‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 151 sur 274 · D. RuiNART, i)i Append. Annal. Bened., tome I, p · texte numérisé non relu

D. RuiNART, i)i Append. Annal. Bened., tome I, p

dit peu à peu sur tous les monastères gaulois*. Cette mission signale en outre, dans l'histoire, la première rencontre de l'Ordre bénédictin avec cette royauté française, alors à peine éclose sous le bouclier de Glovis et de ses descendants, mais que nous verrons pendant tant de siècles l'alliée fidèle et reconnaissante des fils de saint Benoît. La partie de l'Anjou où se trouvait Glanfeuil était échue en partage à celui des petits-fils de Glovis qui régnait à Metz et sur l'Austrasie, etcfui s'appelait Théodebert", G'est à lui que dut s'adresser, selon la tradition, le vicomte Florus pour obtenir, d'abord, l'autorisation nécessaire à l'établissement des religieux étrangers, puis celle de s'enrôler lui-

1. C'est le témoignage formel de saint Odilon, le célèbre abbé de Cluny. Odilo, Vit. S. Maioli, ap. Surlum, 11 Mail,

2. Le professeur Roth, dans son important ouvrage intitulé Geschichte der Beneficialivesens{Evlàn'^e.n, 1850, p. 4i0), s'attache à démontrer la fausseté de ce récit en se fondant sur ce que, dans le partage de la Gaule entre les rois francs, l'Anjou appartenait, non à Tbéodebert, mais à Childebert, et que cette province n'échut que plus tard à un roi d'Austrasie du môme nom, Théodebert II, qui régna de 596 à 602. Mais on peut lui répondre avec Ruinart que rien n'est moins certain que la délimitation exacte des provinces dont les fils de Clovis constituèrent les différentes parties de leurs royaumes, et rien de plus étrange que le morcellement de tout le territoire sis au midi de la Loire. Un autre savant contemporain qui s'est particulièrement occupé des origines de la royauté fran- (jue, le professeur Léo, établit que Thierry, le père de Théodebert et l'aîné des lils de Clovis, exerçait une sorte de suzeraineté sur les États de ses frères, et que ses possessions enveloppaient de toutes parts les héritages de ceux-ci. Voir Des Deutschen Volkes Ursprung und Wei'den, 185'j, p. 353.

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même dans lem^s rangs. Ce roi, célèbre clans l'histoire des Mérovingiens par ses exploits en Aquitaine contre les Visigoths et en Italie contre les Impériaux, ne consentit à se séparer d'un de ses prin- 'cipaux officiers qu'avec peine, et après avoir luimême rendu visite à la nouvelle colonie. Il s'y rendit avec toute cette pompe que la race de Glovis avait si rapidement empruntée aux traditions de l'empire abattu; mais tout revêtu de sa pourpre, dès qu'il aperçut Maur, le roi franc se prosterna devant le moine romain, comme Totila s'était prosterné devant Benoît, en lui demandant de prier pour lui et d'inscrire son nom parmi ceux des frères. Il présenta son jeune fils à la communauté, se fit désigner spécialement ceux des moines qui étaient venus du Mont-Cassin avec l'abbé, demanda leurs noms, et les embrassa ainsi que leurs frères. Puis il parcourut les lieux réguliers, mangea avec les moines au réfectoire, et voulut, avant de partir, que le chef de ses scribes rédigeât sur l'heure et scellât de son anneau la donation d'un domaine du fisc qu'il destinait au monastère. Florus obtint ensuite que le roi servît de témoin à sa prise d'habit. Après avoir ajouté de nouvelles largesses à sa première donation, il affranchit et dota vingt de ses esclaves; puis, déposant sur l'autel son baudrier militaire, il s'agenouilla devant le roi qui, à la

prière de l'abbé, lui coupa une première mèche de cheveux; les autres seigneurs achevèrent de le tonsurer complètement. Au moment de quitter le monastère, le roi voulut recevoir son ami revêtu du froc ; il l'exhorta à honorer ce nouvel haliit comme il avait honoré la vie séculière, puisse jeta dans ses bras et y resta longtemps en pleurant, avant de s'éloigner muni de la bénédiction de F abbé.

Voilà donc comment le roi franc et le bénédictin iirent connaissance, et ces deux forces qui vont fonder la France, la diriger et la représenter pendant de longs siècles, les voilà en présence pour la première fois.

En admettant même que ce récit, dans ses détails minutieux, ait été embelli par l'imagination des siècles ultérieurs, il mérite d'être reproduit comme le type de ces relations intimes et cordiales qui commencèrent dès lors entre les princes de la race germaine et les moines, et qui se retrouvent presque à chaque page de leur double histoire.

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