Bedii:, III
2. Longe lateque omnia pervagatus. C'est un éloge qui se retrouve sans cesse sous la plume de Bede.
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s'arrêtant à diverses stations indiquées d'avance pour y administrer les sacrements, comme cela se pratique encore dans les pays de missions et dans certains districts de l'Irlande ^ . Mais des églises régulièrement desservies par des religieux ou des prêtres séculiers ne tardèrent pas à être construites sur les domaines de plus en plus étendus des grandes abbayes et des cathédrales monastiques. Les rois et les seigneurs obtenaient des évêques ou des abbés le droit de choisir dans les monastères ou dans le clergé des cathédrales quelques prêtres qui pussent, pour les besoins de leur âme, les accompagner dans leurs expéditions ou séjourner auprès d'eux dans leurs résidences rnrales. Tfiéodore se prévalut de cet usage pour jeter les premières fondations d'un système paroissial, en persuadant aux princes et aux grands propriétaires de construire des églises sur leur domaine et d'y attacher des prêtres à demeure, avec une dotation en terre ou en redevances fixes, moyennant quoi ils auraient le droit de choisir les prêtres. C'est de ce droit qu'est sorti le patronage seigneurial tel qu'il subsiste encore aujourd'hui en Angleterre avec l'impôt spécial et non encore aboli, dit Church-Rate , prélevé sur tous les propriétaires d'une paroisse pour l'entretien de l'église, tant il
t. Voir plus haut, pages 25 à 29, les premières missions en Nor- Ihumbrie.
est vrai que tout porte l'empreinte de la solidité et de la permanence dans ce pays, constitué, il y a douze siècles, par cette alliance de l'Eglise avec la race anglo-saxonne, dont les moines italiens et grecs, tel qu'Augustin et Théodore, furent les plénipotentiaires* . Presque tous les noms des comtés actuels remontent à cette époque ; tous les diocèses de ce temps-là existent encore : tout y a si bien duré qu'une carte de ce pays au dixième siècle peut encore servir aujourd'hui, tandis qu'il ne reste aucune trace des anciennes divisions territoriales de la France et des pays voisins.
Après avoir ainsi entamé la fondation des paroisses, Théodore voulait procéder à une nouvelle circonscription épiscopale. Jusqu'alors, excepté dans le Kent, chaque royaume de l'Heptarchie avait formé un diocèse ; chaque roi voulait avoir son évèque et n'en voulait qu'un. La Northumbrie, longtemps divisée en deux royaumes, n'avait jamais formé qu'un diocèse, dont le chef-lieu était tantôt dans l'ancienne métropole romaine d'York, tantôt dans l'île sacrée de Lindisfarne : et ce diocèse, même après un
1 . Thomas DE Elmham. Hist. monast. S. Aiujuslini, p. 289. Hook, 1. 1, p. 159. Cf. Lappenberg, p. 190; Kemble, c. 9; et surtout Lingard, Antiquities of the Anglo-Saxon Church , 1. 1, p. 156 à 197. — Les prêtres séculiers placés dans ces paroisses prirent plus lard le nom de 3îass-Priests, prêtres de messe.
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morcellement partiel, demeura toujours si vaste que, dans le siècle suivant, le vénérable Bede signalait une foule de districts qui n^ étaient jamais visités par leur évêque. L'extrême inégalité qu'un regard jeté sur la carte fait remarquer dans l'étendue et la population des royaumes saxons avait donc amené une différence non moins grande entre les diocèses : ceux du Nord et ceux du Centre étaient beaucoup trop vastes pour être administrés par un seul homme. Mais Théodore rencontra ici la résistance qui s'est presque toujours produite en pareil cas. Ayant convoqué, dans la quatrième année de son pontificat, un concile à Hertford (24 septembre 673), le premier qui ait été tenu dans l'Église anglo-saxonne , il se vit obligé d'ajourner sa proposition, ainsi qu'il l'a raconté dans le procès-verbal des délibérations de cette assemblée dictée par lui-même à son notaire^ . Toutefois il se réservait le moyen de revenir à la charge en faisant décréter que le concile national se réunirait, une fois par an, dans un lieu appelé Gloveshoe, en plein air selon l'usage des assemblées saxonnes. Il fut d'ailleurs plus heureux quant aux deux canons qu'il proposa sur les monastères et
1. Bede, IV, 5. — Ce notaire Titillo, dont la présence est constatée par Théodore et Bede, nous semble répondre à l'objection élevée par Kemble contre l'authenticité de la donation d'Ethelbert à Augustin, par suite de la mention d'un référendaire dans cette pièce.
qui furent adoptés à runanimité par les évoques et les nombreux abbés attachés au rit romain qui composaient le concile ' . De ces canons , naturellement marqués au coin de Fesprit bénédictin, puisque la plupart des évêques du concile étaient fils de saint Benoît, le premier interdit aux évêques d'inquiéter en quoi que ce soit les monastères ou de les dépouiller de leurs biens : le second interdit aux moines de passer d'un monastère à Fautre sans le congé de leur abbé. C'était consacrer ce vœu de stabilité qui, souvent inobservé, n'en distinguait pas moins essentiellement la famille de saint Benoît des grandes communautés monastiques d'Orient ou des pays celtiques^.
Ces monastères , ainsi placés sous la sauvegarde la plus imposante par un moine grec devenu métropolitain d'Angleterre, lui durent encore, ainsi qu'à son collaborateur l'Africain Adrien, un développement intellectuel et littéraire aussi digne de l'admiration que de la reconnaissance de la postérité. Tous les deux étaient épris et imbus non seu-
1. Bede, IV^ 5. — Sur les huit évêques que l'on comptait alors en Angleterre, cinq assistèrent en personne au concile, et Wilfrid s'y fit représenter par ses envoyés.
2. Bede, IV, 5. — D'ailleurs Théodore n'entendait nullement permettre aux monastères d'absorber toute la vie religieuse au détriment du clergé séculier, ainsi que le prouve cet article du pénitentiel : « Nec libertas monasterii est pœnitentiam sa;cularibus judicare, quia proprie clericorum est. » Thorpe, p. 307.
lement de la science ecclésiastique mais encore des lettres humaines, double courant intellectuel dont le moyen âge n'a cessé de donner l'exemple. Théodore avait apporté avec lui un Homère qu'il lisait sans cesse et qui fut longtemps conservé et admiré par sa postérité ecclésiastique'. Ils réunissaient autour d'eux, dans les monastères, où ils séjournaient et qu'ils visitaient, une foule de jeunes et ardents disciples qu'ils abreuvaient tous les jours des flots de la science. En leur expliquant l'Écriture sainte avec un soin particulier, ils leur enseignaient en outre l'astronomie et l'arithmétique ecclésiastiques , c'est-à-dire celles qui servaient à établir le comput pascal, puis l'art de composer des vers latins. Mais ce fut surtout • l'étude des deux langues classiques qui fleurit par leurs soins : elle devint si générale que soixante ans plus tard on voyait encore des religieux formés à leur école qui parlaient le grec et le latin aussi facilement que l'anglo-saxon. Enfin la musique et le chant, qui jusqu'alors n'avaient été cultivés que dans les monastères de Gantorbéry et par le diacre Jacques à York, se répandirent dans toute l'Angleterre^ Des monastères ainsi transformés en écoles