CHAPITRE II Arrivée des Bénédictins en Gaule
Saint Maur à Glanfeuil, en Anjou. — Propagation de la règle bénédictine. — Première rencontre de la royauté franque avec les fils de saint Benoît : Théodebert et saint Maur.
La renommée de Benoît et de son œuvre n'avait pas tardé à franchir les limites de l'Italie; elle avait surtout retenti en Gaule. Un an avant la mort du patriarche, on vit arriver au Mont-Gassin deux envoyés du prélat gallo-romain Innocent, évêque du Mans, qui, non content des quarante monastères qu'il avait vus naître pendant son pontificat dans le pays des Génomans, voulait encore enrichir son diocèse d'une colonie formée par les disciples du nouveau législateur des cénobites d'Italie. Benoît confia cette mission au plus cher et au plus fervent de ses disciples, à un jeune diacre nommé Maur, comme lui d'origine patricienne, qui s'était dignement préparé à ces labeurs lointains en renchérissant sur les austérités de la règle, et qui semblait
désigné à toute la communauté comme le successeur naturel du fondateur. Il lui donna quatre compagnons, dont l'un a écrit l'histoire de la mission \ et lui remit un exemplaire de la règle, écrit de sa main, avec le poids du pain et la mesure de vin que chaque religieux devait consommer en un jour, pour servir de types invariables de cette abstinence qui devait constituer Tune des forces principales du nouvel institut.
A la tête de cette poignée de missionnaires qui allaient jeter au loin une semence destinée à être si féconde, Maur descend du Mont-Gassin, traverse l'Italie et les Alpes, s'arrête un moment à Agaune, au sanctuaire que la royauté burgonde venait d'élever sm^ les reliques de la légion thébéenne", puis pénètre dans le Jura pour y visiter les colonies de Gondat et y faire sans doute connaître la règle de
1. La vie de saint Maur, par son compagnon Faustus, a subi de fâcheuses interpolations au ix^ siècle, selon les Acta Sanctonim Ordinis S. Benedicti de d'Achery et Mabillon. Le P. Papebroch (ap. BoLLAND., d. 16 et 22 Maii) la regarde comme complètement mensongère. Mais l'authenticité de sa mission et des principaux traits de sa biographie, contestée par Basnage et Baillet, a été victorieusement démontrée par Mabillon lui-même. [Prxf. in sxc. /, Act. SS. O. S. B.), et surtout par dom Ruinart dans l'Appendice du tome 1 des Anncdes bénédictines de Mabillon. — Cf. aussi la savante Histoire des évéques du Mans, par dom Piolin, bénédictin de Solesmes, 1851, t. I, p. 237, Ce dernier ouvrage renferme de très précieux détails sur la propagation de la vie claustrale dans le Maine pendant tout le vi^ siècle.