A Saint- Jean-Keran, paroisse de Tréflaouénan
3. Celte belle légende de saint Hervé, œuvre si populaire en Bretagne, autrefois racontée avec un charme naïf, d'après les anciens bréviaires bretons, par Je dominicain Albert de Morlaix (1636), et reproduite d'après lui par les BoUandistes. au tome V de juin, p, 365, a été élaborée tout récemment, avec autant de goût que d eruditiont par le vicomte Hersart de la Villemarqué, membre de l'Institut, dans sa Légende celtique (Saint-Brieuc, 1859). H ya joint le texte breton de la légende en vers et des poésie» attribuées au saint.
l'Évangile régnait clans la péninsule. Cénobites ou solitaires , les moines tinrent lieu de tout autre clergé pendant plusieurs siècles , et exercèrent dès lors sur l'âme et Timagination de la population armoricaine cet empire du prêtre qui dure encore. D'innombrables monastères s'élevèrent sur les principaux points du territoire , du littoral surtout. Parmi ceux qui remontent à cette époque, il faut signaler Rhuys, que la retraite d'Abailard devait illustrer plus tard : fondée sur une presqu'île du Morbihan, par l'un des plus fameux d'entre les émigrants bretons, l'abbé Gildas dit le Sage'^ cette abbaye compta parmi ses religieux le Saxon Dunstan, enlevé par des pirates à son île natale, et devenu, sous le nom de Goustan le patron spécial des matelots , comme le témoigne cette ronde que chantent encore aujourd'hui les femmes des marins du Groisic :
Saint Goiislan,
Notre ami, Ramenez nos maris ;
Saint Goustan,
Notre amant, Uamenez nos parents.
1. Il est probable qu'il y eut plusieurs abbés et saints du même nom de Gildas, bien que Mabillon pense qu'il n'y en a eu qu'un seul. Celui de Rhuys est aussi surnommé le Badonique, parce qu'il était né le jour de la bataille de Badon.
A la pointe extrême de la péninsule et de toute la Gaule, sur le haut du promontoire si bien nommé Finistère , une abbaye s'éleva en l'honneur de révangéhste saint Matthieu, dont le chef avait été dérobé en Egypte par des navigateurs armoricains, et porta longtemps le nom de Saint-Matthieu du Bout-du-Monde. A ses pieds, de redoutables rochers sont encore dénommés les Moines, et un archipel d'Ilots voisins a reçu le nom breton d'Aber-Beniguet (ou Benoît), en mémoire peut-être du patriarche des moines d'Occident. Ceux de Saint-Matthieu entretenaient un phare pour le salut des mariniers dans ces parages dangereu x , en face de ce terrible détroit de Raz, que nul homme, selon le dicton breton, ne passa jamais sans avoir peur ou douleur, et qui a inspiré le distique si connu : « Mon Dieu, aidez-moi à traverser le Raz , car ma barque est si petite et la mer est si grande^ ! »
Mais le plus ancien et le plus célèbre de tous ces sanctuaires fut celui de Lande venec, qui devint le foyer le plus actif de la propagande chrétienne, en même temps que du travail manuel et littéraire, dans la Gaule occidentale. Il eut pour fondateur Guennolé, né en Armorique d'un père émigré,
1. Albert le Gkand, p. 203 et 209. — Cf. la Vie de saint Tanneguy, p. 771, qui fonda cette abbaye, et passe pour avoir été de la famille du Chastel, dontTanneguy du Chastel fut la grande illustration au xV siècle.
qui, après avoir passé trois ans sur un rocher Ijattu des flots, choisit pour ses disciples un site ])oisé, caché dans une anse de la rade de Brest, exposé au soleil levant, à l'abri du terrible vent d'ouest, et où la mer venait mourir au pied de jardins délicieux. Son biographe nous a conservé l'impression qu'avait laissée dans l'âme des moines bretons ce séjour, qui leur semblait un paradis auprès des après et froids rivages où ils s'étaient établis jusque-là. On lï* y pouvait pas mourir, nous dit-il, et pour que les religieux pussent voir le terme de leur pèlerinage, il fallut que Guennolé transportât leur habitation dans un site un peu éloigné, mais toujours au levant, où la mort rentra dans ses droits, mais où, pendant longtemps, les moines ne mouraient que selon leur rang d'âge * .
Le nom de Guennolé est resté populaire en Bretagne comme celui de beaucoup d'autres saints abbés venus d'outre-mer ou nés en Armorique de parents émigrés. Il nous est impossible d'énumérer leurs œuvres". Constatons seulement que les prin-
1. GuRDESTiN, Vila s. Winewloci, «73. Rolland., 1. 1 Martii, p. 259, 260. — On croit que Guennolé , mort en 504 , avait été élève de saint Patrice, apôtre de l'U-lande, et que la règle suivie à Lande venec était celle de saint Coluniba ou Colomb-Kill, dont il sera question plus loin. La règle bénédictine n'y lut introduite que sous Louis le. Débonnaire.
2. Nous le regrettons d'autant moins, que ce sujet a été supérieure^
cipales communautés créées par ces missionnaires monastiques se transformèrent bientôt en évêcliés. Tel f nt surtout Dol , destiné à devenir la métropole ecclésiasticfuc de TArmoriqne, et fondé par Samson, le pins illustre peut-être d'entre les nombreux apôtres de l'émigration bretonne. On a désigné quelquefois sous le nom des Sept Saints de Bretagne Samson de Dol et ses six sufïragants, tous moines, missionnaires et évêques comme lui, savoir : Paul de Léon, Tugdual de Tréguier, Gorentin de Quimper, Paterne de Vannes, Brieuc et Malo des deux diocèses qui , depuis , ont pris et gardé leur nom. On a cité comme un exemple curieux de la subordination que professaient alors les suffragants pour leur métropolitain, un trait de l'évêque Paterne : ayant reçu à Vannes les lettres de saint Samson qui le convoquait au synode provincial, (( comme il se débottait, ayant encore un pied botté, il les lut tout sur bout , remonta incontinent à che-
inent traité par M. de la Borclerie, dans son Discours sur les saints de Bretagne , au congrès de Lorient, 2 octobre 1848. H y a tiré le meilleur parti des détails si variés et si instructifs répandus dans les vies de ces saints publiées dans les Acta SS. de Mabillon et des Bollandistes, 11 convient toutefois de ne pas omettre le jugement porté par ceux-ci sur toutes les légendes bretonnes : Ad stuporem magis quam ad imitationem collecta. T. VI Junii, p. 572. Les légendes primitives des saints bretons, publiées par Mabillon, offrent seules des caractères d'authenticité; toutes les versions subséquentes, jusqu'à Albert de Morlaix, ont subi de nombreuses interpolations.
LES MOINES EN ARMORIQUE. 32o
val, suivit les messagers, et se présenta au synode, botté d'un pied seulement' . » Paterne, comme l'indique son nom, était le seul de ces saints qui ne fut pas de la race bretonne insulaire , comme Vannes était le seul de ces diocèses qui ne dût pas son origine à un monastère d'émigrés bretons. Mais cette légende supporte difficilement Fexamen. Paterne, le premier évêque de Vannes, était mort bien avant l'arrivée de Samson en Bretagne, et Vannes a toujours relevé de la métropole de Tours , comme les évêchés gallo-romains de Rennes et de Nantes*.
Quoique l'Armorique , ainsi convertie et repeuplée par les émigrés bretons, n'eût jamais été entièrement conquise par les Francs et fût gouvernée par les comtes indigènes et indépendants de Vannes, de Cornouailles, de Léon et de Tréguier, elle reconnaissait la suprématie partielle de Ghildebert, celui des