Voir plus haut, tome 1, p
son maître. Arrivé sur les bords de la Loire, et repoussé par le successeur de l'évêque qui l'avait appelé , il s'arrête en Anjou que gouvernait alors un vicomte nommé Florus, au nom et sous l'autorité du roi d'Austrasie, Théodebert, petit- fils de Glovis. Ce vicomte offrit au disciple de Benoît mi de ses domaines pour y établir sa colonie, plus un de ses fils pour en faire un religieux, et annonça l'intention de s'y consacrer lui-même à Dieu. Mam^ accepta, moyennant une donation en règle et devant témoins : « car », dit-il au seigneur franc, (( notre observance exige avant tout la paix et la c( sécurité*. Dans le domaine que baignaient les eaux delà Loire, il fonda le monastère de Glanfeuil, qui prit plus tard son propre nom-. Ce site, perdu aujourd'hui dans les vignobles de l'Anjou, mérite le regard reconnaissant de tout voyageur dont la pensée ne reste pas insensible aux bienfaits qui, de cette première colonie bénédictine, ont découlé sur la France entière.
1. Vit. S. Maurice. 42-43. — Il se pourrait que ce passage fût une des interpolations du xi* siècle, signalées par Mabillon; toutefois nous l'avons reproduit comme un des premiers exemples des formes employées pour les donations de cette nature, si nombreuses dès le vi^ siècle en Gaule.
2. Saint-Maur-sur-Loire. Les reliques de Maur y restèrent jusqu'au ix^ siècle; la crainte des Normands les fit alors transférer à Saint-Maur-les-Fossés, près Paris, autre monastère dont il sera souvent question.
Par une touchante et légitime réminiscence des anciennes gloires monastiques, Maur consacra Tune des quatre églises ou chapelles de sa nouvelle abbaye à saint Martin, qui avait créé non loin de là, et sur les bords du fleuve, le sanctuaire encore si célèbre de Marmoutier ^ , et un autre à saint Séverin, à ce moine romain qui sur les rives du Danube avait dompté la férocité des barbares tout en bénissant l'avenir d'Odoacre. Le fils chéri de saint Benoît passa quarante années à la tête de sa colonie française ; il y vit officier jusqu'à cent quarante religieux. Quand il mourut, après s'être retiré pendant deux années dans une cellule isolée, pour s'y préparer en silence à paraître devant Dieu-, il avait déposé dans le sol de la Gaule un germe qui ne devait ni s'épuiser ni périr, et qui, après mille ans encore, devait produire sous le nom même du modeste fondateur de Glanfeuil une nouvelle efflorescence du génie monastique, destinée à devenir le svnonvme de l'érudition laborieuse, et l'une
1. Voir tome I, p. 237. — Pour juger de l'influence qu'exerçait encore deux siècles après son pontificat le grand saint Martin, fondateur de Marmoutier, il faut lire les quatre livres de Grégoire de Tours intitulés : De MiracuHs S. Martini, dont la Société de l'Histoire de France vient de publier une nouvelle édition, due aux soins de M. Bordier.
2. Biennio ante mortem siluit sejunctus ab hominibus, et solus in superni inspectons ocuJis babitavit secum. Breviaritim monaslicum.
des gloires les plus incontestées de la France \ Une certaine obscurité règne sur les premiers temps de la propagation de la règle bénédictine en Gaule, après la première fondation de saint Maur. Nous avons déjà signalé les progrès de la vie cénobitique, dus aux grandes écoles de Marmoutier, de Lérins et de Gondat, avant l'époque de saint Benoît. Ges progrès ne se ralentirent pas après lui , puisqu'on a pu, pendant le cours du iv® siècle seulement, compter quatre-vingts nouveaux établissements dans les vallées de la Saône et du Rhône ; quatre-vingt-quatorze des Pyrénées à la Loire; cinquante-quatre de la Loire aux Vosges, et dix des Vosges au Rhin^. Ge fut donc comme une nouvelle et plus complète conversion de ce vaste pays. Peu à peu chaque province reçut comme apôtres de saints moines, qui le plus souvent étaient en même temps évoques, et qui fondaient à la fois des diocèses et des monastères, ceux-ci destinés à tenii' lieu des séminaires modernes et servant comme de
1. On sait que la congrégation de Saint-Maur, immortalisée par les travaux de Mabillon.de Montiaucon, deRuinart et de tant d'autres, fut définitivement organisée en 1618. Elle naquit de l'Association formée par diverses abbayes très-anciennes pour adopter la réforme introduite, dès la fin du wi^ siècle, dans les monastères de Lorraine par dom Didier de la Cour, abbé de Saint-Vanne.
2. M. Mignet a relevé ces chiffres dans les Annales bénédictines de Mabillon. Voir son beau Mémoire sur la conversion de V Allemagne par les moines, p. 32.
citadelles et de pépinières au clergé diocésain*. Les conciles des Gaules s'occupaient de plus en plus souvent de la discipline monastique, sans indiquer d'ailleurs aucune congrégation spéciale. Ils se montraient tout animés de l'esprit qui avait dicté le fameux canon du concile général de Ghalcédoine en 451, en vertu duquel les moines étaient subordonnés aux évoques. Celui d'Agde, en 5H , renouvelait la défense de fonder de nouveaux monastères sans la connaissance de Févêque. Ceux d'Orléans (511 et surtout 533), d'Epaône (517) et d'Arles (558), assujettissaient complètement les monastères à l'autorité- et à la surveillance des évoques. Les abbés ne pouvaient ni s'absenter ni disposer d'aucune propriété de la communauté sans la permission épiscopale ; une fois par an ils devaient aller trouver leur évêque pour recevoir ses avis et au besoin ses corrections ^ Le concile tenu dans la basilique de Saint-Martin à Tours, en 567, et dont le quatorzième canon invoque le témoignage de Sénèque en faveur des précautions à prendre contre la renommée d'incontinence ^ , prononçait dans son canon XV la peine de l'excommunication contre tout moine qui se marierait et contre tout juge qui refu-
1. ut urbis esset munimenlum. Vie de S. Domnole, évêque et fondateur de Saint-Vincent-du-Mans, c. 4, ap. Boi^land., 16 Maii.