Concil. m Tolct., can. 0, ap. Coij:tt., t. VU
Malheureusement les efforts de ces assemblées pour contenir les excès des princes et de leurs ministres, comme ceux des grands et du clergé, manquaient de garantie et de sanction durable. Les Goths d'Espagne, se laissant trop rapidement dominer par l'esprit et les mœurs des populations romaines, perdirent peu à peu la tradition des institutions et des libertés germaniques. Déshabitués de ces assemblées d'hommes libres et de cette pratique des vertus militaires que Ton voit toujours persévérer chez les Francs, ils ne surent pas créer les contre-poids nécessaires aux violences des rois, qui finirent par jeter la monarchie des Visigoths en proie à l'épée des Arabes.
En outre, dans leurs prescriptions sans cesse ]*enouvelées et toujours également impuissantes contre les juifs, que l'on forçait à se laisser baptiser, et que l'on s'acharnait à poursuivre jusque dans leurs coutumes domestiques et intimes, nous retrouvons ce caractère implacable de la religion espagnole, qui déjà révoltait deux siècles auparavant la grande ame de saint Martin contre les évêques persécuteurs des priscillianistes ^ , et qui a presque toujours manqué son but en le dépassant, ainsi que le démontre le rôle, plus important que partout ailleurs, joué par les juifs, et même par les juives, dans
l.Voir plus haut, tome I, livreiii, page 235.
l'histoire du moyen âge espagnol. Par une lamentable inconséquence, ces mesures impitoyables avaient été précédées par l'exemple des seules voies de persuasion qu'employa le roi Récarède contre les ))rètres ariens * , par le blâme formel de saint Isidore^ contre le fanatisme néophyte des rois visigoths, et |)ar ce texte du concile de 633, qui respire l'intelligente tolérance du christianisme vainqueur : « Ne peuvent être sauvés que ceux qui le veulent bien. De même que l'homme a péri en écoutant le serpent par l'effet de sa propre volonté, ainsi, sur l'appel de la grâce divine, l'honmie ne se sauve et ne croit que par la conversion volontaire de sa |)ropre âme. Ce n'est donc pas par la force, mais par le libre arbitre, qu'il faut leur persuader de se convertir ^ » .
On sait, d'ailleurs, que la plupart des décrets rendus parles conciles de Tolède dans Tordre politique ont passé dans le code célèbre cjui, sous le nom (le Liber ou Fonim judicum (en langue castillane Fuero Juezgo), est le principal fondement de la