Greg. Turon., 1. VII, c
MOINES d'occ, II. 16
l'intérieui^ assurer l'imité catholique en chassant sans persécution ouverte Thétérodoxie, c'était rendre à la chrétienté naissante deux services souverains. Au midi de la Loire, les populations catholiques, qui ne savaient que trop comment les Barbares ariens avaient poursuivi le clergé orthodoxe en Afrique et en Espagne, soupiraient avec passion après la domination des Francs* . C'est pom^quoi saint Rémy disait aux détracteurs de Glovis : « Il faut pardonner (( beaucoup à qui s'est fait le propagateur de la foi « et le sauveur des provinces. » C'est encore ce qui explique, sans les justifier, ces formules adulatrices que prodiguent la plupart des auteurs ecclésiastiques à des princes dont la vie publique et privée était chargée de crimes atroces. A la différence des empereurs bysantins, qui faisaient à tout propos intervenir l'autorité de l'État dans les choses spirituelles, et qui se croyaient meilleurs théologiens que les évêques, ils se mêlaient peu de théologie, et sauf les cas trop nombreux où ils attentaient à la liberté des élections épiscopales au profit de leurs domestiques ou de leurs favoris, ils laissaient à l'Église une pleine indépendance dans les matières de foi et de discipline. Ils se montraient aussi d'une grande mimificence envers les évêques et les moines : ils ne se contentèrent pas de restituer aux
1. Amore desiderabili. Greg. Tlro\.j Hist. ceci., I. ii, c. 23.
églises tout ce qui leur avait été enlevé ; ils détachèrent encore des immenses possessions dont la conquête avait constitué leur domaine royal , en même temps que les lots de terre érigés en bénéfices pour leurs fidèles laïques, d'autres terrains très vastes, mais la plupart du temps incultes, déserts ou couverts de forêts inaccessibles, dont ils firent la dotation des principaux monastères érigés pendant la période mérovingienne' . Plus d'une fois ces grandes fermes ou villes , où les rois francs tenaient leur cour au centre d'une exploitation agricole, se transformèrent elles-mêmes en établissements religieux".
Et cependant c'étaient de pitoyables chrétiens. Tout en respectant la liberté de la foi catholique, tout en la professant extérieurement, ils violaient sans scrupule tous ses préceptes en même temps que les plus saintes lois de l'humanité. Après s'être prosternés devant le tombeau de quelque saint martyr ou confesseur, après s'être quelquefois signalés par un choix d'évêques irréprochable, après avoir écouté avec respect la voix d'uu pontife ou d'un religieux, on les voyait, tantôt par des accès de fu-
1. Le fisc royal est mentionné dans le premier diplôme autlienliquement connu de Clovis, en faveur de l'abbaye de Micy, près Orléans. Apud Breqijigny, no 6.