Epist., XIV
conformé toutes ses actions à sa doctrine, le consul de Dieu est allé jouir du triomphe éternel * . »
Il eut, comme tant d'autres grands cœurs, à lutter contre l'ingratitude, non seulement pendant sa vie, maïs même après sa mort. S'il faut en croire le récit de son biographe, Rome ayant été ravagée par une grande disette sous son successeur Sal)inien, celui-ci fit interrompre les secours que le pape défunt accordait aux indigents, affirmant qu'il ne restait plus rien dans le trésor de l'Église. Les ennemis de Grégoire excitèrent alors le peuple contre ce grand mort, qu'ils qualifiaient de prodigue et de dissipateur du patrimoine romain ; et ce peuple ingrat qu'il avait tant aimé et soulagé, se mit à brûler ses écrits, comme pour anéantir ou déshonorer sa mémoire. Mais l'un de ces moines qui l'avaient suivi du monastère au palais pontifical, le diacre Pierre, son ami, intervint. Il représenta aux incendiaires que ces écrits étaient déjà répandus dans le monde entier, et que c'était d'ailleurs un sacrilège que de brûler les écrits d'un saint docteur, sur lequel il jura qu'il avait vu lui-même le Saint-Esprit planer sous la forme d'une co-
ImplebaUjue actu quidquid sermone docebat... Hisque, Dei consul factus, la'laïc tiiumphis. Nain mercedem opcrum jam sine fine tenes.
lombe'. Et, comme pour confirmer son serment, après avoir terminé son discours, il rendit le dernier soupir, en vaillant témoin de la vérité et de l'amitié".
La postérité a suffisamment vengé Grégoire de cette injure. Elle a reconnu en lui un de ces hommes dont le nom sert comme de phare dans la nuit du passé. Elle a vu en lui la plus haute personnification de cette papauté qui ne négligeait rien pour sauver l'Orient, et qui viAdfîait l'Occident en le délivrant du joug byzantin. Elle a répété le jugement de saint Jldefonse, qui fut presque son contemporain, et qui déclarait que Grégoire avait vaincu Antoine par la sainteté , Gyprien par l'éloquence , Augustin par la science 3.
Bossuet a résumé sa vie avec cette concision qui dit tout et n'appartient qu'à lui : « Ce grand pape... fléchit les Lombards; sauve Rome et l'Italie, que les empereurs ne pouvaient aider; réprime l'orgueil naissant des patriarches de Gonstantinople; éclaire toute l'Église par sa doctrine; gouverne FOrient et l'Occident avec autant de vigueur que d'humilité, et donne au monde
1. Delà l'usage, dans l'art du moyen âge, de représenter toujours saint Grégoire avec une colombe qui lui parle à l'oreille.