Bede, IV
2. HooK, 1, 152. Je n'ai pu retrouver cette prescription dans les actes de Théodore, mais elle est plusieurs fois répétée dans les Mo7iumenia ecc/esm5^^ca du siècle suivant. Voir Thorpe, passim.
cœur du peuple, en lui prêchant la vérité évangélique avec la sollicitude intelligente et pratique qui fait les vrais apôtres.
Les monmnents authentiques de leur zèle sont tous restés dans l'imposante collection de dispositions morales et pénales, connue sous le nom de Liber Pœnitentialis de l'aixlievèque Théodore^ , et qui a servi de modèle à tant d'autres recueils analogues. On y voit que si de grands excès et de honteux désordres se manifestaient déjà dans les nouvelles chrétientés d'Angleterre, ils rencontraient pour frein toutes les ressources de la paternité spirituelle et de la vigilance sacerdotale. On est surpris de retrouver chez ces populations de race germanique les traces d'une corruption raffinée entremêlées aux brutales convoitises de la vie barbare ; mais on admire l'art et l'autorité qui infligent à chaque péché, même confessé et pardonné , une pénalité publique ou occulte, selon les circonstances du délit. Ces pénitences sont d'une sévérité en général excessive , motivée, ce semble, par la rudesse des mœurs barbares, sur lesquelles il fallait d'abord agir par voie d'intimidation. On comprend qu'il y ait été promptement dérogé, dans l'usage, par des équivalents
1. La version la plus complète se trouve dans la grande collection de Thorpe, Âncient laivs and insiitutes of Etigland. Cf. Hook, op. cit., t. I, p. 169, 172.
en aumônes et autres bonnes œuvres. D'ailleurs, dans cette législation édictée par un prélat Grec de naissance et envoyé de Rome, on ne voit aucune trace du droit romain ou byzantin ; on y retrouve au contraire tout le système pénal des lois germaniques, fondé sur le principe qui exigeait un châtiment pour tout délit ou une compensation pour tout châtiment' . Et comme il est toujours doux de retrouver une âme aimante et tendre chez les maîtres et les docteurs des peuples, on est heureux de lire à la fin d'un des plus anciens manuscrits de ce code redoutable , quelques petits vers où l'archevêque recommande son oeuvre et son âme à un prélat de ses amis, en lui disant : « Je t'en supplie, noble et pieux évêque, verse aux pieds de Dieu l'abondaiice de tes prières pour Théodore, le pamTC étranger que tu
aimes'. »
1. Voir, sur la fondation d'un monastère dû à l'application du principe de la compensation, de curieux détails dans Elmham, p. 206.
2, Te nam, sascte spécula tor, Verbi Dei digne dator, Pontificura ditum décor, Hœddi, pie presul, precor, Pro me tuo peregrino Preces funde Theodoro.
H s'agit ici de Helda, évêque des Saxons de l'Ouest à Winchester en G76, fort loué par Bedfe, V, 18. — ^11 faut donc distinguer le chantre Hedd ou Eddi , biographe de Wilfrid, l'évêque Hedda, son
Dans le cours de cette tournée apostolique, Théodore visita naturellement Lindisfarne, comme les chefs-lieux de tous les autres diocèses : cette métropole de la résistance celtique dut reconnaître Fautorité du métropolitain romain, qui lui imprima le sceau de la subordination et de l'unité en dédiant, sous le nom et en l'honneur de saint Pierre, la cathédrale monastique des évoques ceUiques dont Tévêque Aïdan avait commencé la construction à la mode scotique et toute en bois quelques années auparavant^ .
C'est à ces visites pastorales de l'archevêque Théodore que l'on s'accorde à faire remonter le commencement de l'organisation des paroisses, surtout dans le midi de l'Angleterre. Jusqu'alors les monastères avaient été à peu près les seuls foyers permanents du culte et de l'enseignement religieux. Des évêques sortaient de leurs monastères pour aller prêcher ou baptiser au loin : ils étaient toujours par voies et par chemins- : les rehgieux, surtout ceux des monastères celtiques, parcouraient le pays en
contemporain et son collègue à Wincluster, l'évèque Ceadda, qui le supplanta à York, levêque Cedd, frère de Ceadda : il faut surtout plaindre le narrateur condamné à se frayer un chemin à travers cette forêt de noms obscurs, si faciles à confondre et qui ont encore subi des altérations infinies sous la plume des annalistes plus récents.