‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 1 sur 274 · CHAPITRE PREMIER Vie de saint Benoît · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Vie de saint Benoît

État de l'Europe à la lin du v« siècie : avilie par lEmpire, divisée par l'hérésie et ravagée par les invasions des Barbares. — Saint Benoît naît en 480 et vase caciier à Subiaco, berceau de la grande vie monastique. — Ses épreuves. — Ses miracles. — Son départ pour le Mont-Cassin : il y fonde le principal sanctuaire de l'Ordre monastique. — Note sur la description et l'histoire du Mont-Cassin. — Séjour au Cassin. — Relations avec la noblesse. — Sollicitude pour le peuple. — Induence sur les Goths. — Histoire de Galla. — Entrevue avec Totila. — Les Lombards. — Sainte Scholastique. — Mort de Benoît.

Saint Benoît naquit en Fan de N.-S. 480. L'Europe n'a peut-être jamais connu d'époque plus calamiteuse, et en apparence plus désespérée, que celle dont cette date fixe l'apogée.

La confusion, la corruption, le désespoir et la mort étaient partout. La dissolution sociale semblait complète. On eut dit le pouvoir, les mœurs, les lois, les sciences, les arts, la religion elle-même, condamnés à une irrémédiable ruine. Les germes d'une prochaine et splendide renaissance se cachaient encore à tous les veux sous les décombres

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d'un monde qui s'écroulait. L'Eglise était plus que jamais empestée par l'hérésie, par les schismes, par les divisions que cherchaient en vain à réprimer les obscm^s successeurs de saint Léon le Grand sur le siège apostolique. Il n'y avait pas dans tout Fancien monde romain un prince qui ne fût ou païen, ou arien, ou euty chien. L'institut monastique, après avoir donné à l'Eglise tant de docteurs et de saints, glissait en Orient sur la pente qu'il ne devait plus remonter; en Occident même, comme on vient de le voir, quelques signes d'une décadence précoce apparaissaient déjà. Ainsi que le reste du clergé, les moines donnaient trop souvent l'exemple du désordre et du scandale.

Dans l'ordre temporel, l'édifice politique créé par Auguste, ce monstrueux assemblage de deux cents millions de cré2rtures humaines, « dont pas une seule n'avait le droit de se dire libre, » achevait de tomber en poussière sous les coups des Barbares.

En Occident, le dernier fantôme impérial venait de disparaître. Odoacre, le chef des Hernies, avait arraché en 476, à Augustule, la pourpre des Césars et dédaignait de s'en revêtir. Il avait achevé de combler le cloaque qui s'appelait l'Empire romain, et où se consumaient depuis cinq siècles la gloire et la force de l'antique Rome , avec le sang e^t la substance du monde qu'elle avait conquis. Mais

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l'Italie, délivrée de cette fiction oppressive, restait en proie aux flots successifs des Barbares. Déjà ravagée par Alaric et Attila , elle n'avait pas encore respiré sous Fabri momentané du génie de Théodoric.

En Orient, deux tyrans théologiens se disputaient le trône déshonoré de Gonstantinople : l'un, Basilisque, avait trouvé cinq cents évêques pour souscrire à Tanathème lancé par hii contre le pape et le concile orthodoxe de Chalcédoine ; l'autre, Zenon, formulait l'hérésie dans ses édits * , et fatiguait de ses spoliations et de ses débauches les peuples qu'il n'essayait même pas de défendre contre les Barbares. Ainsi s'ouvrait une période de misérables et sanguinaires disputes, qui ne devait cesser pour un temps qu'au bout de trente-quatre ans, à l'avènement du prédécesseur de Justinien'.

Dans le reste de l'Europe, les Barbares fondaient des États, des royautés, dont quelques-unes ne devaient pas être sans éclat, mais dont aucune n'appartenait encore à la foi catholique.

La Germanie était toute païenne, ainsi que la Grande-Bretagne, où la foi naissante venait d'être étouffée parles Angles et les Saxons. La Gaule était

1. L'IIénotique, ou édit d'union, publié en 482, repoussait le concile de Chalcédoine où avait été condamnée l'hérésie d'Eutychès, qui confondait en une seule nature la divinité et l'humanité de Notre- Scigneur.

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