‹ Les moines d'Occident depuis Saint Benoit jusqu'a Saint BernardChapitre 153 sur 274 · Molesme, Saint-Michel de Tonnerre, Nesle, etc · texte numérisé non relu

Molesme, Saint-Michel de Tonnerre, Nesle, etc

2. VU. S. .Maximini, abb. Miciac, n.4, à9.Ap. Act. SS. 0. S. B., 1. 1, p. 564, éd. Venet.

3. Inter Francosperegrini. — Brkquicnv, qui dans sa grande col-

Une légende longtemps populaire en Touraine veut que la belle église abbatiale de Saint-Julien, qu'on admire encore à Tours, marque remplacement où le vainqueur des Visigoths se serait arrêté à cheval et la couronne en tête pour répandre des largesses en venant rendre grâces à saint Martin de sa victoire de Vouillé*.

Une autre tradition, rapportée par Grégoire de Tours, peint mieux encore le sentiment qui animait et consolait les populations de la Gaule, quand elles voyaient leurs redoutables conquérants s'incliner devant la sainteté des religieuK de leur race. On se racontait que pendant la marche de l'armée de Glovis à travers le Poitou à la rencontre d'Alaric (507) , mie bande de Francs avaient voulu saccager le mo-

hcVion {Diplomata, Chartx, etc.. t.I. Prolegom., p. 8. Paris, 1791, in-folio) conteste tous les diplômes attribués à Glovis pour Reoinaus, Saint-Pierre-le-Vif, etc., reconnaît l'authenticité de celui donné par Clovis à saint Euspice et à saint iMaximin pour Micy. — Le souvenir de cette fameuse abbaye a été rajeuni de nos jours parle petit séminaire du diocèse d'Orléans, établi à la Chapelle Saint-Mesinin, non loin de l'emplacement même de Micy. Sur la rive droite de la Loire, et f^râce à un exemple de respect pour l'antiquité bien rare parmi nous, la grotte où avait été déposé le corps de saint Maximin a été restaurée et consolidée par les soins de M. Collin, ingénieur en chef de la navigation de laLoire.Ellea été depuis rendue auculte et inaugurée, le 13 juin 1858, par cet illustre évéque d'Orléans à qui son éloquence et son courageux dévouement à tous les droits de l'Église ont valu le premier rang dans l'épiscopat contemporain.

1. Martyrologe en 1459, cité par Salmon, Recueil des Chroniques de Touraine, p. 53.

nastère que gouvernait un saint religieux venu d' Agde en Seplimanie et nommé Maixent' ; un des Barbares avait déjà Tépée haute pour trancher la tête de Tabbé, lorsque son Ijras demema tout à coup paralysé, et ses compagnons restèrent aveuglés autour de lui. Glovis, averti du miracle, accourut auprès du moine et lui demanda grâce à genoux pour les assassins. On montra pendant plusiem^s siècles, dans T église du monastère, le lieu où le vainqueur de S\ agrius et d'Alaric s'était agenouillé devant un moine gallo-romain et avait reconnu une force plus invincible que toutes les armées romaines ou barbares-.

Ce n'était pas toujom^s aussi impunément que les moines se trouvaient exposés au contact de ces vainqueurs féroces, et mal leur en prenait souvent de représenter la religion, avec les bienfaits et les progrès qui en découlent, aux yeux des hordes sanguinaires et cupides, dont F ascendant d'un Clovis pouvait quelquefois réprimer la furem% mais dont les chefs étaient ordinairement les premiers à donner l'exemple de la violence. Ces Francs, si zélés pour Forthodoxie et qui se vantaient de combattre

1. Ce monastère est devenu la ville de Saint-Maixent (Deux- Sèvres).

2. Qui locus in quoidem princeps ad pedes sancti viri jacueratin eodem monasterio usque in hodlernumdiem apparet. .4c^. 5S. Boi.- LVND., die 25 Junii, p. 172. — Cf Greg. Tcr., Hist.A. ii, c. 37.

pour rÉglise contre les Biirgondes ou les Yisigotlis ariens, ne se faisaient pas faute, quand leurs passions s'enflammaient, de soumettre aux traitements les plus barbares les moines et les prêtres les plus orthodoxes. C'est ainsi qu on voit, lors d'une des invasions de la Bourgogne, un solitaire du fameux monastère de l'île Barbe, sur la Saône, près Lyon, livré aux plus cruelles tortm-es par un détachement de Francs qui avait envahi ce sanctuaire, selon quelques-ims, le plus ancien des Gaules. Il s'appelait Léobin et avait été berger avant d'être moine. Tous les autres religieux s'étaient enfuis, excepté lui et un autre \deux moine, lequel pressé par les envahisseurs de leur montrer oii étaient cachées les richesses du monastère, répondit qu'il n'en savait rien, mais que Léobin était au courant de tout. (]elui-ci ayant refusé de répondre, les Francs le mirent à la torture avec mie cruauté ingénieuse, qui semble avoir été empruntée à des habitudes plutôt orientales que germaniques. Ils lui serrèrent le crâne avec des cordelettes, ils le bâtonnèrent sur la plante des pieds, ils le plongèrent à plusieurs reprises dans l'eau pour ne l'en retirer qu'au moment où il allait étouffer. L'intrépide religieux résista à tous ces supplices sans parler. Alors il l'abandonnèrent plus mort que vif. 11 en revint cependant, et ce fut pour être appelé, après quelques années

au siège épiscopal de Chartres (547-558) par un des fils de Clovis, par Childebert, qui avait luimême dirigé l'invasion dont le pieux évêque avait failli être victime' .

Clovis eut une sœur nommée Alboflède et qui, baptisée en même temps que lui, avait embrassé la vie religieuse. Elle mourut peu après, et CIoa is l'avait pleurée au point d'avoir besoin d'être rappelé par saint Rémi aux devoirs de sa charge royale. c( Il n'y a pas lieu, lui écrivait l'apôtre des Francs, de pleurer cette sœur dont la fleur virginale répand son parfum en présence de Dieu, et qui a reçu une couronne céleste pour prix de sa virginité. Mon seigneur, chassez cette tristesse de votre cœur, il vous reste votre royaume à gouverner. Vous êtes le chef des peuples et vous avez à porter le poids de leur administration '. »

Il eut aussi une fille qui s'appelait Théodechilde, et qui, elle aussi, à ce que l'on suppose, consacra à Dieu sa virginité. On discerne à peine son existence par quelques traits épars dans les écrits de Grégoire de Tours et les autres chroniques du temps. Ils

1. Vit. S. Leobini, c. 5-14; ap. Act. SS. O. S. B., t. I. — Clovis lui-même envahit la Bourgogne en 500; ses fils en 523 et en 532 j Saint Léobin étant devenu évêque en 547, il est probable que son aventure à l'île Barbe se rapporte à la dernière de ces invasions, dirigée par Clotaire et Childebert.

2. Ap. Labbe, Cowc?7., t. IV,p. 1268. Cf.S. Greg. TuR., Hist,,u,hi.

nous permettent de la saluer en passant, comme une douce et consolante apparition au milieu des V iolences et des horreurs de Tépoque où elle vécut. Elle voulut fonder près de la métropole galloromaine de Sens, un monastère en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul (av. 507), à l'instar de celui que son père et sa mère avaient construit près de Paris, au midi de la Seine, et où était enterrée sainte Geneviève. Dans cette fondation, qui a pris depuis le nom de Saint-Pierre-le-Vif , Théodechilde établit des moines ; elle y choisit sa sépulture après lui avoir fait donation de tout ce qu'elle avait possédé ou acquis en France et en Aquitaine, c'est-à-dire en deçà et au delà de la Loire'. Un acte de généreuse pitié dû à la royale fondatrice inaugure digne-

1. Ce testament se trouve dans la collection des opuscules d'un savant moine deSaint-Pierre-Ie-Vifau xi^ siècle, Odoramus, publiés par le cardinal Maï, au tome IX de son Spicilegium Romanum, p. 62. — Odoramus cite une épitaphe d'elle ainsi conçue :

Hune regina locum monarchis construxit ab imo

Theuchildis rébus nobilitando suis; Cujus nunc, licet hoc corpus claudafur in antro,

Spiritus astrigero vivit in axe Dec.

Implorans redis pastoribus eiige beatum

Det sapientibus hinc neumata digna Deus.

Fortunat. le poëte attitré des princesses mérovingiennes, a aussi fait l'épitaphe d'une reine Théodechilde, dont il vante surtout la munificence envers les églises; mais, comme il parle d'une reine mariée, ses vers doivent plutôt s'appliquera une autre princesse du même nom, fille deTliierryler.Cf.FouTUNAii Opéra, éd. Luchi, p. 14^ et 199.

300 LES PREMIERS MÉROVI?sGIENS

ment les annales de ce fameux, monastère. Basolus, que le roi des Visigoths d'Aquitaine, Gesalric, avait nommé duc d'Aquitaine, fait prisonnier par Clovis dans un dernier combat, avait été conduit enchaîné à Sens. Pendant que ses gardes le conduisaient au cachot, où il s'attendait à être mis à mort, il rencontra sur son passage la fille de son vainqueur, Théodechilde. Elle résolut aussitôt de demander la vie et la liberté du captif. Clovis se refusa longtemps à ses prières : il céda enfin, mais à la condition que le chef A aincu serait envoyé au monastère que sa fille venait de constituer, pour qu'on lui rasât la tète et qu'on le fît moine. Basolus paraît avoir adopté de bon cœm^ sa nouvelle profession, car il donna à Saint-Pierre toutes les terres qu'il possédait en Auvergne, et fonda ainsi le monastère de la ville de 3Iauriac dans les montagnes du Cantal'.

Ces monastères d'Auvergne et d'ailleurs, où les vainqueurs se rencontraient souvent avec les vaincus, servaient déjà d'asiles à tous les genres de misères. Grégoire de Tours nous a conservé la mémoire d'un jeune esclave arverne, Porcianus, qui, fuyant les rigueurs de son maître, se réfugie dans

1. Mauriac est aujourd'hui une sous-préfecture du Cantal. Ce monastère fut restauré en 1100 par Raoul d'Escorailles, qui y mit des religieuses, en stipulant que toutes les abbesses seraient prises dans sa descendance. Branche. Monastères d'Auvergne, p.63. — Cf.MA- BiLLON, Annal., i. vi, c. 30.

un monastère. Le Barbare l'y poursuit et l'en arrache ; mais, frappé tout à coup de cécité, il restitue le fugitif au sanctuaire afin d'obtenir ainsi la guérison qu'il sollicitait. L'esclave devient moine, puis abbé, et gouverne le monastère, d'où il sortit un jour (vers 532) pour arrêter et réprimander le roi franc Thierry, fils deClovis, dans sa marche dévastatrice à travers l'Auvergne^ . Après sa mort, l'abbaye, que sa sainteté avait illustrée, prit son nom et l'a donné à la ville actuelle de Saint-Pourçain-.

C'est encore à Grégoire de Tours que nous devons de savoir comment le premier-né de Glovis, Thierry, roi de Metz, chef de ces Francs Ripuaires qui constituèrent le royaume d^ Au strasie, et père de ce Théodebert qui fut le protecteur de saint Maur, subissait avec docilité les libres remontrances que lui adressait publiquement, contre les immoralités de sa vie, l'abbé Nizier. Loin de lui en vouloir, ce roi le fit monter sur le siège épiscopal de Trêves (527). Il envoya plusieurs de ses principaux officiers le (•hercher dans son monastère pour le mener à Trêves. A la halte la plus voisine de la ville, ces seigneurs lâchèrent leurs chevaux au milieu des moissons. A cette vue, l'abbé Nizier indigné leur dit : (( Retirez sur-le-champ vos chevaux de la ré-

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