s. Gregor., c
semble convenir naturellement au sol destiné à être le berceau des hommes les plus laborieux que le monde ait connus. Il s'arrête (5^9) dans un site tout différent de celui de Subiaco, mais d'une grandeur et d'une majesté incomparables. Là, sur les confins du Samnium et de la Gampanie, au centre d'un large bassin à demi entouré d'abruptes et pittoresques hauteurs, se dresse un mont isolé, escarpé, dont la cime vaste et arrondie domine à la fois le cours du Liris encore voisin de sa source, la plaine ondulée qui s'étend au midi vers les plages de la Méditerranée et les vallées étroites qui s'enfoncent au nord, à Test et au couchant, dans les plis de l'horizon montagneux : c'est le Mont-Cassin. Au pii?d de ce roc, Benoît rencontrait un amphithéâtre du temps des Césars, au milieu des ruines de la ville de Gasinum qu'avait illustrée le plus savant, le plus pieux des Romains, Varron, ce bénédictin païen, dont les fils de Benoît se plm^ent longtemps à honorer la mémoire et la science \ Du sommet.
1. Varro...sanctissimusetintegerrimus. Cicero, Phil., ii. — Casînensis arcis sublimitas tanto olim culmine viguit, ut Romani celsitudo imperii philosophicis studiis illam in œvum dicaret. Hanc M. T. Varro omnium Romanorum doctissimus incoluit. Petr. di\c. , De vir. illust. Casin.
Nymphisque habitata rura Casini.
SiL. Italic, 1. 12.
Cette ville, restaurée par les moines, porte aujourd'hui le nom de
SOS yeux pouvaient se porter tour à tour vers ArpiiHim, où naquit ]e prince des orateurs romains, et sur Aquinum, déjà célèbre pour avoir donné le jour à Juvénal, avant d'être la patrie du Docteur angélique, qui devait populariser chez tous les chrétiens le nom de cette bourgade.
Ce fut au centre de ces nobles souvenirs, de cette nature solennelle, et sur cette cime prédestinée, que le patriarche des moines d'Occident fonda la capitale de rOrdre monastique. Il y trouva le paganisme encore vivant. Deux cents ans après Constantin, en pleine chrétienté, si près de Rome, il y avait là un très ancien temple d'Apollon et un bois sacré où une multitude de paysans venaient sacrifier aux dieux et aux démons ^ . Benoît prêcha la foi du Christ à ces populations oubliées; il leur persuada d'abattre le bois,' de renverser le temple et l'idole. Écoutons Dante, qui a traduit à sa façon le récit de saint Grégoire, dans ce magnifique chant
San Germaiio,en l'honneur d'un saint évèque deCapoue, contemporain de Benoît. Entre la ville et le monastère, sur un mamelon détaché de la montagne, on voit encore ce vaste château de Rocca Janula, construit au moyen âge, inhabité, mais non ruiné, avec ses tours et ses remparts crénelés, que deux longues murailles relient à l'enceinte de SanGermano. Rien de plus complet et de plus frappant que l'ensemble de la sainte montagne. Au pied, la ville moderne avec son amphithéâtre romain ; à mi-côte, la forteresse féodale; au sommet, le monastère immortel, toujours imposant et majestueux, malgré les altérations qu'a subies son architecture. 1. S. Gkegor., c. 8.
(lu Paradis, où les enseignements de Béatrice sont iiiterrom|3us et complétés par l'apparition du patriarche des moines d'Occident :
Quel monte, a cui Cassino e nella cosla, Fil frequentalo già in su la cima Dalla génie ingannala e mal disposta;
Ed io son quel che su vi portai prima Lo nome di Celui che in terra adusse La verità, che tanto ci sublima :
E tanta grazia sovra me rilusse, Ch'io ritrassi le ville circonstanli Dair empio colto che '1 mondo sedusse.
Sur ces débris, Benoît construisit deux oratoires, Fun consacré à saint Jean-Baptiste, le premier des solitaires de la vie nouvelle, l'autre à saint Martin, ce grand moine-évêque, dont les vertus ascétiques et pontificales avaient édifié la Gaule et retenti jusqu'en Italie. Autour de ces chapelles s'éleva le monastère qui allait devenir le plus puissant et le plus célèbre de Funivers catholique, célèbre surtout parce que ce fut là que Benoît écrivit sa règle et créa en même temps le type qui devait servir de modèle aux innombrables communautés soumises à ce code souverain. C'est pourquoi les pontifes, les princes et les peuples ont vanté, doté, visité à Fenvi le sanctuaire d'où la religion monastique, selon Fexpression du pape Urbain II, « a découlé
(lu cœur de Benoît comme de la source du Paradis', » et qu'un autre pape'", sorti du Mont - Cassin pour monter sur le siège apostolique, n'a pas craint de comparer au Sinaï, dans ces vers d'nne lière et rude simplicité qu'il grava sur Fautel du saint patriarche :
Heecdoinus est similis Sinaï sacra jura ferenli, Ut lex demonstrat hic quae fuit édita quondam. Lexhinc exivit, mentes quae ducit ab imis, Et vulgata dédit lumen per climata Scccli''.
Benoit acheva sa vie au Mont-Cassin , où il séjourna pendant quatorze années (529-5 43), occupé d'abord
1. Ipse omnium monachorum patcr, et Casinense monasterium caput omnium perpétue liabeatur et merito,nam ex eodemlocode Benedicti pectore monastici ordinis religio quasi de Paradis! fonte ema-
-iiavit. Bulla Urbani, ad cale. Chron. Casinen.
2. Didier, abbé du Mont-Cassin, successeur de saint Grégoire VII sous le nom de Victor III.