissimi ingenii... Eddius, c. I, 2, — Bede, V, 19.

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